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Rue des amours

Album
à partir de 8 ans
: 9782930787237
17.00
euros

L'avis de Ricochet

Sur la couverture, une rue colorée et des pastilles lumineuses, un parcours entre les maisons et quelques flèches qui invitent sans doute à passer les portes, c’est la rue des Amours. Lorsqu’on ouvre le livre, la même ville est toute grise et on peine à la reconnaître. La narratrice souligne d’ailleurs cette divergence entre le nom de la ville et son aspect. Elle annonce son projet : « Chez les voisins, y en a-t-il, de l’amour, un peu, beaucoup, pas du tout ? Bientôt je le saurai. »

Comment le saura-t-elle ? En entrant subrepticement dans les maisons et appartements pointés sur la couverture. Une trentaine de portraits décrivent les occupants de l’immeuble Casanova, des petites maisons de la rue et des villas. Les talents conjugués de Carl Norac et Carole Chaix donnent vie à cette fiction qui ressemble à la vie de nombreux quartiers. On y trouve les amoureux du 4, Monsieur Yin et madame Yan qui se ressemblent après leur longue vie commune et le couple de la villa 51 enfermé dans son silence. Carl Norac nous offre aussi une galerie d’hommes bougons, déplaisants, « celui-qui-ne-me-cause-pas » (appartement 13), Monsieur Tantpis (numéro 6) ou le sale type du 13 bis, « toujours propre ». On sent le malaise de la fillette, à l’égard de ces voisins peu aimables. Elle semble avoir plus de tendresse pour quelques femmes modestes comme la vieille femme du 18 qui « disparaît derrière ses légumes », Odile, « mince comme un fil » ou la dame du 5 « encore une petite fille ».

Le jeu de l’écriture s’amuse à construire les portraits en écho, en compléments ou en rupture. On éprouve la sympathie de la narratrice pour la fille de l’Atlas, seule sur sa valise, son bébé dans le dos et son antipathie pour son voisin du 36 aux idées qui piquent au nez. Le parcours vagabond de la fillette écrit par Carl Norac a bien sûr quelque chose d’artificiel mais il dessine un précipité d’humanité ordinaire, proche de nous (on pourra rapprocher cela de son recueil Métropolitaines) : un peu mélancolique dans l’image des personnages du 30, 31, 32 où aucun n’aime celui qui l’aime « dans la vie ce n’est pas comme au cirque : les gens se trompent souvent de numéro. » Texte et images sont dans une grande complicité. Carole Chaix, associe crayon fin et couleurs, les portraits pleine page jouent des points de vue, gros plan, en pied, seuls ou au milieu d’autres, elle interprète le texte et le laisse ouvert. La narratrice va déménager, par-dessus son épaule, elle laisse derrière elle les portraits, elle a semé de la couleur… qui s’en saisira ?

Présentation par l'éditeur


Ma rue est toute grise. Mais moi, j'y vois des couleurs ! Pourquoi s'appelle-t-elle Rue des Amours ? ! Personne ne sait pourquoi. Il doit y avoir un secret. Je le trouverai. Dans ce carnet, j'écrirai tout ce que je trouverai.