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Ni prince, ni super-héros : 22 livres jeunesse avec des personnages masculins non-stéréotypés

Dans le cadre de la fête des pères dans les pays francophones, nous vous proposons une liste de recommandations de 22 livres des dix dernières années qui parlent et représentent des personnages masculins non-stéréotypés. 

Bien que de nombreux ouvrages montrent des personnages féminins qui sortent des normes et qui se battent pour plus de liberté dans leurs choix et devenir qui elles veulent, seulement une minorité de livres jeunesse présente des garçons non-stéréotypés qui remettent en question les stéréotypes de genre. Il est encore très mal vu pour des garçons de transgresser les injonctions liées à la masculinité tels que jouer avec des poupées, se maquiller, porter des robes, montrer ses émotions, pleurer, etc… 

L’idée de cette liste de recommandations est de mettre en avant ces quelques livres qui ont su brillamment et subtilement proposer des exemples qui s’éloignent des stéréotypes traditionnellement associés aux garçons sans que cela soit forcément le sujet principal du livre. Pour montrer toute la diversité des ouvrages sélectionnés, nous les avons répartis en plusieurs catégories : figure paternelle non-stéréotypée, les garçons sensibles et calmes et les goûts non-stéréotypés

La poupée de Lucas
RIcochet
4 juin 2026

Figure paternelle non-stéréotypée 

1. Nous, on répare tout!, Jean Leroy et Ella Charbon, L’École des loisirs, 2018
Album, dès 1 an

Les enfants crocos ont déchiré le beau foulard de leur maman. Papa va le recoudre mais il se pique le doigt… Dans un joli esprit d’entraide, les petits dégâts seront réparés et les bobos soignés avant le retour de la maman. 

Ce cartonné propose une histoire à l’intrigue simple. Les personnages sont peu nombreux et les images très lisibles, adaptées aux plus jeunes. Les deux enfants crocos, une fille et un garçon, ne sont pas genrés, ni physiquement - à l’exception de petits traits au coin des yeux suggérant des cils pour la fille -, ni dans leurs attributs ou leurs jouets. Quant au papa, il porte un tablier (de cuisine?) et s’occupe de l’intendance familiale, notamment la couture. Lorsque la maman rentre à la maison, on comprend qu’elle revient d’une partie de tennis. Un comique de situation fera rire les plus petits aussi bien que les plus grands. (BP, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

2. Papa et moi, Soosh, Le Genévrier, 2018
Album, dès 3 ans

Cet album présente la relation entre un père et son enfant à travers une série de tableaux touchants et tendres.

La figure paternelle représente ici l’amour inconditionnel qui sait se décliner en disponibilité, créativité, affection, attention à l’autre et joie de vivre. Présent à la cuisine, pour les soins, dans les jeux, au moment du coucher, ce papa est «délibérément grand, beaucoup plus grand que la petite fille […] parce que c’est ainsi qu’elle le voit», pour reprendre les mots de l’autrice et illustratrice en fin d’ouvrage. Et, surtout, parce qu’avec lui, rien n’est impossible! 

Les illustrations sont arrondies et envoûtantes, tout en mouvements gracieux, en accord parfait avec l’élégance et l’harmonie de cette relation complice et réciproque, complémentaire et sereine.

Il s’agit du premier titre de l’artiste ukrainienne Soosh, qui a été découverte à travers les images de cette famille, postées sur internet et qui ont été par la suite réunies pour constituer ce livre.

Un petit bijou de simplicité et de grande lisibilité, qui va droit au cœur!  (BP, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

3. Papoulpe, Emile Jadoul, Pastel, 2021
Album, dès 3 ans

Voici un album d’une simplicité lumineuse qui capte d’emblée le lecteur, la lectrice par un style épuré et au ton juste dans la narration textuelle aussi bien que visuelle. Un papa poulpe, fort de ses huit tentacules (qui ne seront pas de trop!), éduque seul ses jeunes triplés. Après une longue journée de travail, il sait accueillir, écouter, patienter pour se faire obéir… et prend même le temps de lire l’histoire du soir! Alors, tous les quatre, bien installés dans un fauteuil rouge – symbole de l’amour indéfectible –, se sentent rassurés et trouvent les mots pour se dire combien ils s’aiment. Une belle histoire d’amour paternel inconditionnel qui est partagé dans un contexte quotidien pourtant fort exigeant. 

