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À tire-d'aile: 20 ouvrages qui font la part belle aux oiseaux

Sur les traces de quelques animaux en littérature jeunesse 2

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Pour ce deuxième numéro de notre dossier, nous vous proposons de découvrir une sélection de livres mettant à l'honneur les oiseaux. Albums, romans, documentaires ou encore imagier ou bande-dessinée: laissez-vous embarquer dans des voyages migratoires, partez à la découverte d'espèces rares, apprenez à philosopher avec les oiseaux ou à rire de leurs facéties. 


Du côté des documentaires

1. Mini encyclopédie des cris des oiseaux, d’Adrienne Barman, La Joie de Lire, 2020
Imagier, dès 2 ans

Avec son petit format carré, ses bords arrondis et ses pages solides en carton, cet ouvrage – à la fois imagier et documentaire – est destiné aux tout-petits. Il présente 15 oiseaux relativement familiers et leur cri. Enfants (et adultes!) apprendront, par exemple, que le faucon huit, que le cygne drense et que le colibri zinzinule: de quoi confronter les jeunes oreilles à des mots de la langue française peu usités, aux sonorités parfois fort amusantes. Les illustrations colorées d’Adrienne Barman ajoutent une note d’humour supplémentaire: les volatiles, qui semblent avoir été croqués sur le vif, possèdent des yeux expressifs qui leur confèrent une physionomie drolatique.

Derrière leur simplicité apparente, les doubles-pages sont construites avec minutie: les oiseaux disposés de part et d’autre de la pliure centrale entretiennent souvent un rapport de complémentarité, que ce soit au niveau de leur cri ou de l’image qui les représente. L’autrice-illustratrice place ainsi la cigogne qui craquette en regard de la grue qui claquette et la buse qui miaule en face de l’albatros qui piaule. S’il est vrai que le picassement du pic-vert a peu en commun avec la criaillerie du faisan, Adrienne Barman parvient toutefois à construire une continuité dans l’illustration: les deux oiseaux semblent partager un même arbre placé au milieu de la double-page. C’est bien pensé!

Un livre gai comme un pinson, et drôlement chouette, à mettre entre les ailes de tous les petits hiboux! (DT)

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Couverture et image intérieure de «Mini encyclopédie des cris des oiseaux» (©La Joie de Lire)

2. Drôles d'oiseaux, de Misha Maynerick Blaise, Fei, 2020
Documentaire, dès 8 ans

Saviez-vous qu’il existe une race de poule entièrement noire ou que les humains partagent 60% de leur ADN avec tous les oiseaux? Cet ouvrage documentaire richement illustré vous fera découvrir de manière originale ces cousins pas si éloignés. L’introduction présente les caractéristiques générales de ces animaux et les liens profonds qui les unissent aux humains depuis la nuit des temps. Les sept chapitres qui structurent le livre explorent chacun un aspect particulier des oiseaux, comme les œufs, les plumes, le vol ou encore le chant. La conclusion évoque quant à elle le danger qu’ils encourent aujourd’hui et le déclin attesté de nombreuses espèces. Véritable patchwork de connaissances, ce livre mêle informations scientifiques vulgarisées, faits amusants, anecdotes et citations, dans l’esprit des cabinets de curiosité d’antan.

Traiter un sujet si dense en le rendant accessible et agréable à lire est un véritable exercice d’équilibriste, que l’autrice réussit ici avec brio. La structure de l’ouvrage permet de découvrir les traits communs à l’ensemble des oiseaux, mais aussi la singularité de chaque espèce. De plus, elle est parfaitement adaptée à une lecture non linéaire, permettant au lecteur de «picorer» les informations de manière aléatoire. Les faits rigoureusement compilés et présentés avec humour sont réhaussés par les illustrations colorées et riches en motifs, qui célèbrent la diversité de la nature.

Avec Drôles d’oiseaux, Misha Maynerick Blaise nous invite à envisager notre relation à ces êtres exceptionnels comme une symbiose plutôt que comme une coexistence indifférente. En effet, à la lecture de cet ouvrage, nous ne pouvons qu’être éblouis par les incroyables capacités des oiseaux et nous éloigner d’une vision du monde anthropocentrée. (CC)

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Couverture et image intérieure de «Drôles d'oiseaux» (©Fei)

3. Ornithorama: découvre et observe le monde merveilleux des oiseaux, de Lisa Voisard, Helvetiq, 2020
Documentaire, dès 8 ans

Comment différencier une corneille d’un corbeau? Pourquoi le pigeon adopte-t-il cette démarche particulière? Quels oiseaux peut-on observer le matin au bord d’un lac? Et le soir à la campagne? Toutes les réponses à ces questions se trouvent dans le guide Ornithorama: découvre et observe le monde merveilleux des oiseaux, publié par la maison d’édition suisse Helvetiq. Le guide comporte trois parties. Dans la première, plus de 80 oiseaux européens sont présentés. Comportement, habitat, particularités, lieux et horaires favorables à l’observation, etc.: les informations sont présentées de manière claire et accessible aux enfants. Chaque portrait d’oiseau est accompagné d’une illustration en grand format de l’autrice Lisa Voisard, mais aussi d’anecdotes et d’histoires. La deuxième partie apprend aux ornithologues en herbes à observer les oiseaux, les endroits et les saisons propices, ainsi qu’à s’équiper et à prendre des notes. Finalement, la dernière partie transmet un message écologique en se penchant brièvement sur les espèces en danger et les gestes que chacun·e peut faire pour aider les oiseaux.

