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L'instant de la fracture

Sélection des rédacteurs
Roman
à partir de 13 ans
45 pages
: 9782362662485
7.00
euros

L'avis de Ricochet

Il est de ces livres qui marquent à jamais votre bibliothèque intérieure.

Il est de ces livres qui, l’air de rien, en quelques pages, vous coupent le souffle.

Noël : l’occasion rêvée de réunir la famille. Si cette fête se veut traditionnellement synonyme de joie et d’amour, le repas de famille auquel nous assistons dans ce roman est, lui, plutôt source d’angoisse et de haine. Le monologue intérieur d’un des membres de cette famille que ce dîner déclenche révélera au lecteur les origines et causes de cette haine viscérale…

Le lecteur reçoit  comme un coup de poignard le récit de ce personnage victime d’attouchements par son père dans sa petite enfance. Cette entrée dans l’intimité du narrateur est d’abord douloureusement vécue par le lecteur : par empathie, la colère gronde crescendo dans notre ventre. Si l’envie de refermer précipitamment le livre nous vient d’abord par gêne, par impuissance par rapport à l’acte décrit et dénoncé, par notre peur de rester là avec cette douleur, nous nous retrouvons soudain à table aux côtés du narrateur à souhaiter ardemment qu’il parle enfin, qu’éclate au grand jour la vérité, que cesse une bonne fois pour toutes cette comédie familiale.

Les chroniques littéraires supportent difficilement, il est vrai, le « je ». Toutefois dans ce cas précis, la première personne du singulier s’impose. En tant que lectrice, je n’avais pas ressenti cette impression, cette émotion depuis la découverte du roman de Cathy Ytak 50 minutes avec toi (publié chez Actes Sud junior). La construction narrative brève et implacable, le portrait de famille très contrasté, la fin ouverte du texte : tout comme Cathy Ytak l’avait fait alors, Antoine Dole joue de manière très sensible et complètement maîtrisée sur ces trois ressorts. Le portrait psychologique du personnage principal qui se construit pas à pas au fil de la lecture est tellement vraisemblable qu’il est de fait impossible de rester de marbre face à son récit, face à cette logorrhée verbale qui se clôt paradoxalement par un silence.

Ce monologue en vers libres qu’on imagine très bien mis en voix nous emporte dès lors comme malgré nous pendant les 45 pages que compte le livre, pour mieux nous abandonner, abasourdis, transis de colère et d’espoir également, à la dernière phrase. Car tout comme le narrateur, nous avons envie de croire qu’il pourra se reconstruire sur les débris de vie que son père lui a légués, que cette colère rongée depuis l’enfance, une fois qu’elle jaillira, lui permettra d’« emport[er] tout le mal qu[e son père lui a] fait ».

Antoine Dole a relevé le pari de dire, d’écrire l’indicible : ce texte poignant et douloureux sur l’inceste a trouvé sa place dans la collection « Ego » des éditions Talents hauts à côté d’autres textes très forts signés Jo Witek, Sandrine Beau ou encore Gilles Abier.

Présentation par l'éditeur

Il a presque vingt ans. Il vit loin. Loin de sa famille, loin de lui. Mais il revient parfois : les repas de famille, Noël, il ne peut pas y échapper... Alors, en silence, il assiste à son show : celui du père parfait, celui qui ne rentre pas dans la chambre de son petit garçon, la nuit, pour le forcer à faire ce qu’aucun enfant ne devrait être obligé de faire avec quiconque, encore moins avec son