Les illustrations, au crayon de couleur, offrent la douceur pastel du trait si propice à recréer l’ambiance de tendresse voulue ; les personnages, vert sapin, se déploient, croissant comme de belles pousses, promesses d’avenirs radieux. Dans leurs visages rosés, leurs yeux sont particulièrement expressifs. Les éléments situant le contexte, réduits à leur plus simple expression, font ressortir le sens profond du message. Un vrai coup de cœur! (SR, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

garçons non-stéréotypés 1
Couvertures de «Nous, on répare tout» (©L'Ecole des loisirs), «Papa et moi» (©Le Genévrier) et «Papoulpe» (©Pastel)

4. Mon papa est super fort, Juliette Parachini-Deny et Joëlle Dreidemy, L’Élan vert, 2017
Album, dès 3 ans

Voici un papa grand comme une montagne et d’une force incroyable! Mais quel est donc le métier de cet impressionnant papa? Tous les enfants de l’école tentent de trouver la bonne réponse: ce papa serait-il agent secret? Ou bien explorateur sur un grand voilier? À moins que sa force lui soit utile dans un métier de super-héros? Mais les enfants ont tort: ce grand papa a beau être très imposant, il s’occupe des tout-petits, des minuscules, des adorables bébés qui viennent de naître.

Au fil des pages, il va de soi que le suspense grandit et que le lectorat se met lui aussi à tenter de découvrir la bonne réponse. Mais les indices ont beau s’accumuler, il est bien difficile de trouver la solution avant qu’elle ne soit révélée. Ainsi, la leçon est efficacement donnée pour lutter contre les stéréotypes: il est certain que le physique du papa laissait à penser qu’il effectuait un métier où la taille et la force étaient nécessaires. On est ainsi surpris par ce retournement et le message passe efficacement. Une belle histoire pour inciter les enfants à s’interroger davantage et à ne pas conclure trop vite. (DM)

5. Papa je t’aime gros comme pa!, Samir Senoussi et Marion Piffaretti, Fleurus, 2021
Album, dès 4 ans

Un père est pris à partie par sa fille, furieuse d’essuyer trop fréquemment des refus. Comment va-t-il réussir à redorer son blason? Le personnage central de l’album est le père, la mère n’apparaissant que deux fois, en arrière-plan, avant la naissance de l’enfant. De jour comme de nuit, à la maison aussi bien qu’au dehors, ce père débordant d’amour s’occupe de son enfant. Les tâches domestiques n’ont pas de secret pour lui et il se lève même la nuit pour calmer les pleurs de sa fille! Plusieurs scènes contrastent avec ce tourbillon d’activités: elles montrent des moments de tendresse et d’intimité. Quant à la fille, qui porte du rose, elle se montre curieuse, très active et se livre à des jeux traditionnellement associés aux garçons. 

La forme, la taille des caractères et l’emplacement des phrases dans la page varient, conférant beaucoup de dynamisme au récit. L’illustration renforce cet effet: le père est représenté avec de grandes jambes et très souvent en train de courir. Le texte joue sur l’écho entre les mots «pas», «papa» et les négations «ne…pas» que la petite fille se plaint d’entendre trop souvent. Un album à savourer à voix haute! (MPC, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

6. Lady papa, Émilie Chazerand et Diglee, La ville brûle, 2024
Album, dès 5 ans

Cet album, plein de fraîcheur, prend place au sein d’une famille monoparentale où un père élève seul son enfant, entouré de ses ami·e·s. On suit le quotidien de cette famille dont la particularité est d’avoir un père exerçant un métier peu courant: drag queen. Le jour, il accompagne son enfant à l’école et s’en occupe avec beaucoup d’attention. Le soir, il se prépare pour son show: il se maquille, revêt sa plus belle robe et devient «elle». L’enfant le vit très bien et est très heureux d’avoir une famille qui sort des normes, même si ses camarades nourrissent quelques doutes quant à la normalité d’une famille comme la sienne. Pour leur prouver que sa famille est incroyable, il les invite chez lui.