Cet ouvrage possède la qualité d’un guide formel, avec des informations structurées et bien documentées (la bibliographie se trouve à la fin du livre). Pourtant, loin de l’austérité que revêtent parfois les ouvrages scientifiques, Ornithorama est magnifiquement illustré et ludique. Graphique, coloré, poétique, le livre nous invite à observer les oiseaux qui se trouvent autour de nous, mais aussi la nature en général. Il plaira à la fois aux petit·e·s et grand·e·s observateur·rices·s!

Sur le site internet d’Helvetiq, il est possible de télécharger gratuitement des feuilles de coloriages, un memory, des fiches d’observation à remplir et des portraits d’autres oiseaux. (EP)

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Couverture et image intérieure de «Ornithorama: découvre et observe le monde merveilleux des oiseaux» (©Helvetiq)

Des oiseaux et des hommes

4. Le bon coin, d’Alexandra Pichard, Les fourmis rouges, 2020
Album, dès 3 ans

Un ornithologue zélé fabrique un instrument pour imiter le son du canard, dans le but de l’approcher et de l’étudier. Toutefois, cette recherche se révèle plus difficile que prévu pour le scientifique pourtant chevronné. Peu à peu, une cohorte hétéroclite, attirée par les sons approximatifs qu’il produit, l’accompagne dans sa quête du bon «coin». Les tentatives se succèdent et les issues se révèlent de plus en plus cocasses: l’ornithologue se retrouve tour à tour au bord d’une mare, sur un arbre, sur une colline, et à danser une farandole endiablée, avant de voir ses efforts enfin couronnés de succès… ou presque!

Cet album loufoque au design épuré questionne la relation des scientifiques aux animaux et plus généralement la démarche scientifique, en suggérant que les expériences peuvent donner lieu à des découvertes inattendues, aussi importantes que celles initialement escomptées. En effet, la chute originale qui clôt ces aventures permet d’interroger les notions de savoir, de persévérance et de réussite. L’univers graphique dans lequel nous invite Alexandra Pichard est énergique et chaleureux, notamment grâce à la finesse des expressions faciales et corporelles des personnages, qui les rend très vivants.

Le bon coin aborde des questions profondes avec humour tout en régalant les yeux et les oreilles, grâce à ses onomatopées cocasses et à ses illustrations joyeuses et acidulées, idéales pour une lecture à voix haute. (CC)

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Couverture et image intérieure de «Le bon coin» (©Les fourmis rouges)

5. Gipsy, de Marie-France Chevron et Mathilde Magnan, Éditions courtes et longues, 2014
Album, dès 4 ans

Cet album est bien plus qu’un bel album: c’est une œuvre d’art qui devrait être placée, comme un trésor, au creux de toutes les mains pour croître au fond du cœur!

Des illustrations à couper le souffle et un texte en prose poétique d’une incroyable délicatesse forment un ensemble sublime. Le lecteur est transporté dans un merveilleux voyage, en roulotte, au sein d’une famille ouverte sur la dimension d’un amour inconditionnel: celui de la liberté pour soi-même et pour autrui, donc du respect, de la tolérance, de l’accueil.

Par un jour de grand vent printanier, Gipsy, la pie tombée du nid, est recueillie par Manu, le jeune Gitan au grand cœur, dans ses mains pleines de tendresse et son regard plein de douceur qui ont su apaiser la douleur, physique, des ailes blessées par la chute et celle, profonde autant qu’invisible, de la solitude et de la perte de repères. Tous les sens en alerte, accueillant et accueillie vont échanger en silence, se comprendre par les regards, s’apprivoiser un peu plus à chaque soin prodigué. En voyage, tous deux vont découvrir le monde, à la fois intime, simple et infini. En famille et en compagnie des autres animaux du voyage, Gipsy l’adoptée, Gipsy la sage et Manu le sensible vont partager leur nid et découvrir que l’essentiel reste souvent caché, que le don, de soi, est infiniment précieux. Amitié rime alors avec liberté, puisqu’on aime sans posséder.

Simple mais jamais simpliste, cette œuvre constitue une perle de sagesse et d’élégance, une oasis pour les yeux, l’âme et le cœur, abordant avec délicatesse un sujet pourtant sensible: celui des différences de mode de vie et de conception de celle-ci. Ces points de vue divers sont ici soulignés par les illustrations qui, elles aussi, adoptent diverses perspectives en jouant habilement avec des techniques cinématographiques, comme la plongée et la contre-plongée, la profondeur de champs ou le travelling, par exemple, dans un interpellant face à face avec les lecteurs.

De grande taille, cet album, carré, ne l’est que par sa forme! Ses messages profonds peuvent emplir le bel espace disponible pour y prendre tout le sens qu’ils transportent, ample comme l’horizon des possibles, libre comme le vol des oiseaux, translucide comme l’air frais et le cœur des enfants, puissant comme les vents du ciel et beau comme l’amitié. (SR)

6. Tancho, de Luciano Lozano, Les éditions des éléphants, 2022
Album, dès 6 ans

Dès la page de garde de cet album, où l’auteur parle de son voyage au Japon et de l’esthétique qui l’a profondément marqué, cette œuvre a capté mon attention, la plus profonde, celle qui rencontre cet Autre, si éloigné, et qui, pourtant, devient immédiatement proche, intime même. Cette façon de mettre à nu ces sentiments opposés qui peuplent notre âme, Luciano Lonzano sait les réconcilier pour en faire un ensemble harmonieux, une réalité quotidienne autant que vitale. Et c’est alors tout l’album qui se trouve parcouru par cet élan enthousiaste et retenu, mêlant la chaleur du sud, celle de l’origine de l’auteur, à celle, tout en discrétion, du pays nippon. L’auteur-illustrateur autant que l’histoire réconcilient ici les extrêmes: dur labeur et contemplation, froid glaçant et danse gracieuse, silence de neige et chant des oiseaux, homme et volatile pour exprimer l’amour fidèle qui protège, unit, prend soin, chaque jour…

