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Une sélection de livres monstrueuse...

L'automne installé, voici que les feuilles des arbres jaunissent et le fond de l'air se rafraîchit... Mais que sont ces étranges visages sculptés sur des citrouilles qui commencent à apparaître devant certaines maisons? Mais oui! C'est la période d'Halloween! À cette occasion, Ricochet vous a préparé une sélection de 14 ouvrages autour des monstres! Qu'il s'agisse de vampires, fantômes, ou simplement d'êtres «différents», il semblerait bien que le «monstre» n'est pas toujours qui l'on croit... Voici donc de quoi avoir quelques frissons (mais pas trop!) et peut-être aussi quelques surprises!

Des livres jeunesse monstrueusement biens...

1. Le grand méchant, de Vincent Guigue et Loïc Méhée, Les 400 coups, 2018
Album, dès 1 an

Mais qui est donc ce grand méchant, caché dans l’ombre, qui aime le sang et sortir ses griffes crochues? Page après page, le jeune lecteur est invité à découvrir des petits morceaux de son corps, et le texte livre quelques informations: il court vite dans le noir, il vit en bande, il fait même peur aux parents et à la maitresse! Le dénouement vient alors révéler l’identité du coupable: le fameux, l’horrible, le terrible pou!

Quel plaisir pour les jeunes lecteurs que de s’amuser à se faire peur, de jouer à frémir de terreur le temps d’une lecture, puis de prendre goût à la relecture une fois lu le rassurant dénouement. Car il joue sur la surprise et la montée du suspense, l’album touche sa cible et fera grandement plaisir aux jeunes lecteurs. Et, ouf, ces poux-là ne risquent pas de s’enfuir du livre pour sauter sur la tête du lecteur! (DM)

2. Bouh ! : le livre qui fait le plus peur du monde, d'Antonin Louchard, Seuil Jeunesse, 2016
Album, dès 2 ans

«Bouh!», crie timidement un petit fantôme. Raté, le lecteur n'a pas eu peur. Contrarié, l'esprit frappeur recommence mais cette fois-ci avec plus de conviction. Il ouvre sa bouche en grand et pousse un «Re-bouh!» Effrayant. Le récit se poursuit ainsi sans que le petit fantôme ne parvienne à faire dresser un seul cheveu de son lectorat. L'appel de la table libère, pour un instant, le spectre de son rôle d'«épouvanteur». Mais il promet de revenir…

Avec ses petites dents, son mauvais caractère et ses mensonges, le héros d'Antonin Louchard est craquant. On rit plus que l'on ne claque des dents. Encore quelques leçons avec son père et on ne fera plus les malins. Promis!

Une réussite! (EP)

Bouh ! : le livre qui fait le plus peur du monde - Antoine Louchard
Couverture et pages intérieures de «Bouh!: le livre qui fait le plus peur du monde», d'Antoine Louchard (©Seuil Jeunesse)

3. Le monstre est de retour, de Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo, Gallimard Jeunesse, 2018
Album, dès 3 ans

Horreur, terreur! Le voilà qui revient, avec ses deux yeux, ses petites dents et son rire effrayant! Qui donc? Le lecteur, bien sûr! Heureusement pour nos quatre compères, le monstre n’est qu’un enfant et ne semble pas dangereux. La souris tente alors une approche en s’adressant directement à ce mystérieux individu: «nous amis, A-MIS».

Dès les premières pages, le lecteur devient acteur de sa lecture et savoure les nombreux gags qui lui sont proposés. Interactif, le livre propose ensuite de participer concrètement et le rire du lecteur semble même entendu par les personnages! De plus, les dialogues sont de la même couleur que le personnage qui parle: de quoi aider à repérer qui est en train de s’exprimer sans surcharger la narration. Et au dénouement, le quatrième personnage prend enfin la parole pour terminer la lecture avec un dernier grand éclat de rire qui donne envie de reprendre le livre dès le début! Voici une lecture nécessairement dynamique qui devrait enchanter tous les jeunes lecteurs. (DM)

4. Non, pas toi !, de Fanuel Hanán Díaz et Luis Lestón, L'atelier du poisson soluble, 2017
Album, dès 4 ans

«Roberta s’ennuyait terriblement.
Son regard se perdait de l’autre côté de la fenêtre, à l’orée du bois.»