Plusieurs aspects méritent d’être relevés pour souligner la beauté de cet ouvrage. Tout d’abord, l’autrice parvient à ce que l’on ne sache pas quel est le genre de l’enfant. On suppose qu’il s’agit d’un garçon — une phrase utilise un adjectif accordé au masculin — mais rien d’autre ne le laisse penser: les vêtements, les couleurs et les jouets sont non stéréotypés, et l’enfant raconte tout à la première personne. Ensuite, la relation entre le père et son enfant est extrêmement complice et touchante. Enfin, l’entourage de l’enfant rappelle à quel point des personnes sans lien de parenté peuvent devenir des figures familiales essentielles dans son développement.

Voici une véritable pépite pour déconstruire les stéréotypes de genre et accepter les familles telles qu’elles sont, tant que la bienveillance et l’amour sont présents. (AD)

garçons non-stéréotypés
Couvertures de «Mon papa est super fort» (©L'élan vert), «Papa, je t'aime gros comme pa!» (©Fleurus) et «Lady papa» (©La ville brûle)

 

Les garçons sensibles et calmes

7. Bienvenue tristesse, Eva Eland, Les éditions des éléphants, 2019
Album, dès 3 ans

Parfois Tristesse s’invite sans prévenir: alors il vaut mieux l’accueillir, lui faire une place dans son quotidien. Le message très simple de ce récit aux illustrations minimalistes consiste à dire: il est normal de ne pas être joyeux en permanence.

Dans cet album au dessin tricolore très dépouillé, un gros personnage vert tendre ressemblant à une tache envahit un décor et un personnage garçon dessinés au trait brun mais vides de toute couleur. La personnification de la tristesse par ce personnage-tache est une trouvaille pour parler de cette émotion aux très jeunes enfants. L’apparition progressive de la couleur – un magnifique vieux rose – dans le décor et sur les habits du jeune garçon amène peu à peu les jeunes lecteurs ou lectrices sur des pistes pour apprivoiser le vague à l’âme: rester assis ensemble, dessiner, écouter de la musique, boire un chocolat chaud, prendre l’air...

Le protagoniste de cet album est un garçon triste, personnage suffisamment rare dans la littérature de jeunesse pour inclure cet album dans la bibliographie «Question(s) de genre»: parfois, les petits garçons sont tristes et ont le droit de l’être. (DM, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

8. Ma sœur est une brute épaisse, Alice de Nussy et Sandrine Bonini, Grasset Jeunesse, 2018
Album, dès 3 ans

Pour son comportement énergique et tumultueux, une petite sœur dérange sans cesse son grand frère. Pendant qu’il s’adonne avec plaisir à la contemplation et la rêverie, elle préfère évoluer dans l’agitation et l’effort physique. Frère et sœur se télescopent à répétition et la cadette ne se prive pas de chahuter son aîné avec vigueur. Malgré tout, il semblerait qu’une harmonie fragile et éphémère puisse exister entre ces deux enfants que tout oppose…

Quel joli album sur l’ambivalence de l’amour dans une fratrie et les difficultés à vivre ensemble! En renversant les attitudes qu’on attribue généralement aux filles et aux garçons, les autrices font un joyeux pied de nez aux stéréotypes de genre. Alors que le texte, parcouru d’euphémismes, ne fait que suggérer les différences entre les personnages, les images, réalisées grâce à la technique du papier découpé et collé, les mettent en scène de manière expressive, notamment à travers la couleur et la figuration du mouvement. Un jeu s’opère aussi au niveau de l’organisation des éléments visuels dans l’espace: frère et sœur sont toujours séparés par la pliure de la page, sauf quand ils se rejoignent pour la lecture de l’histoire du soir. (MPC, dans la bibliographie commenté de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

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Couvertures de «Bienvenue tristesse» (©Les éditions des éléphants) et «Ma sœur est une brute épaisse» (©Grasset Jeunesse)

9. Marcotte: le voleur d’anniversaire, Nejma Bourouaha, Didier Jeunesse, 2025
Album, dès 4 ans

Marcotte: le voleur d’anniversaire est un album poétique et tendre qui aborde la peur de grandir à travers l’histoire d’un raton laveur qui vole les bougies d’anniversaire de sa famille pour qu’elle ne vieillisse pas. 