Un fermier vivant dans les terres près des marécages de l’île d’Hokkaïdo observe avec plaisir, chaque automne, l’arrivée des grues à couronne rouge. Son fils, Yoshikata, surnommé Tancho, – le nom donné aux grues par les Japonais –, admire avec délice la danse de celles-ci, leurs chants et incroyables ballets, leurs sauts et mouvements, toutes ces gracieuses déclarations d’amour et de fidélité. Tancho, devenu père à son tour, constate, inquiet, la progressive diminution et quasi disparition des grues, à l’exception d’un couple. Tancho connaît l’ancienne coutume des Aïnous, le peuple autochtone de l’île, de nourrir les volatiles durant le rude hiver. C’est ainsi qu’il décide de renouer avec la tradition, par ce soin quotidien. À la main, patiemment, il approchera alors les deux grues, les nourrira chaque jour puis, à la fonte de la neige, admirera leur danse majestueuse… en guise d’adieu! Le doute l’envahit: reviendront-elles l’hiver prochain? Pari gagné. Elles revinrent, accompagnées, cette fois, de leur progéniture, comme une promesse. Tancho dût donc s’atteler à la sauvegarde de ces oiseaux décimés, en cultivant, chaque été, beaucoup plus de graines pour les leur donner à manger dès les premières neiges. Puis sa fille Sadako reprit le flambeau, avec la même détermination et douceur. Finalement, le gouvernement reconnut l’importance de ces gestes en nommant Tancho «gardien des grues». C’est ainsi que, dans sa ferme, naquit le sanctuaire, plus tard devenu le Centre de conservation des grues du Japon.

Cet album est un chef d’œuvre, alliant un texte fort, car son propos est épuré autant que fondamental. Les illustrations transmettent un indicible message de sérénité, d’élégance: celle des volatiles, mais encore celle des gestes ordinaires qui mènent aux actes extraordinaires. À la fin, il y a encore un «guide de lecture», constitué de cinq paragraphes documentaires très clairs expliquant: la naissance du livre, les grues, leur symbolique, les Aïnous et Sadako Sasaki. Tout, ici, est simple et génial! (SR)

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«Gipsy» (©Éditions courtes et longues) et «Tancho» (©Les éditions des éléphants)

7. Wolfgang et moi, d’Emmanuelle Grundmann et Olivia Sautreuil, La cabane bleue, 2021
Album, dès 7 ans

Saviez-vous que l’opéra La Flûte enchantée de Mozart lui avait été inspiré par son animal de compagnie, Lorenz, un petit étourneau sansonnet? C’est le récit de cette rencontre que propose Wolfgang et moi, le deuxième album de la série Mon humain et moi publié aux éditions La cabane bleue, une «collection de docufiction qui met en lumière les relations entre un animal et son être humain célèbre».

Comme le note avec humour l’éditeur, l’originalité de ce récit est qu’il est raconté du point de vue de l’oiseau, depuis le moment où Mozart est entré dans la boutique où il se trouvait à la première représentation de La Flûte enchantée, chef d’œuvre du compositeur autrichien, à laquelle il assista. Dès leur première rencontre, le chant de l’oiseau, qui répond à ses sifflements, émerveille Wolfgang, qui décide de l’acheter. Une complicité s’établit très vite entre eux. Durant plusieurs semaines, ils vont partager toutes leurs journées, entre compositions musicales et jeux facétieux. Les trilles de Lorenz vont inspirer Mozart pour la création de l’une de ses œuvres les plus célèbres, écrite avec la plume même de son compagnon ailé.

Les illustrations d’Olivia Sautreuil sont colorées, avec une prépondérance de nuances de bleu et de jaune-orangé. La diversité des points de vue adoptés, avec des perspectives plongeantes, des cadrages resserrés sur les personnages ou les partitions de musique, donnent du dynamisme au récit et traduisent ainsi l’effervescence de la création artistique.

A la fin de l’album, le lecteur découvrira avec plaisir quelques aspects biographiques sur Lorenz et Mozart. Si Emmanuelle Grundmann a pris certaines libertés avec la réalité historique, puisque l’oiseau était déjà mort à la date de la première représentation de l’opéra, il semble toutefois évident que l’étourneau ait joué un rôle dans la composition de celui-ci.

Un album gai et coloré pour découvrir de façon originale une époque de la vie de l’un des compositeurs les plus célèbres du XVIIIe siècle. (CF)

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Couverture et image intérieure de «Wolfgang et moi» (©La cabane bleue)

8. L’île sous la mer: histoires naturelles, de Xavier-Laurent Petit et Amandine Delaunay, L’École des loisirs, 2021
Roman, dès 9 ans

L’histoire se déroule en 1917 sur la petite île de Holland Island, au large de Washington. Marco, le protagoniste et narrateur du roman, y vit avec son grand frère Tom et leur maman. Moqué et harcelé par ses camarades d’école, le jeune homme, qui souffre d’un trouble du langage, n’a pas beaucoup d’amis, si bien qu’il passe une bonne partie de son temps en compagnie des oiseaux, dont il connaît les noms, les cris et avec qui il entretient même des conversations.

