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Date de publication
Age-cible

Pikinini

Christiane Garrigues
Album
à partir de 13 ans
: 9782492508035
16.00
euros

L'avis de Ricochet

À la fin du XIXe siècle, certains Français ont choisi l’exil contre le rêve d’un avenir plus riant. Ce livre est né de la découverte du journal de l’une de ces émigrées, Clémentine, partie avec sa mère et ses quatre sœurs, poussées par la pauvreté, pour le mythique continent américain.

Lasse, après quelque temps passé à Buenos Aires, la famille décide de s’éloigner encore et choisit Punta Arenas, en Terre de Feu, à l’extrême sud du Chili. Terre vierge et toute à prendre en apparence, mais terre désolée, aride, et froide en réalité, où ne survivent que des accapareurs sans scrupules. La mère relève le défi de s’implanter dans ce milieu d’hommes, dur et violent.

Le journal de Clémentine raconte peut-être la lutte de sa famille pour sa survie, comme c’est le cas de nombreux émigrants à travers l’Histoire jusqu’à nos jours. Mais José Miguel Varas et Raquel Echenique ont choisi de raconter un épisode particulier de son récit : le massacre des Selk’nam, ethnie autochtone, par les colons européens.

Leur regard dédoublé offre d’abord au lecteur un récit d’un réalisme très sobre, dépouillé de tout effet ; sobriété vite glaçante lorsque l’auteur aborde l’entreprise de destruction totale dont furent victimes les Selk’nam. Ce peuple semble-t-il pacifique, dès lors que sa principale source de nourriture, le gibier local, était pillée par les soudards à la solde de propriétaires qui installaient leur mainmise sur d’immenses territoires inexploités, se donna à son tour le droit de chasser parmi les troupeaux arrivés d’Europe. Le déchaînement de violence qui s’ensuivit fut à la mesure de l’arrogance des envahisseurs, et l’ethnie Selk’nam fut bientôt décimée.

L’illustration de Raquel Echenique est, par contraste, saisissante : organisée en vignettes inspirées par la bande dessinée, quasiment sans texte, elle interpelle sans cesse le lecteur avec des instants de vie où elle détaille l’expression des émotions sur les visages en gros plan, tout en utilisant ce découpage pour restituer la rapidité de l’enchaînement des évènements. Alternant les cadrages sur un mode cinématographique pour restituer l’intensité du drame, elle utilise aussi des illustrations pleine page, panoramiques, sidérantes de brutalité. Sa palette froide, où un camaïeu de bleus s’harmonise avec des ocres, des gris, est un éclairage historique, une vision du passé. Le noir domine dans les paysages désolés, du cimetière endeuillé aux landes sauvages et venteuses jusque dans les costumes des massacreurs, soulignant ainsi leur sinistre rôle, par opposition aux corps nus des Selk’nam, bientôt ensanglantés et gisants, le rouge envahissant dès lors le sol, la page, revêtant la région d’un linceul écarlate et sordide.

Une entreprise louable de remémoration d’un génocide, à laquelle ce remarquable duo d’auteurs donne l’intensité et la gravité d’un hommage au peuple Selk’nam.

Présentation par l'éditeur

Je m’appelle Clémentine Fridet. Je suis née à Dijon et je n’avais pas imaginé un seul instant que j’allais rester pour toujours à Punta Arenas au Chili, où probablement je serai morte et enterrée dans « le cimetière le plus beau du monde » quand quelqu’un lira ces notes.


Une jeune française s’expatrie avec sa mère et ses quatre soeurs en Patagonie à la fin du xixe siècle. Fuyant la pauvreté