Grâce à sa grand-mère, Marcotte découvre que vieillir est synonyme de richesse et d’accomplissements, symbolisés par le crayon qu’elle lui offre et qui évoque une vie remplie de créations. L’ouvrage se distingue par ses illustrations à la gouache, imitant le rendu des crayons de couleur, ses jeux de perspective et ses nombreuses personnifications d’objets, en particulier des bougies. 

Il se démarque aussi par des personnages non stéréotypés sans que cela soit le sujet de l’histoire, en mettant en avant un personnage masculin sensible qui prend soin de son entourage et une grand-mère menuisière. Ce récit, avec un thème rarement exploré, invite à transformer la peur du changement en célébration de la vie et de ses étapes. Il parlera non seulement aux enfants, mais également aux adultes. (AD)

10. Mulu, Alexandre Chardin et Nathalie Minne, Casterman, 2020
Album, dès 5 ans

Contrairement aux jeunes hommes de sa tribu, Mulu n’aspire pas à devenir chasseur. Alors que ses camarades aiment jouer «à se poursuivre avec des cris sauvages et des mines effrayantes», Mulu préfère passer son temps libre dans une caverne secrète, sur les parois de laquelle il grave et peint toutes sortes d’animaux. Ce refuge paisible, il le partage avec un ours puissant et majestueux. L’enfant et l'animal se connaissent et se tolèrent; chacun respecte le territoire et la tranquillité de l’autre. Lors d’un orage particulièrement violent, un «serpent de feu» s’engouffre dans la grotte et menace le petit peintre. L’ours s’interpose et le protège: une profonde amitié est née.

Malgré son ancrage préhistorique, cet album est d'une grande modernité. À travers un récit touchant, il évoque le rapport des êtres humains aux animaux ainsi que les dérives potentielles du progrès. En outre, il met en scène un garçon bien loin des stéréotypes masculins habituels: Mulu est sensible, calme et s’oppose à tout forme de violence. L’écriture élégante d’Alexandre Chardin, qui se prête bien à la lecture à voix haute, est ici agrémentée d’illustrations tout en rondeur de Nathalie Minne. Une réussite! (DT, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

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Couvertures de «Marcotte : le voleur d'anniversaire» (©Didier Jeunesse) et «Mulu» (©Casterman)

11. Comme un pirate, Ian de Haes, Alice Jeunesse, 2025
Album, dès 6 ans

Lucien, un jeune pirate, doit pour la première fois aller à l’école pendant que ses parents restent en mer. Il a du mal à supporter cette séparation et cache surtout le fait qu’il ne sait pas nager. Il ne dit rien, car on lui a toujours appris qu’en tant que pirate, il ne fallait pas montrer ses émotions ni parler de ses peurs. Grâce à une sirène, il finit pourtant par oser être lui‑même et révéler ses faiblesses, car il comprend qu’elles font partie de tout être humain.

Cet ouvrage est magnifiquement illustré à l’aquarelle, dans de doux tons pastel. Le thème de la masculinité toxique y est abordé avec subtilité et poésie, sans jamais opposer hommes et femmes. Lucien est particulièrement attachant avec ses doutes et ses craintes, malgré son désir de paraître sûr de lui, et les personnages secondaires se montrent bienveillants et non jugeant. Un magnifique album qui transmet un message essentiel: valoriser et partager ses émotions. (AD)

12. Flippé, Delphine Gosset, Alice Jeunesse, 2026
Roman, dès 14 ans

Le personnage de ce roman se voit toujours catégorisé comme flippé et trouillard, car il a peur de prendre des risques. Sa sœur, avec qui il est très proche, est tout l’inverse de lui. Un soir, il se retrouve à la chaperonner à une soirée, alors qu’il déteste ce genre d’événements et qu’il ne se sent pas capable d’endosser ce rôle. Bien sûr, tout ne se passe pas comme prévu, et il devra affronter des situations inconfortables où il faudra faire des choix importants.