«Je bavarde avec les mouettes qui piaillent autour des bateaux quand ils reviennent de pêche. Je discute aussi avec les sternes, les hérons, les gravelots ou les pélicans qui se perchent sur le toit de la maison, et chaque soir, je fais un brin de causette avec un petit hibou des marais qui ne se montre jamais, mais qui me répond toujours quand je hulule.» (p. 16)

La passion de Marco lui vient de son oncle Charlie, un gardien de phare misanthrope et solitaire. Ils font ensemble «l’école des oiseaux»: à travers leurs jumelles, ils observent les aigrettes, les courlis et autres balbuzards; ils s’amusent également à imiter leurs chants tout en s’imaginant qu’ils sont, eux aussi, capables de voler. Il n’y a pas à dire, ces enseignements conviennent bien mieux à Marco que ceux de l’école normale, auxquels il assiste à contrecœur.

En parallèle de la petite histoire de Marco, surgit la grande Histoire et deux événements majeurs vont bouleverser le quotidien des insulaires. Tout d’abord, la Première Guerre mondiale. L’armée américaine mobilise les jeunes hommes de l’île, dont le frère de notre héros: ils sont envoyés en France pour combattre les Allemands. À travers les lettres de Tom, les jeunes lecteur·rice·s découvriront les conditions de vie extrêmes des soldats dans les tranchées, mais aussi la violence et la mort omniprésentes. Certaines familles de l’île perdront un fils ou un frère sur le champ de bataille.

Le deuxième fait historique avéré (mais quelque peu romancé pour ce livre) est l’érosion de Holland Island qui, avec le temps, s’enfonce toujours plus dans l’eau et est menacée de disparition. Très attachés à leur île, les habitants vont tout mettre en œuvre pour la sauver. Y parviendront-ils? Vous le découvrirez en lisant le roman.

L’atmosphère qui se dégage de ce livre, proche du huis clos, est tout à fait particulière: qui dit île, dit microsociété, dans laquelle tout le monde se connaît. Malgré quelques rivalités, il y règne un fort esprit d’entraide. La relation que Marco entretien avec la nature, et en particulier avec les oiseaux, est touchante et incite les lecteurs et lectrices à s’interroger sur leur propre rapport au monde «sauvage». L’écriture de Xavier-Laurent Petit, légère et fluide, se déguste à chaque page; elle est accompagnée de magnifiques illustrations d’Amandine Delaunay.

Comme tous les textes de la série «histoires naturelles», L’île sous la mer se situe à la croisée de la fiction et du documentaire: l’ancrage historique permet de glaner quelques informations sur la Grande Guerre et sur le destin de Holland Island. À l’issue de leur lecture, les enfants curieux ont la possibilité d’explorer plus avant la thématique de la disparition des îles, puisqu’un QR code leur permet d’accéder à un documentaire audio qui présente la situation de la Mayotte, un archipel marqué par de graves perturbations géologiques. (DT)

9. Picolette, de Laure Garancher, Delcourt, 2019
Bande dessinée, dès 13 ans

Se baladant avec son ami dans la forêt amazonienne, Alimiye, un jeune adolescent amérindien, parvient à capturer une Picolette, une petite espèce de passereau de Guyane française, qu’il se donne pour mission d’entraîner à chanter afin de la revendre au plus offrant. De retour dans le village d’Alimiye, isolée au milieu de la forêt amazonienne, on découvre, en même temps que Picolette, la vie locale et le quotidien des amérindiens. Plus tard, c’est dans la capitale du Suriname que Joey, un chauffeur de taxi créole, rachète le jeune oiseau, avant qu’il n’arrive aux mains de Bianca, une ancienne chercheuse d’or brésilienne qui pense être en mesure de le transformer en véritable champion des compétitions de chant.

Picolette suit les aventures de cet oiseau typique du Suriname, admiré pour son élégante posture et convoité pour sa magnifique voix. En même temps, la bande dessinée nous ouvre une fenêtre sur la vie locale au Suriname, expérimentée du point de vue des différents protagonistes, en même temps que de celui de Picolette. L’album se présente comme un docu-fiction, l’intrigue servant de prétexte à la découverte de la culture, des coutumes et de la vie locale – parfois difficile – du plus petit pays d’Amérique du Sud.

Picolette se démarque par son originalité, que l’on retrouve notamment dans la présence du point de vue de l’oiseau, qui prend autant de place que les personnages humains, tout en révélant son caractère bien trempé au fil de bulles de dialogues bleues. À la fois dépaysant et didactique, l’album nous fait découvrir une espèce que nous n’avons pas l’habitude de côtoyer, en même temps qu’il nous dévoile l’habitat de la Picolette, qu’elle partage avec les amérindiens du Suriname. Les dessins sont, quant à eux, remplis de douceur et rendent les personnages et les situations vécues réalistes et attachants. Picolette est le troisième album de Laure Garancher, et il s’inscrit dans l’action de l’association «The Ink Link», un réseau d’artistes et de professionnels de la bande dessinée engagés pour des causes sociales, environnementales et humanitaires contemporaines. Partez à la découverte du Suriname et de sa forêt amazonienne, guidés par le regard curieux et la voix mélodieuse d’un de ses habitants les plus emblématiques: la Picolette! (VM)