Et pour cause! Il est devenu très difficile pour la petite fille de supporter les ordres donnés par sa mère ou ses sempiternelles remarques désobligeantes quant à sa coiffure ou à la propreté de ses mains. Aussi Roberta décide-t-elle un jour de quitter la maison. Sa fuite l’emmène dans une clairière où elle fait la connaissance de deux monstres qui, cachés derrière un bosquet, «s’amusaient avec des araignées». Étrangement, au lieu de prendre ses jambes à son cou, la première réaction de la petite fille est de demander aux deux monstres si elle peut jouer avec eux. Mais les deux compères ne trouvent pas Roberta à leur goût: elle est bien trop propre! Si elle se joignait à eux, elle risquerait de se salir, ils préfèrent donc l’ignorer. Roberta n’a pas dit son dernier mot, elle compte bien prouver à ces deux monstres qu’elle aussi peut sentir aussi mauvais qu’eux et être une «vraie sauvage»!

Cet album aborde avec subtilité et force imagination les thématiques de la confiance en soi et de la différence à travers la figure emblématique du monstre. Dès les premières pages, on s’attache aux grands yeux clairs et tristes de Roberta qui ne recherche qu’une chose: être enfin acceptée et reconnue pour ce qu’elle est. Certes s’adresser à des monstres pour s’épanouir pleinement n’est sans doute pas la manière la plus simple et commune d’être soi, mais Roberta est déterminée et a une colère intérieure à épancher. Les illustrations de Luis Leston participent tout à fait de l’incongruité de cette situation. Son trait de crayon n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Maurice Sendak, comme si finalement Roberta était le pendant féminin de Max, le héros éponyme du précédent et célèbre auteur jeunesse. Ne vous méprenez pas: loin d’être une redite, cet album, s’il s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs, est un véritable tremplin pour l’imaginaire des enfants! (HD)

Non, pas toi ! - Fanuel Hanán Díaz - Luis Lestón
Couverture et page intérieure de «Non, pas toi!», de Fanuel Hanán Díaz et Luis Lestón (©L'atelier du poisson soluble)

5. Le festin des affreux, de Xavier Salomó et Meritxell Martì, Seuil Jeunesse, 2017
Livre animé, dès 4 ans

Par une nuit de pleine lune, une procession de voitures non homologuées roule en direction de l'Asperge pourrie, célèbre restaurant tenu par Louis Pacuit. Elu roi de la cuisine infecte, ce dernier est fier de ses trois étoiles noires. Ce soir-là, il reçoit ses invités avec un sourire pincé, avant de les installer pour leur faire déguster ses affreuses spécialités. Momie, sorcière, pirate, diable et fantôme salivent et s'agitent, attendant leur plat avec impatience. Les cloches arrivent enfin, dévoilant «un assortiment d'escargots cuits dans leur bave, des cous de jeunes princesses aux herbes mortes ou une soupe noire de chaînes aromatisées au tétanos». Mais voilà qu'une odeur pestilentielle flotte dans l'air, risquant de leur gâcher leur repas! Quel est donc cet invité surprise qui a si mauvais goût?

Si vous voulez connaître les mets préférés des méchants de vos histoires favorites, plongez-vous dans cette lecture aussi drôle qu'instructive. Les menus collent (et ce n'est rien de l'écrire) parfaitement aux convives et à leurs particularités. Il y en a pour tous les goûts, autant pour ceux qui ont des penchants sanguinaires que pour les amateurs de trésor. Un trublion perturbe ce royal festin. Pacuit parviendra-t-il à conserver ses trois étoiles noires? Ou devra-t-il se recycler dans les menus pour enfants? Un album à la verve rieuse à déguster jusqu'à la moelle pour en découvrir toutes les saveurs. (EP)

6. Le grand livre de la peur, de Thierry Dedieu, Saltimbanque, 2019
Livre animé, dès 4 ans

Voilà un album réjouissant, car qu’est-ce qu’on rit à se faire peur!