Delphine Grosset décrit habilement, à travers les personnages, les rôles traditionnellement associés aux femmes et aux hommes dans la société ainsi que les conséquences qu’ils peuvent avoir. Associer des comportements et des manières d’être aux personnes en fonction de leur genre peut être lourd à porter, en particulier toutes les injonctions viriles adressées aux garçons. L'autrice propose une belle manière d’aborder les risques liés à une masculinité fondée sur la prise de risques, qui peut déboucher sur des conséquences bien réelles dans la société et mettre en danger des personnes innocentes. La complicité entre le frère et la sœur est extrêmement touchante, et l’entourage de l’adolescent se montre bienveillant et prêt à se remettre en question.

Ce roman est à mettre entre les mains de tous les jeunes garçons pour montrer comment il est possible de s’opposer au modèle traditionnel de la masculinité, et comprendre en quoi cela représente un acte courageux qui peut permettre de sauver des vies. Par ailleurs, si l’on va plus loin que le roman, cela fait écho au livre Le coût de la virilité de Lucile Peytavin, qui rappelle que ces comportements ont aussi un coût économique important. (AD)

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Couverture et image intérieure de «Comme un pirate» (©Alice Jeunesse) et couverture de «Flippé» (©Alice Jeunesse)

 

Les goûts non-stéréotypés

13. Ma poupée, Annelise Heurtier et Maurèen Poignonec, Talents Hauts (Badaboum !), 2021
Album, dès 3 ans

Les poupées c’est seulement pour les filles! Quelle drôle d’idée! Un petit garçon, boucles brunes et teint mat, promène sa poupée, en prend soin avec sollicitude: il la protège du soleil, lui propose le biberon, attire son attention sur les choses intéressantes à observer, la câline et répond avec aplomb à une «jupe à carreaux» qui lui demande s’il joue à la maman: «Mais non, je joue au papa!». Ce petit album cartonné de format carré invite le lecteur ou la lectrice à parcourir la ville, à monter dans le bus, à s’asseoir sur un banc au parc, avec un charmant petit garçon attentif à sa poupée, comme un père peut l’être à son enfant.

Des illustrations dessinées au crayon gras et colorées de tons pastel ainsi qu’un texte minimaliste, fait des monologues adressés par le petit personnage à sa poupée, enchantent parce qu’ils expriment toute la tendresse que ce garçon éprouve pour sa poupée. D’ailleurs, un joli petit oiseau suit le duo pour souligner la beauté de cette relation. «Jouer à la poupée, c’est apprendre à être père»! (DB, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre» )

14. La poupée de Lucas, Alicia Acosta, Luis Amavisca et Amélie Graux, Milan, 2023
Album, dès 3 ans

Une poupée: voilà le jouet ardemment désiré par le petit Lucas depuis longtemps. Et justement, un jour, son rêve est exaucé. Le petit garçon possède enfin une poupée et a désormais la chance de pouvoir lui aussi jouer au papa. Mais voilà que Téo s’approche soudainement de Lucas, saisit la poupée et la presse de toutes ses forces. L’œil de la poupée ne résiste pas et la tristesse de Lucas semble infinie. Heureusement, Téo va trouver une solution pour faire revenir le sourire de son ami Lucas et se faire pardonner. 

