Ni prince ni charmant
L'avis de Ricochet
Par un subtil jeu d’équilibre entre les personnages, Florence Medina trace le portrait croisé de deux adolescents d’aujourd’hui. Zoé et Tristan partagent leur quotidien depuis dix ans (dont sept ans de détestation), en raison de la vie commune de David, père de Zoé, et de Maman, mère de Tristan. Il sont nés à neuf jours d’écart et, comme le dit Tristan, Zoé est sa « pseudo-demie » sœur.
Un matin, un message alerte Zoé : « Louis a violé une fille ». Louis, le grand copain de Tristan ? Ce dernier peut-il croire une chose pareille ?
Tristan, bon élève, bon fils, amoureux des maths (il est fasciné par le nombre d’or) et de la photo, a tout d’un garçon parfait. Le récit développe la longue et lente prise de conscience de Tristan à l’égard de Louis et de sa relation dominatrice avec les filles. Elle l’amène à reconsidérer la fin de sa relation avec Amina, sur laquelle il s’interroge.
Ce cheminement se fait dans la souffrance pour Tristan. De nombreuses questions lui sautent au visage et lézardent complètement sa représentation du monde :
« Je comprends plus rien, je vais jamais m’en sortir.
Il faut que je voie Zoé et que je lui parle.
Il faut que je voie Louis et que je lui parle.
Il faut que je voie Amina et que je lui parle. » (p.30)
L’autrice a le sens de la formule, son écriture fait la part belle à un langage direct, parfois cru. Centré sur la masculinité et le consentement, le roman fait vibrer des personnages complexes, sympathiques, où chacun vit son rôle d’accompagnement. Diego, peintre du rez-de-chaussée, exilé d’un Chili autoritaire, ami de tous, sert de confident et fait avancer le récit : « C’est très grave, Tristan. Si ces jeunes filles disent la vérité, c’est affreux. Si elles mentent, c’est affreux » (p.26).
Le roman met en scène ce que l’on dit, ou ce que l'on tait. L’autrice déroule avec une grande finesse la difficulté de nommer ce qu'est concrètement un viol : « Soudain, tous les mots semblent orduriers. Mais le problème, c’est pas les mots, c’est la contrainte. C’est elle qui salit tout » (p.51).
De l’éveil à l’amour et à la sexualité, ce texte fort parcourt la totalité des rapports entre hommes et femmes. Du marivaudage jusqu’au féminicide, Tristan et les lecteurs vivront des dilemmes existentiels : lâcher un ami, condamner un copain sans procès, trouver des excuses, accepter un refus ou admettre un refus. L'autrice pose subtilement la question de la limite.
Grâce à cette écriture, directe et souple, le lecteur suit Tristan, pas à pas, sans leçon de morale. Un roman salutaire.
Présentation par l'éditeur
Tristan n’arrive pas à y croire. Louis, son meilleur ami depuis l’enfance, est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur les réseaux sociaux. Elles sont six à avoir parlé. Vengeance ? Diffamation ? Et si elles disaient la vérité ? Zoé, sa demi-sœur, lui ouvre les yeux : il doit couper les ponts avec Louis. Et s’interroger sur lui-même. Il repense à Amina. A-t-il toujours respecté son consentement ?