Dans les albums, la mode est aux volets, et donc aux faces cachées, des choses et des êtres. Ici Thierry Dedieu, comme Guillaume Duprat[1], entraîne le lecteur à la découverte des monstres cachés dans les créatures qui sont déjà représentatives de certaines frayeurs, certains dégoûts chez les plus jeunes d’entre nous. Du petit poisson qui se révèle un vorace piranha, à la citrouille, ici la Trouille, qui cache Dieu sait quoi dans son vaste estomac en passant par le crapaud, la pieuvre ou le serpent, l’auteur imagine sous l’apparence souvent inoffensive, le potentiel effrayant de chacun. D’aucuns pourraient y voir une stigmatisation discriminatoire, Thierry Dedieu en fait une fable à hurler de rire. La trouille, les chocottes, qui nous font sursauter, crier, gémir sont ici convoquées pour notre plus grand plaisir.

L’album est de facture classique, le choix d’un fond de couleur uni met en relief chaque illustration et son développement. Le livre s’adresse aux enfants qui commencent à comprendre et à manier l’humour: le texte est central sur la page de gauche, avec un constat banal: «Petit poisson deviendra grand», mais la police s’agrandit et s’élargit en même temps qu’on déplie le volet de la page de droite, et pendant que se révèlent la gueule ouverte et les dents acérées, la voix enfle pour lire: «Mais pour le piranha, AÏE, AÏE, AÏE, TOUS AUX ABRIS.»

Personnellement, je préfère quand le volet se déplie vers le bas, le geste est plus naturel, mais bon, avec un peu d’entraînement, l’effet de surprise est tout aussi efficace et saisissant. Évidemment la page du Méchant loup, hirsute et noiraud, à l’œil d’un jaune menaçant, est l’une des plus réussies dans le style. Rire de ses peurs, c’est aussi une façon de leur faire face. (VC)

Le grand livre de la peur
«Le grand livre de la peur», de Thierry Dedieu (©Saltimbanque)

7. Où tu vas comme ça?, de Gilles Bizouerne et Bérengère Delaporte, Didier Jeunesse, 2018
Album, dès 4 ans

Fillette rentre chez elle. Oui mais pour ce faire, elle doit traverser la forêt et la nuit va bientôt tomber. C’est donc très gentiment que Loup, Sorcière, Ogre et Monstre se proposent de lui offrir leur aide pour la raccompagner saine et sauve chez son cher papa. Commence alors une lutte acharnée pour décider qui des quatre créatures aura le droit de croquer Fillette. Mais celle-ci, malgré son air guilleret et innocent, a plus d’un tour dans son sac…

Un loup, une sorcière, un ogre et un monstre: voilà des méchants de conte déjà coriaces pris les uns séparément des autres, mais alors les quatre à la fois! On ne donnerait pas cher de la peau de la brave petite Fillette. Et pourtant, la chute finale inattendue et drôle nous fait penser que ce ne sont pas les antagonistes mais l'héroïne qui contrôle la situation du début à la fin et qui a attiré les méchants dans un astucieux piège! Ce conte-randonnée est construit sur une structure binaire: sur la page de droite, la petite fille marche et rencontre un à un ses prédateurs, annoncés par une caractéristique visuelle leur appartenant; sur la page de gauche, les méchants se battent pour leur proie, mais nous pouvons également observer des petits détails très amusants mettant en scène d’autres prédateurs et proies qui créent un parallèle à l’histoire. Ce rapport de force et d’espace est inversé avec la révélation finale, qui bouscule alors tout l'album, son contenu comme sa mise en forme.

Ce livre est un concentré d’humour, de couleurs pop, de détails farfelus et de fantaisie ainsi qu’une bonne illustration du proverbe «tel est pris qui croyait prendre». Un joli moyen de dédramatiser le pouvoir des monstres et autres méchants de la littérature et de montrer que les parents sont aussi forts qu’eux et peuvent donc protéger leurs enfants! (AG)

Où tu vas comme ça ?
Couverture et page intérieure de «Où tu vas comme ça?», de Gilles Bizouerne et Bérengère Delaporte (©Didier Jeunesse)

8. Plus gros que le ventre, de Michaël Escoffier et Amandine Piu, Frimousse, 2017
Album, dès 5 ans

«Si tu ouvres ce livre, un petit oiseau se fait dévorer. Alors repose-le gentiment où tu l'as trouvé et choisis-en un autre.»