Cet album est parfaitement bien construit pour lutter contre les stéréotypes de genre sans afficher une morale trop pesante: un petit garçon peut ainsi vouloir une poupée et jouer au papa (et non à la maman), de même que tous les enfants peuvent indifféremment jouer à cache-cache, au football ou aux pirates. Le message passe naturellement et la lecture reste très fluide. De plus, les illustrations d’Amélie Graux font elles aussi naître des émotions chez les jeunes lecteurs et lectrices en proposant des personnages aux expressions fortement marquées. Colorées et pleines de joie, les double-pages incitent à profiter de chaque instant tout en sachant défendre ses idées. Voici une histoire qui pourrait servir de point de départ à de nombreux débats sur le genre, le partage, la jalousie, le pardon et la vie en société, mais également sur toutes les émotions ressenties au fil des pages comme la tristesse, la joie, la rancœur et la culpabilité. (DM)

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Couverture et image intérieure de «Ma poupée» (©Talents Hauts) et couverture de «La poupée de Lucas» (©Milan)

15. Le rouge à lèvres, Laura Dockrill et Maria Karipidou, Talents Hauts, 2021
Album, dès 3 ans

Le calme avant la tempête? Papa fait du yoga, maman est derrière son ordinateur, grande sœur écoute de la musique. Livré à lui-même, le héros farfouille dans les affaires de sa mère et découvre son rouge à lèvres à la couleur irrésistible. Il l’applique soigneusement sur ses lèvres et trouve que ce rose lui va «VRAIMENT bien». Commence alors une course excitante et jubilatoire à travers toutes les pièces où l’enfant gribouille, dessine, décore… sous l’œil inquiet du chat. «Le plus beau jour de TOUTE ma vie», pense-t-il. Mais sa mère arrête son voyage. La réponse des parents à cette bêtise est proportionnée: tout le monde nettoie, frotte, lave, enlève le rouge à lèvres partout… sauf sur les lèvres de l’enfant. Les goûts fondamentaux de cet être en devenir sont ainsi respectés et même le chat a l’air d’approuver! 

Un album plein d’humour, qui met en scène l’excitation d’une expérience sans malice – mais non sans conséquence – d’un enfant, au sein d’une famille aimante. L’illustration est rehaussée par le trait rose (à lèvres) qui parcourent toutes les pages. (SR, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

16. L’enfant papillon, Marc Majewski, La Pastèque, 2023
Album, dès 4 ans

Un petit garçon se prend pour un enfant papillon. Dans la chambre jonchée de papiers, pinceaux, peinture et crayons de couleur, il a fabriqué une merveilleuse paire d’ailes d’un bel orange lumineux. Et avec deux tiges en guise d’antennes, le voilà prêt à se laisser porter par le vent: le cœur léger, il virevolte de plaisir au milieu des fleurs. Malheureusement, une bande d’enfants en train de jouer au ballon vient le stopper dans son élan en se moquant de son accoutrement et l’oblige à rebrousser chemin. L’histoire aurait alors pu se terminer tristement si, de retour à la maison, le petit garçon n’avait trouvé pour le consoler les bras d’un père aimant et confiant, qui encourage son fils à persévérer: «On ramasse et on rapièce, et on coud et on brode, et on dessine et on peint». Et alors l’enfant papillon se sent à nouveau pousser des ailes. Sa force d’imagination est telle que les autres enfants cette fois entreront même dans son jeu.

Auteur-illustrateur d’une dizaine d’albums dont Le retour des loups (Saltimbanque, 2022) et La poésie Késako? (Gallimard Jeunesse, 2023), installé à Berlin, Marc Majewski nous régale ici avec son style merveilleusement expressif et foisonnant. Chaque dessin fourmille de détails, tant lorsqu’il s’agit de montrer la nature généreuse que lorsqu’il s’agit de représenter l’intérieur de la maison, où dominent les couleurs chaudes. Véritable hommage à la liberté de l’enfance, l’ouvrage de Marc Majewski met d’emblée le lecteur et la lectrice au diapason du jeune narrateur littéralement habité par son rêve de devenir un papillon. On en retiendra un album éblouissant sur la joie qu’il y a à aller au bout de ses passions, paru à La Pastèque, maison d’édition québécoise toujours très attachée à mettre en avant la création. (AC) 

garçons non-stéréotypés
Couverture et image intérieure de «Le rouge à lèvres» (©Talents Hauts) et couverture de «L'enfant papillon» (©La Pastèque)

17. Le garçon en fleurs, Jarvis, Kaléidoscope, 2022
Album, dès 4 ans

Il était un petit garçon au prénom de David qui avait de magnifiques fleurs à la place des cheveux. À l’école, tout le monde l’adore. Son meilleur ami nous raconte la bonne humeur, les jeux dans les flaques d’eau, les abeilles qui butinent la tête de David.