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«L’île sous la mer:  histoires naturelles» (©L’École des loisirs), «Picolette» (©Delcourt) et «Le flamant rose qui ne voulait pas être rose» (©Circonflexe)

Des oiseaux pour parler de thèmes de société

10. Le flamant rose qui ne voulait pas être rose, de Christelle Saquet et Alice de Page, Circonflexe, 2019
Album, dès 3 ans

La première de couverture de l’album annonce la couleur: Pinky, un jeune flamant rose, veut changer de couleur. Selon lui, le rose «c’est une couleur de fille!». Décidé à trouver une solution, il s’envole en direction d’un marécage, où, contrairement à ses attentes, tous les animaux qu’il rencontre envient la douce couleur de son plumage et sont mécontents de leur propre apparence. Désemparé, Pinky ne sait plus quoi faire ni penser. Il rencontre alors un bel ara d’une magnifique couleur bleu profond, qu’il juge «idéale pour un garçon»… avant d’apprendre que ce beau plumage appartient en fait à une demoiselle prénommée Annabelle!

Les stéréotypes, les biais de genre et l’acceptation de soi sont explorés avec finesse, tant au niveau de l’intrigue que des illustrations et de l’écriture. Sur le modèle de la fable, les animaux sont mis en scène pour aborder des thèmes de société et tourner en dérision un mode de pensée trop peu nuancé. Faisant écho au changement de point de vue de Pinky sur les attributs de la masculinité et de la féminité, les plans et les perspectives des illustrations varient au fil des pages. Ce traitement de l’image rend le récit dynamique et contribue à immerger le lecteur dans les paysages à la végétation luxuriante et à la faune bigarrée. L’expérience de lecture s’apparente ainsi à un véritable voyage. L’album fait également la part belle à l’oralité, par l’abondance de dialogues qui comportent de nombreuses rimes.

Cet ouvrage, centré sur la vision du monde d’un jeune flamant rose obstiné, est tout indiqué pour aborder des thématiques de société essentielles avec gaieté et délicatesse. (CC)

11. Lili entre deux nids, de Jonna Lund Sørensen, D’eux, 2021 (réédition)
Album, dès 3 ans

Lili l’oisillonne possède deux yeux, deux pattes, deux ailes et… deux nids! C’est que ses parents, à force de prises de bec, ont fini par se séparer. Ces derniers se partagent équitablement la garde de leur fille: trois jours chez papa et trois jours chez maman. Et le dimanche alors, chez qui aller? La décision revient à Lili… Que choisira-t-elle?

Lili entre deux nids aborde la thématique de la séparation avec délicatesse. Le texte, simple et concis, convient bien aux plus jeunes et résume efficacement le quotidien d’un enfant issu d’une famille séparée. Le choix de personnages non-humains est ingénieux car il permet d’instaurer une distance rassurante et parfois nécessaire. Côté illustrations, l’humour est au rendez-vous: qu’il est drôle de découvrir les visages exagérément courroucés des adultes lors de la dispute ou de constater que les «spaghettis» dont Lili se nourrit goulûment sont en réalité de visqueux vers de terre! Quant à la chute de l’album, elle invite à poser un regard apaisé sur les épreuves de l’enfance. Après tout, c’est aussi grâce à elles que l’on grandit… jusqu’à pouvoir voler de ses propres ailes.

Un livre léger, comme une plume d’oiseau, qui fait réfléchir tout en chatouillant les zygomatiques. (DT)

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Couverture et image intérieure de «Lili entre deux nids» (©D’eux)

12. Un point c’est tout!, d’Helen Ward, Minedition, 2014
Album, dès 4 ans

Une pintade, différente par son plumage uni, tout gris, souffrant d’un complexe en se comparant à ses autres congénères et n’en pouvant plus de jalousie, décide de commander des taches. Cependant, de nouvelles déceptions l’attendent: trop grosses ou minuscules, invisibles de jour ou, au contraire, trop brillantes, taches chiffrées, comme un jeu labyrinthique, ou encore gouttes de couleurs éclatées et pâtés d’encre, et même divers points appartenant aux signes de ponctuation ou encore marques des pelages d’animaux sauvages… Pintade a tout essayé, mais aucune ne lui convient! Elle reçut même des rubans soyeux et rutilants. Prête à se désister, un dernier paquet lui offre alors son ultime chance de devenir «comme tout le monde»… Mais c’était sans compter sur les intarissables regards malveillants des autres pintades, pleines de préjugés, qui s’étaient déjà tournés vers d’autres cibles…

Ce livre propose une fin aussi abrupte qu’ouverte, qui laisse songeur le lecteur, le poussant à une réflexion critique à propos de ce sentiment, si humainement répandu, de la comparaison malsaine, superficielle, des apparences, provocant le rejet de la différence et le désir insensé de se fondre à tout prix dans la masse, sans discernement et, surtout, sans acceptation de soi…

Mais cet album est également un bel objet en soi: couverture trouée, pages percées ou brillantes, en relief aussi, couleurs chatoyantes et différentes perspectives, tout, ici, attire le regard et capte l’attention, en donnant envie, même à l’adulte, de caresser ces différentes textures. Les illustrations sont d’une originalité exceptionnelle, la protagoniste étant représentée à chaque page de forme différente, pas toujours entière, pour augmenter l’expressivité des parties alors ciblées, leurs mouvements ou leurs positions par rapport au contexte – lui-même épuré et par là même très lisible. Cet ensemble, d’une cohérence remarquable et d’une esthétique raffinée, facilite l’accès au sens (par les sens?) aux plus jeunes lecteurs et sait également enchanter les plus expérimentés. Une perle… sans taches! (SR)

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«Un point c’est tout!» (©Minedition)

Oiseaux philo

13. Merlito, de Florence Gilard, Esperluète, 2021
Album, dès 3 ans

«Titu titu titu titutitu tiiiiiiiiiitu titu titu»: un merle baptisé Merlito égaie le quotidien d’un petit garçon, par sa présence familière et primesautière. Tous les jours, au cours d’un rituel qui s’apparente à un jeu de cache-cache, le merle appelle son jeune ami, puis disparaît et réapparaît successivement de son champ de vision. Lorsque son compagnon est absent, le jeune garçon le convoque dans ses dessins, dans ses jeux et dans son imaginaire.