Bravant la consigne, je l'ouvre et y découvre: un monstre avec deux gros yeux rouges, deux cornes pointues, une queue fourchue et une alignée de crocs acérés. L'abominable se repose, adossé à un arbre. Dérangé par le bruit de la page qui se tourne, il ouvre un œil. Fidèle à sa réputation, il engloutit l'entier d'un verger. Devenu rond comme une barrique, il poursuit son orgie ciblant cette fois-ci les vaches. Ces dernières continuent de brouter, sans flairer le danger. Tant pis pour elles. Maintenant, il me fixe avec insistance, galopant la gueule ouverte dans ma direction…

Une histoire drôle à suspense et construite sur le même modèle que l'excellent Chhht! de Sally Grindley et Peter Utton. Michaël Escoffier et Amandine Piu interpellent le lecteur, l'incitant à fermer le livre avant que l'irréparable ne se produise. Un album pour jouer avec la peur et se contenter d'une pomme plutôt que d'un verger. Dans la vie, il faut éviter d'avoir les yeux plus gros que le ventre, sous peine d'explosion! (EP)

9. Pendant que tout le monde dort, de Nicolai Houm et Rune Markhus, Alice Jeunesse, 2019
Album, dès 6 ans

Les nuits d’un petit village, en apparence paisibles, sont troublées par Boba, un gros monstre poilu détruisant tout sur son passage. Heureusement, Jambagambette, un autre monstre un peu plus petit, répare tous les dégâts causés par le premier, de telle manière qu’aucun villageois ne se rend compte de rien. Sauf bien sûr le boulanger et sa fille Murielle, qui sont les seuls à être réveillés pendant la nuit. Mais un jour, malheur!, Jambagambette se casse un os du pied et ne peut plus passer derrière Boba. Comment vont réagir les habitants en découvrant leur village saccagé?

Cet album possède un charme fou. En effet, son écriture oscillant entre espièglerie et poésie, son humour presque omniprésent, son décor bucolique à l’ambiance féérique lors des scènes nocturnes, ses monstres plus mignons qu’effrayants, les détails amusants cachés dans ses illustrations et l’originalité de son histoire font de ce livre un petit bijou qui présente, de plus, un joli message sur la tolérance et l’acceptation de l’autre, même si ses agissements nous sont incompréhensibles. Qui, après lecture(s) (car la richesse de l’ouvrage se révèle toujours plus à chaque fois qu’on le lit) de cet album, peut prétendre ne pas vouloir faire un gros câlin à l’attendrissant Boba, malgré sa passion pour le vandalisme? On en redemande! (AG)

Pendant que tout le monde dort
«Pendant que tout le monde dort», de Nicolai Houm et Rune Markhus (©Alice Jeunesse)

10. L'abominable monsieur Schteuple, de Grégoire Kocjan et Hippolyte, L'atelier du poisson soluble, 2019
Album, dès 6 ans

Attention, soyez prévenus, Monsieur Schteuple est vraiment abominable. Il est seul, il déteste tout le monde, il est méchant, et, surtout, il adore ça. Il a toujours été là à sévir avec atrocité, de tous temps et partout dans le monde. Méfiez-vous, il s’attaque aux enfants, les attrape et les garde à jamais. Il vient même la nuit déguster les croûtes des genoux des petits! Mais, rassurez-vous, les fées en ont assez: prêtes à agir, elles vont le condamner! Sa punition sera toutefois peu sévère: distribuer, rien qu’une nuit, des cadeaux aux petits.