Mais un jour, David perd ses fleurs et il ne reste plus que des branchettes pointues, griffues. Il est malade... Le meilleur ami réfléchit, puis coupe, colle, assemble de jolis morceaux de papier colorés: il va redonner des couleurs à son copain! Soutenu par l’amitié de ses camarades de classe, David retrouve peu à peu ses propres fleurs.

Aquarelle et gouache, fonds blancs et dessin bouillonnant de vie, tout est précieux et délicat dans cet album allégorique sur le pouvoir merveilleux de l’amitié. Un grand coup de cœur à offrir et à s’offrir. (SP)

18. L’enterrement de Papigène, Esther Bacot, Cépages, 2025
Album, dès 4 ans

À l’occasion de l’enterrement de son arrière‑grand‑père, surnommé Papigène en référence à son prénom Eugène, un jeune garçon insiste pour porter une robe fleurie, alors que sa famille souhaite qu’il s’habille en noir. Pour lui, les fleurs doivent accompagner le défunt, qui aimait tant son jardin. Lors de la cérémonie, d’anciens compagnons de guerre d’Eugène sont présents et défendent une masculinité traditionnelle, évoquant la normalité de la guerre et la bravoure du disparu. Le garçon leur tient tête en rappelant combien Papigène chérissait son jardin, et parvient à convaincre tout le monde d’organiser une cérémonie pleine de fleurs, comme il l’aurait souhaité.

L’album adopte un ton juste, à hauteur d’enfant, pour interroger les traditions liées au deuil et à la masculinité. Une grande tendresse et un profond respect mutuel se dégagent des relations entre les personnages. Malgré le sujet difficile de la mort, l’ensemble est porté par une belle dose d’humour, à laquelle contribuent largement les illustrations. (AD)

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Couverture de «Le garçon en fleurs» (©^Kaléidoscope) et couverture et image intérieure de «L'enterrement de Papigène» (©Cépages)

19. Vive la danse!, Didier Levy et Magali Le Huche, Sarbacane, 2016
Album, dès 5 ans

Afin d’enrayer l’hyperactivité de leur fils, les parents d’Hector décident de lui faire prendre des cours de danse classique. Si dans un premier temps, les coups d’œil amusés et les chuchotements des filles qui participent aux cours inhibent le jeune garçon, au son du piano et à la vue des arabesques, les chaussons de danse d’Hector frétillent. Le garçon se sent soudain pousser des ailes. Au sens figuré comme au sens propre, puisqu’un beau jour, à force de danser, par excès d’arabesques et de pas chassés, Hector reste suspendu dans les airs! Ses parents n’en demandaient pas tant. Comment opérer maintenant pour faire «redescendre» leur enfant et pour canaliser la passion soudaine de leur fils?

Les illustrations tout en finesse et espièglerie de Magali Le Huche ainsi que le texte de Didier Lévy invitent les jeunes lecteurs et lectrices à s’interroger sur le regard qu’on porte sur la danse et ceux qui la pratiquent. Cet album dépoussière ainsi l’image élitiste, ringarde ou discriminante de cette activité. Il choisit au contraire de mettre en exergue les bienfaits de la danse, et, partant, la dose d’énergie, de joie de vivre et de confiance en soi qu’elle délivre à celles et ceux qui la vivent avec passion.

Comme dirait la fourmi de Jean de la Fontaine (obéissons-lui au pied de la lettre, semblent nous souffler l’auteur et l’illustratrice de cet album): «Et bien, dansez maintenant!». (HD) 

20. La princesse aux petites noix (2024), Émilie Chazerand et Stéphane Kiehl, Sarbacane, 2024
Album, dès 5 ans

Cet album met en scène, dans une ambiance de conte, un prince, Otto, qui sort des normes de masculinité: au lieu d’aimer la violence, il prône la paix et la gentillesse ; au lieu de porter une armure, il préfère des vêtements dits féminins. C’est pourquoi on l’appelle «la princesse aux petites noix» pour se moquer de lui.

