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Date de publication
Age-cible

Sudie

Sélection des rédacteurs
Laurence Lenglet
Roman
à partir de 14 ans
422 pages
Réédition
: 9782924645772
22.00
euros

L'avis de Ricochet

Sudie est un gros, très gros roman, dont l’épaisseur, la densité, et la langue peuvent décourager un grand nombre des adolescent·e·s auquel il est destiné par les éditions D’eux. Pourtant, le message de l’autrice est d’une grande contemporanéité, et absolument universel : il suffit juste de modifier le nom des lieux, l’époque, et celui des boucs émissaires.

Cette histoire-là se passe en Géorgie, dans les années 40 et la crise des années 30 sans être vraiment citée est une toile de fond qui aide à comprendre la situation, pour peu qu’un médiateur le signale au lecteur. Des photos de cette époque permettront aux moins avertis de s’en faire une représentation exacte. Sudie, le prénom n’est pas un hasard, est une petite fille d’une dizaine d’années à l’image de ce Sud profond où les enfants poussent à la dure, qui s’évade dans la nature environnante dès qu’elle sort de l’école. Rien ne peut la retenir. Sûrement pas ses parents, particulièrement absents sauf pour distribuer de sacrées raclées au ceinturon, ni ses sœurs aînées dont on apprend pourtant qu’elle en a plusieurs, ni le petit frère dont elle devrait être responsable… Elle a une bonne copine, Marie-Agnès, dont le milieu familial est à peine plus agréable, mais qui contrairement à elle, cherche à se conformer au modèle imposé de l’enfant soumise et obéissante, respectueuse de Dieu et de ses parents, prête à devenir une épouse et une mère tout aussi conformes.

Marie-Agnès est la narratrice qui décrit avec effarement les écarts de conduite de cette Sudie qui la fascine autant qu’elle l’irrite. Sous la plume de Sara Flanigan, elle exprime sans détours toute la mesquinerie, l’étroitesse d’esprit de son milieu. Elle suit souvent Sudie, la retient dans de grandes discussions sur la nature, la vérité, la légitimité de cet univers à la fois sauvage et complètement étriqué, sans autre loi que la soumission à un Dieu terrifiant qui tonne par la voix d’un pasteur mégalomane. Mais Sudie, endurcie par ses cavalcades dans la forêt pieds nus sur les cailloux, s’affranchit par la fugue de la servitude liée à son statut de fille, et trouve du réconfort auprès d’animaux sauvages blessés qu’elle soigne avec tendresse.

Quand Sudie lui révèle s’être liée d’amitié avec un Noir, adulte de surcroît, Marie-Agnès est indignée, et catastrophée par les conséquences prévisibles de cette relation proscrite, impensable. À l’entrée du village dont ses propres aïeux sont les fondateurs, une pancarte le signale : « Nègre : sache que tu n’es pas le bienvenu sous le soleil de Linlow ». Alors que la misère frappe sans distinction toutes les nuances de peau, les « Petits Blancs » trouvent dans la persécution des Noirs un exutoire à leur propre malheur, et dans une religiosité aveugle, la justification de leur intolérance.

Lorsqu’elle découvre le secret de Simpson, l’esprit contestataire qui l’anime va permettre à Sudie de prendre le temps d’observer, d’analyser la réalité qui s’impose peu à peu ; celle-ci n’a rien à voir avec l’ahurissant tableau plein de haine de cette micro-société dans laquelle elle se sent si prisonnière. L’amitié, le respect, la tolérance, et puis l’affection et même la tendresse qu’oublient de lui dispenser ses proches, qu’elle trouve auprès de cet homme, et qu’elle lui prodigue en retour avec fougue, vont en quelques semaines transformer sa vie. Au grand dam d’une Marie-Agnès qui assiste avec terreur à l’émancipation de celle qu’avec la même force, elle adore et déteste tour à tour.

Toutes ces analogies d’enfance, d’amitié, de conflits internes entre obéissance et interrogation décrites avec tant de justesse par Sara Flanigan, résonneront pour les jeunes qui ne manqueront pas de s’y retrouver. Rien que pour cette raison, ce roman est une œuvre importante pour qui accepte de réfléchir à sa propre enfance, à sa propre condition d’enfant.

Les questions de société, qu’il s’agisse du racisme viscéral, de la persécution aveugle de victimes innocentes, de la misère qui s’ancre et renforce souvent l’ignorance, l’intolérance : ces problématiques sont connues de nombreux enfants aujourd’hui mieux encore qu’à cette époque, car on peut penser qu’une majorité possède les éléments d’analyse transmis en particulier au cours de leur scolarité.

Il n’en demeure pas moins qu’il leur faudra du courage pour affronter le pire pour des enfants : la pédophilie d’un professeur qui abuse les petites filles au vu et au su de parents aveuglés par leur propre dépendance à l’autorité supérieure représentée par les professeurs et autres pasteurs. Les bergers et les guides ne sont pas tous des loups déguisés, mais leurs troupeaux ne devraient pas être des moutons. C’est peut-être la leçon de ce très beau et très intense roman qui se lit en retenant sa respiration.

Présentation par l'éditeur

La meilleure amie de Sudie, Mary Agnes, onze ans, décrit comment, en Géorgie dans les années 1940, la jeune Sudie s’implique avec Simpson, un veuf noir aigri. Marie-Agnès aurait préféré ne jamais rien savoir. Ce n’est pas un secret qu’elle détient, c’est une bombe.

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