Que cet album fait naître de grandes émotions! D’abord, bien sûr, le frisson est à son comble avec un début merveilleusement effrayant. Recouvertes de noir, les pages suscitent la terreur et l’effroi. Le jeune lecteur ne peut alors que savourer ce plaisir de la peur par procuration, de l’aventure sans risque. Puis, heureusement, les couleurs reviennent et la lecture prend une autre tournure: le suspense donne envie de connaître la sentence et la compréhension fine du texte déclenche le rire. Car ce dénouement en coup de théâtre, où ce cher monsieur vêtu de rouge se retrouve être la créature la plus vile de tous les temps, est une véritable surprise provoquant la joie du lecteur. Aussi, la langue joue avec les mots, les sonorités interpellent, amusent et l’auteur se joue même des attentes du lecteur. Voilà une lecture intense très originale: un parfait album pour jeunes lecteurs! (DM)

11. Créatures fantastiques, de Loraine Capelier et Paul Rouillac, Seuil Jeunesse, 2015
Livre animé, dès 7 ans

En dépit de leur aspect effrayant et maléfique, les chimères et autres monstres mythologiques exercent un pouvoir de fascination sur l’imaginaire des enfants. Ces derniers découvriront dans ce pop-up documentaire, avec surprise, curiosité et peut-être un peu d’effroi, sept créatures fantastiques qui marquent encore aujourd’hui la culture artistique européenne. Le loup-garou est donc amené à côtoyer le Sphinx et le Minotaure. Sur chaque double page de cet album apparaît, grâce à un savant et minutieux pliage papier, la figure d’un monstre ou d’une créature légendaire donnant soudain réalité à ces derniers. Des informations documentaires précises, des résumés des légendes où elles apparaissent viennent compléter le portait de ces diverses créatures en soulignant leur caractère extraordinaire. Accompagnant subtilement les représentations en volume réalisées avec délicatesse et adresse, elles permettent aux jeunes lecteurs de se faire une image mentale de ces chimères.

Savant mélange de classicisme par le sujet traité et de modernité du fait du choix du pop-up et de la coloration utilisée, cet album suscitera à la fois intérêt et imagination chez un jeune – et moins jeune – lectorat féru de mythologie. (HD)

Créatures fantastiques - Le fantôme de Canterville
«Créatures fantastiques», de Loraine Capelier et Paul Rouillac, et «Le fantôme de Canterville», d'Oscar Wilde, Sandra Nelson et Tom Chegaray (©Seuil Jeunesse/Hachette Jeunesse)

12. Le fantôme de Canterville, d'Oscar Wilde, Sandra Nelson et Tom Chegaray, Hachette Jeunesse, 2019
Roman, dès 7 ans

A travers sa collection Tout un roman!, Hachette Enfants propose différents titres classiques de la littérature, revus tout spécialement pour un public de 7 à 10 ans. 

Conte d’effroi décalé, Le fantôme de Canterville est une nouvelle écrite par Oscar Wilde, publiée pour la première fois en 1887. 

Ministre américain et père de famille nombreuse, Hiram B. Otis décide d’acheter le grand manoir de Canterville Chase, malgré les avertissements du Lord Canterville de la présence d’un esprit errant parmi les couloirs de la demeure. Pragmatique, M. Otis lui rit au nez, refusant de se laisser aller à croire aux fantômes. Toutefois, les premiers jours dans le manoir lui prouveront le contraire: d’abord des traces de sang dans la bibliothèque, qui s’entêtent à réapparaître malgré chaque nettoyage; puis la visite de l’esprit lui-même, Sir Simon, enchaîné et hirsute. Malheureusement pour le fantôme, chaque tentative de faire fuir la famille sera tournée en dérision, jusqu’à sa rencontre avec la fille de M. Otis, Virginia.

L’humour absurde de l’album ne manquera pas de faire rire, notamment les propositions du couple Otis de faire huiler les chaînes du fantôme ou de calmer ses cris grâce à des produits miracle. Doté d’un sens dramatique de la mise en scène comme tout fantôme qui se respecte, le personnage de Sir Simon suscite également le rire lors de ses déboires, mais se révélera plus complexe. En effet, alors qu’il s’isole dans sa déprime à ruminer ses échecs, le fantôme osera dévoiler sa vulnérabilité à Virginia, qui affrontera le jardin de la Mort à ses côtés afin que Sir Simon trouve enfin la paix. 

