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Ma grand-mère ou L'enfance dans un corps sage

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 4 ans
Réédition
: 9782916468976
12.90
euros

L'avis de Ricochet

« Soliquiétude »… est-ce le mot-valise de « solide - quiétude » ou de « solitaire – inquiétude » ou… ? Toujours est-il que c’est le mot inventé par la narratrice à propos de sa grand-mère. Les deux sens pourraient convenir. La quiétude c’est le résultat de la complicité qui lie la petite-fille et la grand-mère. L’inquiétude c’est ce que ressent l’enfant à l’égard de la disparition certaine, naturelle, de son aïeule. Tout commence par une description « ma grand-mère n’est pas grande du tout, elle est toute petite ! » Pour preuve, on voit à peine sa tête dépasser du champ de tournesols. Entre la petite Mamie Violette et la fillette s’établit un dialogue essentiel, fondamental : la grand-mère annonce sa fin prochaine, certaine, naturelle ; la fillette joue avec du sable, des cailloux pour la lester, retarder l’issue fatale. Tous les thèmes du vieillissement s’invitent dans ce dialogue. Sous la forme du paradoxe, l’enfant évoque la fragile solidité des gens âgés, la mémoire absente et présente, la relation entre passé et présent, les jeux de mots et de silence. Ces thèmes graves sont transmis dans un langage simple, oral « pour pas qu’elle s’envole », « ma grand-mère, des fois, elle a des trous de mémoire », avec une vivacité du tac au tac « ne m’oublie pas ! dit l’enfant « je n’oublie jamais les belles choses », réplique la grand-mère avec humour et élégance !

Ce fil tendu par le langage entre les deux personnages impressionne d’autant plus qu’il est conforté par la mise en scène de l’histoire. En effet, Séverine Thévenet recourt à la photographie et à la marionnette pour faire vivre le récit. Le personnage de Violette, conçu pour un spectacle de rue où la narratrice porte la marionnette de sa grand-mère, installe entre la fillette, une jeune femme en fait, un jeu de double. L’une porte l’autre et lorsque la grand-mère disparaît, la petite fille ou sa fille, suit sa trajectoire. Le travail de photo pensé pour le livre est remarquablement adapté. Les couleurs, gris, beige, vert, les décors de forêt, les accessoires : le cabas, le miroir, tout est symbolique, signifiant. Les prises de vue, tantôt en gros plan sur le visage de la grand-mère marionnette, tantôt sur un détail, une rue, un bijou, un objet, tout crée une atmosphère raffinée, recueillie.

On a rarement évoqué ces thèmes douloureux difficiles avec autant de tact et de profondeur, une réédition très nécessaire et un album précieux.

Présentation par l'éditeur


Si ma grand-mère était un objet, ce serait une roche, dure, solide... et fragile à la fois.