Le minimalisme du récit et des illustrations sublime d’un halo de poésie les liens d’amitié entre un enfant et un animal, tout en explorant la question de la présence/absence des êtres chers, source fréquente de questionnements chez les jeunes enfants. L’emploi du collage et du crayon de couleur participe au style naïf de l’illustration, en parfait accord avec l’univers enfantin dans lequel l’histoire nous immerge.

La structure répétitive du récit et des dialogues permet de faire de la lecture de cet ouvrage une expérience ludique qui réjouira les plus jeunes. (CC)

14. Grand corbeau, de Béatrice Fontanel et Antoine Guilloppé, Sarbacane, 2007
Album, dès 5 ans

Un album marquant, dès la couverture, par ses couleurs fortement contrastantes: le corbeau en noir, le fond blanc et quelques corolles de coquelicots rouges; puis des pages de garde rouge vif, et de nouveau la dominance du noir pour situer le contexte de la campagne désolée en hiver, mais surtout l’état d’esprit du grand corbeau qui rêvait d’être autre, exotique et coloré… Des dessins de la réalité, noirs, découpés au laser, s’opposant en alternance aux illustrations pleines de couleurs chaudes, celles des rêves d’un ailleurs paradisiaque… Et un texte court, traduisant l’humeur noire du volatile, comparant son plumage à des matériaux tout sauf nobles, ceux de la suie et du goudron. Vient s’ajouter le froid, rude, encore.

Heureusement, le poète, tout de noir vêtu lui aussi – sauf une écharpe rouge pétant, tel un cœur éclatant de chaleur revigorante –, comprend, avec la sensibilité épanouie qui est la sienne, la profonde déprime du corbeau. L’artiste va alors trouver des comparaisons fort poétiques avec des éléments noirs eux aussi, mais pourtant si beaux, de la réalité environnante. Ces métaphores vont permettre à l’oiseau de se voir sous un autre jour, puisque le noir de son plumage aura désormais un goût de réglisse et sera sa marque distinctive, celle qui permettra aux autres couleurs de mieux vibrer en soulignant ainsi leur coloration…

Un album dont l’ouverture à l’italienne élargit l’horizon, amplifie l’espace, casse les limites, ouvre sur d’autres perspectives en permettant un envol puissant de l’oiseau, devenu grand par l’amplitude de son âme soudain retrouvée grâce à l’acceptation, sereine, de son être. Un chef d’œuvre, aux différents niveaux de lecture possibles! (SR)

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«Merlito» (©Esperluète) et «Grand corbeau» (©Sarbacane)

15. Le ver et l’oiseau, de Coralie Bickford-Smith, Gallimard Jeunesse, 2018
Album, dès 5 ans

Cet album est plutôt vertigineux. Il narre les itinéraires bientôt conjoints d’un ver et d’un oiseau, et nous embarque dans une exploration graphique intense, foisonnante et très aboutie.

En terme d’histoire, cet album croque un temps dans le cycle de la vie. Deux animaux parmi d’autres y font leur chemin, entre nécessités et rêves, entre ciel et terre. Un ver dans son milieu bourbeux est mu par l’urgence de son projet d’espace et d’amplitude: il vise la sortie. Sans se douter que l’oiseau est là, le guettant et considérant les choses d’une toute autre façon: son bec agile va embarquer notre ver dans un ultime et sidérant voyage.

Dans cet ouvrage audacieux sont évoqués à la fois l’oppression et les aspirations, la souffrance et la satisfaction, la prédation, le micro, le macro, tout comme l’individualité et l’altérité. La fiction nous guide au cœur du réel. Elle rend l’inconscient sensé et universel, alors que la cruauté s’estompe. Le Grand Tout est ainsi rendu sensible grâce à différents procédés, la trame et la forme narrative d’abord (la voix glisse d’une entité à l’autre, se confond, le «moi» devenant «nous»), et ensuite par les formidables planches illustrées, d’une poésie subjuguante. L’infini est finement évoqué. Les innombrables et importantes tensions cohabitent dans un formidable rendu chromatique et pictural. Le dessin numérisé conjugue le blanc, le jaune, le doré, à des teintes plus sombres et des reflets métalliques. Différentes strates semblent se superposer pour accentuer et donner corps aux dimensions. La lumière, le mouvement, l’illimité, la poudre de merveille, tout cela se raconte donc. Une profonde réussite d’esthétisme, de philosophie et d’humour. (DB)

16. Le corbeau d’Épictète, d’Alice Brière-Haquet et Csil, 3œil, 2020
Album, dès 7 ans

Le corbeau d’Épictète appartient à l’excellente collection Philonimo (éditions 3œil), dont le nom est formé par un mot-valise: «philo», pour «philosophie» et «nimo» comme dans «animaux». L’objectif de cette collection est en effet de faire découvrir aux petits (ou aux «minots» pour rester dans les jeux de mots), les préceptes philosophiques de grands penseurs, et ceci à travers des paraboles animalières. Les textes sont signés Alice Brière-Haquet; les images, quant à elles, sont réalisées par un artiste différent pour chaque album. Malgré la pluralité des illustratrices et illustrateurs, Philonimo est marquée par une forte cohérence graphique. Les ouvrages se reconnaissent à leur tout petit format et à leur couverture cartonnée, de couleur unie, percée en leur centre d’un hublot qui laisse voir l’animal dont il sera question. Sur un papier crème de qualité, très agréable au toucher, la bichromie des illustrations intérieures crée un effet épuré propice à la réflexion philosophique.