Lors de l’attaque d’un ennemi farouche nommé Baldur, on découvre que ce dernier a plus de points en commun avec le prince qu’il n’y paraît. En effet, au moment du combat, Otto transforme sa propre armure en une magnifique robe, et Baldur adore justement la haute couture. Baldur et Otto deviennent alors amis et font régner la paix sur le royaume.

L’ouvrage propose des personnages non stéréotypés, avec par exemple une mère autoritaire et un père plus calme et ouvert à la différence. Les illustrations sont dynamiques, avec principalement du bleu et du rose, ce qui fait ressortir ponctuellement les autres couleurs. Les personnages sont représentés de façon attachante et humoristique. Le tout est raconté par un narrateur qui accentue l’humour et interpelle son public. Cette histoire invite à être soi-même, quels que soient nos goûts et le regard des autres. (AD)

garçons non-stéréotypés
Couvertures de «Vive la danse!» (©Sarbacane) et «La princesse aux petites noix» (©Sarbacane)

21. Julian est une sirène, Jessica Love, Pastel, 2020
Album, dès 6 ans

Accompagné de sa grand-mère, Julian croise dans le métro des sirènes aux tenues chatoyantes, prêtes à se rendre à la parade. Fasciné, notre héros s’imagine à son tour plongeant dans l’océan avec une queue de poisson. Une fois rentré, il se confectionne son propre costume avec ce qui lui tombe sous la main: rideau, plantes… Lorsque sa grand-mère le découvre, elle finit par lui offrir un bijou et l’accompagne au défilé où il rejoint les autres sirènes.

Cet album aborde avec simplicité et sensibilité les questions de genres et d’acceptation de la différence. Les rêveries du petit Julian, colorées et délicates, deviennent ainsi réalité grâce au soutien et à la complicité de son aïeule. Une ode à la liberté d’être soi et à la fête, réalisée avec beaucoup de tendresse. (AT, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

22. Mon petit carré de terre, Cathy Ytak et Christelle Diale, Les éditions du Pourquoi Pas, 2021
Album, dès 6 ans

Le jour de l’anniversaire de Tilo approche. Cette année, le petit garçon demande à sa maman un jardin. La famille habitant dans une cité bétonnée, la mère est toute réjouie que son fils veuille se reconnecter à la nature. Elle remonte de la cave une caisse qu’elle bricole. Quelques heures plus tard, le jardin est prêt, mais que planter? Tilo s’attelle à la tâche et prépare la terre pour des fleurs. Le temps passe et les premières pousses font leur apparition. Toutefois, l’une d’elles a un aspect bizarre. Refusant de l’arracher et curieux de découvrir ce qu’elle va devenir, Tilo la laisse pousser. 

C’est avec beaucoup de délicatesse et de douceur que Cathy Ytak raconte cette jolie histoire où les questions de genres apparaissent de-ci de-là par petites touches. L’illustration participe à créer une réflexion sur la différence. Les dessins offrent des effets poétiques via des teintes de jaune qui contrastent agréablement avec le gris bleuté des immeubles. De plus, via la construction des personnages, le livre montre un petit garçon sensible et plein de douceur. (MC, dans la bibliographie commentée de l’ISJM «Questions(s) de genre»)

garçons non-sétérotypés
Couvertures de «Julian est une sirène» (©Pastel) et «Mon petit carré de terre» (©Les éditions du Pourquoi Pas)

 

Les chroniqueurs et chroniqueuses: Dominique Bétrix (DB), Margaux Cardis (MC), Marie-Pierre Constant (MPC), Aurélie Crandt (AC), Annabelle Daenzer (AD), Hélène Dargagnon (HD), Déborah Mirabel (DM), Sophie Pilaire (SP), Brigitte Praplan (BP),  Sylviane Rigolet (SR) et Damien Tornincasa (DT).