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Ces filles-là

Sélection des rédacteurs
Adélaïde Pralon
Théâtre
à partir de 14 ans
: 9782842607548
8.00
euros

L'avis de Ricochet

« Quand les poules commencent à se battre, quand elles sont vraiment à fond, elles peuvent aller jusqu’au sang et c’est là qu’il faut faire vraiment attention. Parce que si elles voient du sang, les autres poules, elles se transforment en meurtrières. Elles se mettent à donner des coups de bec pour faire couler plus de sang, encore et encore. On est obligé de les asperger de spray antiseptique violet pour qu’elles voient pas le rouge du sang, sinon elles tueront la poule à coups de becs. Je sais pas pourquoi. Mais je crois qu’une poule vulnérable met tout le groupe en danger. Un truc dans le genre. »

Or Scarlett est précisément « la poule vulnérable » de l’école des filles de Saint-Hélène. Depuis l’école maternelle, elle attire et fait baisser le regard de ses camarades de classe. Pourquoi donc vous demanderez-vous ? Parce que Scarlett ne rentre pas dans les cases et ne correspond pas au modèle de la petite fille proprette qu’on aimerait lui imposer. Résultat : Scarlett intrigue et inquiète. Et les choses ne s’arrangent guère en grandissant…Très à l’aise dans son corps d’adolescente, affirmant ses nouvelles formes, la jeune fille séduit les garçons, suscitant la jalousie de la part des autres élèves de l’école. Une photo de Scarlett nue postée sur les réseaux sociaux satisfera pendant un temps les élans de méchanceté et le mal-être pernicieux des adolescentes de Saint-Hélène, Scarlett devenant à son insu le bouc-émissaire de toute une cohorte !

C’est une des filles de Saint-Hélène qui nous peint le portrait de Scarlett et qui est, aux côtés de cette dernière, une des personnages de cette pièce d'Evan Placey. En effet, à travers le regard parfois tendre, parfois apeuré, parfois compatissant de la jeune fille que cette protagoniste a été, c’est un portrait très sévère qui est brossé de toute une génération adolescente. Bien que ces adolescents aient grandi avec les réseaux sociaux et les multiples échanges possibles qu’ils laissaient préfigurer, ils ne retiennent que le potentiel destructeur et violent de ceux-ci. Le groupe, la communauté, qu’ils forment alors ne sert qu’à mieux s’en prendre aux individualités qui dérangent parce qu’elles ou ils ne rentrent pas dans le moule. Filles comme garçons ne sont pas épargnés, comme le met en exergue cette création théâtrale, mais le sexe communément appelé « faible » est une victime privilégiée de discrimination et de harcèlement, comme si la société travaillait jour après jour à façonner bourreaux et victimes, de la petite enfance jusqu'à l’âge adulte. Loin de se satisfaire de la « simple » exposition de la violence avec laquelle est traitée Scarlett et de sa progressive exclusion, Evan Placey pose en germe dans certaines répliques des graines de sursaut de conscience, de révolutions qu’elles soient adolescentes ou féministes, appelez-les comme bon vous conviendra. L’important semble que les énergies soient fédérées pour donner confiance et parole à chaque individu afin de combattre l’intolérance sous toutes ses formes. Et pour changer le monde, ne faut-il pas commencer par soi ?

Présentation par l'éditeur

Depuis l’enfance, Scarlett ne s’est jamais intégrée au groupe des filles de l’école Sainte-Hélène. Est-ce parce qu’elle n’est pas bien coiffée ? Parce qu’elle parle fort ? Parce qu’elle attire les garçons ? À partir d’une simple photo postée sur les réseaux sociaux, commence pour elle une longue descente aux enfers, racontée par une voix unique, celle du groupe des autres filles, qui la juge