Dans Le corbeau d’Épictète, tout en noir et bleu, le personnage de l’oiseau sert de point de départ à un questionnement sur la superstition et le bonheur. Lorsqu’un corbeau, quelque part, croasse, comment faut-il interpréter son cri? S’agit-il d’un bon ou d’un mauvais présage? Annonce-t-il une guerre, une catastrophe naturelle ou alors la prospérité et la richesse? Si les plus grands savants se réunissent pour élucider le mystère, le sage, pour sa part, invite à relativiser et à chercher le bonheur à l’intérieur de soi et dans les choses sur lesquelles il est possible d’exercer une réelle influence. Servie par un texte simple et poétique et des gravures au minimalisme très évocateur, la parabole tirée du Manuel d’Épitècte (chapitre XVIII) est ici revisitée à hauteur d’enfant.

Un album intelligent qui augure de bons moments de lecture placés sous le signe de la méditation!

Dans la même collection, et aussi à propos d’un oiseau, signalons Le cygne de Popper (illustré par Janik Coat, à paraître le 7 juin 2022) qui s’intéresse aux limites des théories scientifiques. (DT)

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«Le ver et l’oiseau» (©Gallimard Jeunesse) et «Le corbeau d’Épictète» (©3œil)

Pour rire ou s'émouvoir

17. Vers le Sud, de Max Estes, La Joie de Lire, 2016
Album, dès 4 ans

«Les arbres ont changé de couleur. Une odeur nouvelle s’élève dans les airs». C’est l’automne et le temps est venu pour les oiseaux d’accomplir la longue et séculaire migration vers le Sud.

Le narrateur de ce récit est un jeune oiseau dont c’est le premier voyage, et il embarque le lecteur avec lui pour ce périple. A travers ses yeux, on ressent l’émotion d’une telle aventure: l’émerveillement devant les paysages traversés, la curiosité à la vue d’autres espèces inconnues, la crainte de ne pas avoir assez mangé avant le voyage ou de se laisser distancer par ses compagnons. Grâce à l’oiseau-guide, le lecteur en apprend plus sur la migration:  ce sont les membres les plus âgés du groupe qui conduisent les autres, ils suivent toujours le même chemins, guidés par les courants aériens, et peuvent voler très longtemps sans battre des ailes, portés par le vent. L’histoire est simple, racontée avec peu de mots, laissant une grande place aux illustrations. Réalisées dans des teintes douces, ces dernières transcrivent dans un style un peu naïf la beauté des différents paysages parcourus: forêts, champs, montagnes, fjords, villes, etc. Elles multiplient les points de vue et permettent au lecteur de voir le monde à hauteur d’oiseau et d’admirer de grands espaces. L’auteur-illustrateur distille aussi des petites touches d’humour à travers le décalage entre ses illustrations et les paroles de l’oiseau: ainsi, la Tour Eiffel vue à travers les yeux de ce dernier est un arbre bien plus haut que les autres, et les serviettes de bain des vacanciers sur la plage lui semblent de drôles de nid. Au terme de l’album, une double page représentant deux palmiers sur fond de soleil couchant sur la mer marque la destination tant attendue de ce long voyage: le Sud.

Un album doux et poétique, magnifiquement illustré, qui donne envie d’avoir des ailes et de s’envoler comme un oiseau. (CF)

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Couverture et image intérieure de «Vers le Sud» (©La Joie de Lire)

18. Ça penche!, de Luc Turlan et Daniela Volpari, Marmaille & compagnie, 2013
Album, dès 4 ans

La première chose qui frappe l’attention du potentiel lecteur et qui va spontanément et tout naturellement lui faire feuilleter ce livre, est la forme insolite de celui-ci: une ouverture à l’italienne, taillée en biseaux, pour découper un paysage qui «penchera dangereusement» à gauche et «essoufflera» le lecteur par sa remontée abrupte à droite! Les bases humoristiques de l’histoire sont ainsi lancées! L’originalité de ce découpage forme un fond concret pour contextualiser l’aventure et faciliter l’accès au sens pour les plus jeunes lecteurs, mais également pour ravir tous les autres, amplifiant l’effet comique de situation de ce livre de nonsense. Grâce à cette conception panoramique et pentue, les mouvements de chute en un roulé-boulé imparable et de fuite interminable en une montée épique soulignent adroitement la course effrénée de l’aventure!