Agréable à lire, avec des illustrations contrastées et graphiques, Le fantôme de Canterville mérite le détour. (NT)

13. Hugo de la nuit, de Bertrand Santini, Grasset Jeunesse, 2016
Roman, dès 11 ans

Depuis sa naissance il y a douze ans, Hugo habite avec sa mère, romancière jeunesse à succès, et son père, botaniste, dans une belle propriété du sud de la France, Monliard. Récemment, on y a trouvé du pétrole et il est question de forages, de droit de préemption… Mais le père d'Hugo découvre opportunément, près du cimetière sur la colline, une espèce rarissime voire disparue de fleur. Il suffit donc de classer le lieu en zone protégée pour continuer à y vivre tranquillement! Une nuit fatidique va cependant bouleverser toute la vie de la famille. Hugo est poursuivi par un cambrioleur et décède dans l'étang de Dorveille.

Attention, ce n'est que le début du roman: en tant que personnage principal, «Hugo de la nuit» va évidemment renaître, et d'ailleurs pas qu'une fois. Comme à l'habitude de Bertrand Santini, l'histoire est extrêmement soignée, complètement loufoque et crédible en même temps: le lecteur croit sans hésitation à cette histoire de fantômes, de zombies, de mort inachevée, de fleur à sauver et d'hommes prêts à tout pour l'argent. Il y a de l'humour, des surprises, de la gravité, un secret de famille, de l'écologie donc, et un narrateur externe qui sait prendre son temps, doser rebondissements et moments plus sentimentaux… La fin, qui «réinitialise» les éléments donnés, offre même une mise en perspective de la notion de récit et d'écriture. Ajoutons que l'objet livre est de toute beauté, et vous n'avez plus aucune raison de passer à côté de la Sipo Matadore (la fleur en question). (SP)

Hugo de la nuit - Elle s'appelait Camille
«Hugo de la nuit», de Bertrand Santini, et «Elle s'appelait Camille», de Lucie Galand (©Grasset Jeunesse/Didier Jeunesse)

14. Elle s'appelait Camille, de Lucie Galand, Didier Jeunesse, 2019
Roman, dès 13 ans

En rentrant de l’école, Lucas, 13 ans, apprend avec surprise que sa famille passera les vacances d’été dans la maison d’enfance maternelle. Arrivés sur place, Lucas et son frère aîné Antoine découvrent avec horreur l’isolation de l’endroit: perdu dans la forêt, le lieu semble promettre des vacances fort ennuyantes. Pendant que les parents défont les valises, les deux garçons partent explorer les environs à vélo. Alors qu’ils roulent sur le chemin en direction du village, une lumière vacillante dans la forêt attire le regard de Lucas. Pensant d’abord à un coup de fatigue, Lucas tente de trouver une explication raisonnable à cette étrange apparition. Toutefois, lorsqu’il revoit la lumière depuis sa chambre, il décide de s’en approcher. C’est alors qu’il tombe nez à nez avec une fille, Camille. L’été de Lucas se révélera plus mouvementé que prévu…

Intrigante, la couverture dépeignant la rencontre entre les deux protagonistes au cœur d’une forêt de résineux donne le ton: on comprend par la lueur émanant de Camille qu’il s’agira bien d’une histoire de fantômes. Roman jeunesse au suspense très accrocheur, Elle s’appelait Camille se lit d’une traite, tant l’on se laisse capter par l’univers créé par Lucie Galand. Posant au cœur de l’intrigue la rencontre de Lucas avec la mystérieuse jeune fille, l’auteure y mêle savamment premiers sentiments amoureux et secrets de famille, dont les fils se dénouent peu à peu grâce à l’enquête que mènera Lucas pour faire éclater la vérité. L’isolation du village apporte au récit une atmosphère de huis-clos, intensifiant l’étrangeté des circonstances. 

Un premier roman sympathique aux doux frissons! (NT)


[1] Dans la peau des monstres, Saltimbanque, 2019. Pour les plus grands.


Les rédactrices: Véronique Cavallasca (VC), Hélène Dargagnon (HD), Amandine Gachnang (AG), Déborah Mirabel (DM), Emmanuelle Pelot (EP), Sophie Pilaire (SP), Nicole Tharin (NT)