Un œuf de flamant rose, orgueil du couple parental, déboule du nid, sans crier gare, et va rouler, rouler, à travers monts et vallées, ville et campagne, provocant mille et une situations cocasses. Sur chaque page de gauche, l’œuf, à vive allure, cause un accident avec un personnage, alors que la page de droite situe plus en détail le lieu de l’action. Ce rythme effréné perdure… jusqu’à l’éclosion de l’œuf – qui correspond à la moitié du livre, produit d’une collision avec un gros chien. Puis un renversement radical de situation s’opère: après une naissance forcée, le poussin va fuir en remontant, sur les pages de droite, et en provocant d’autres accidents de parcours avec d’autres personnages, jusqu’à parvenir, à bout de souffle, au sommet de la montagne, poursuivi alors par toutes les créatures rencontrées… Là, la peur au ventre, acculé, le poussin n’a plus de choix: il saute de la falaise pour échapper à ses poursuivants. Heureusement, pour son premier vol forcé, Petit Flamant sera secouru, sans même s’en apercevoir, par son père, attentif et fier malgré tout, de l’envol de son tout-petit!

Les couleurs pâles, rappelant quelque peu les sépias des livres anciens, les vêtements passés de mode des personnages, l’architecture type «vieux quartiers» et les enseignes à l’écriture désuète, constituent autant d’éléments illustrés qui accentuent l’effet «hors norme», drôle et burlesque de ce livre coup de cœur! (SR)

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«Ça penche!» (©Marmaille & compagnie)

19. 365 pingouins, de Jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet, Hélium, 2017 (réédition)
Album à partir de 5 ans

Un album grand format, en trois couleurs dominantes sur fond blanc: le noir, l’orange et le bleu, dans un jeu très dynamique entre: les personnages principaux à l’origine mystérieuse – les pingouins* –, les quatre membres de la famille tout d’orange pétant vêtus, qui se voient contraints de les accueillir quotidiennement, et le contexte global de la maison en bleu; quelques touches de brun, pour un meuble de «pingouins-rangement» et le tour est joué, fort habilement, pour entraîner lecteurs et lectrices dans une aventure mouvementée, cocasse, désopilante et, ma foi, fort plaisante!

Que faire d’un cadeau tant inattendu, tellement insolite et pourtant si… vivant? Qui en est l’expéditeur secret? Et ce livreur qui travaille le premier jour de l’an, et qui va revenir, chaque jour, pendant toute une année, pour apporter les 365 cartons, pour qui travaille-t-il? Jour après jour, les situations absurdes s’accumulent, surtout quand il va s’agir de nourrir ces volatiles, de les soigner, de leur trouver une place… Un humour de situation, et pourtant très habile dans les notions mathématiques qu’il exploite. Non seulement additions, multiplications et divisions vont être à l’ordre du jour pour organiser le quotidien de cette étrange famille humano-volatile «(re)composée», mais aussi les notions de temps et d’espace, connues pour être si difficiles à acquérir par les jeunes enfants. Ici, ces notions complexes paraissent évidentes, non seulement parce que l’humour, omniprésent, capte l’attention, même celle de l’adulte, de page en page, mais aussi parce que les calculs proposés sont nécessaires à la survie des animaux! Les lecteurs sont ainsi pris à parti pour trouver des solutions, s’adapter au jour le jour, avec flexibilité et logique, et les calculs s’égrènent comme par enchantement, naturellement, au fil des réflexions.

Une œuvre très habile pour faciliter un accès ludique à cette spatio-temporalité impalpable, fluide et continue, mais encore pour sensibiliser aux réalités du réchauffement climatique, de l’urgence de protéger les espèces – ici ces oiseaux, nouveaux réfugiés climatiques –, et de respecter les besoins de chaque être vivant: une formidable réussite à tous points de vue! (SR)

*Dès la première page de garde, une courte explication avertit les lecteurs de l’erreur fréquente du nom attribué à ces oiseaux arctiques: il s’agit en fait de manchots, que les traducteurs ont erronément traduit par pingouins en français, par influence de nombreuses autres langues…

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Couverture et image intérieure de «365 pingouins» (Hélium)

20. Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, de Luis Sepúlveda et Miles Hyman, Seuil Jeunesse, 2012
Roman, dès 8 ans

Une mouette sur le point de mourir des suites d’une marée noire confie son œuf à Zorbas, un chat domestique au grand cœur, bouleversant ainsi son quotidien confortable. Celui-ci devient alors une véritable mère de substitution pour le poussin, nommé Afortunada. Aidé par les chats du port de Hambourg, il devra surmonter de nombreux obstacles pour lui apprendre à voler et l’aider à suivre son destin de mouette.

Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce récit d’aventures un ouvrage à la fois trépidant, profond et poétique, qui captive immédiatement le lecteur. Les valeurs d’amitié, de solidarité et de tolérance au cœur du récit sont incarnées par des personnages hauts en couleur, particulièrement attachants. L’intrigue désopilante, les nombreuses péripéties, la variété des registres utilisés et la richesse des descriptions rendent la lecture dynamique et permettent au lecteur de s’immerger dans la fiction. Une autre grande qualité de ce texte est la manière dont est traitée la relation complexe entre les humains et les animaux. Loin d’être exposée de manière manichéenne, celle-ci est explorée avec finesse par l’auteur, dont c’est l’une des thématiques favorites. 

Par sa richesse à la fois thématique et formelle, cet ouvrage émouvant ne manquera pas de toucher de nombreux lecteurs, des plus jeunes aux plus chevronnés. (CC)


Les rédacteurs: Delphine Bernard (DB), Cécile Cachelin (CC), Christine Fontana (CF), Violeta Mitrovic (VM), Elise Prêtre (EP), Sylviane Rigolet (SR), Damien Tornincasa (DT)


Image de vignette: image intérieure de «Tancho» (©Les éditions des éléphants)


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