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Les aventures de Gentleman Jim

Sélection des rédacteurs
Bande dessinée
à partir de 8 ans
: 9782246756514
12.50
euros

L'avis de Ricochet

Jim Bloggs est un homme médiocre. Employé au nettoyage des WC municipaux, Jim rêve d’une vie plus exaltante devant les petites annonces du journal, mais il lui manque ces fameux « diplômes », un mot qu’il utilise sans le comprendre… A mi-chemin entre Peter Pan et Mr Bean, cet homme a les rêves et les conceptions d’un enfant. Il se voit militaire, aviateur, puis cow-boy, et enfin décide de devenir Gentleman Jim, un bandit de grand chemin, sorte de Robin des Bois mâtiné de Turpin.
Pourtant Jim n’est pas un ennemi de la société, il est un loyal sujet de Sa Majesté dont il a accroché sans malice le portrait dans les WC où il travaille. Non, Jim n’a rien contre la société, c’est la société qui lui en veut ; la société n’a pas de place pour les rêves d’un homme comme lui. Les commerçants le regardent de haut quand il s’étonne qu’un cheval vaille plus de 15£, ou qu’il faille un permis pour transporter un revolver. En abritant un âne chez lui, il s’attire les foudres de fonctionnaires en uniforme, inhumains jusque dans leur graphisme géométrique et inexpressif, qui appliquent des lois qu’il ne comprend pas – sans doute, pense-t-il, cela serait-il différend s’il avait des diplômes… Inévitablement, quand il va sur l’autoroute, avec son âne comme destrier et sa panoplie de bandit bricolée, pour tenter de détrousser poliment les automobilistes de quelques pence, Jim finit au tribunal.
Mais ce n’est pas un bandit, ni même un homme en infraction que l’on juge ici : c’est un symbole innocent qui a le tort de démontrer l’aspect déshumanisé de ces lois qui broient les rêves. Jim veut vivre la vie d’aventure qu’il s’est fabriquée de toutes pièces à partir de clichés de romans, et finit condamné par un juge aussi fou et déconnecté que lui, mais muni de diplômes.
Cette BD, entre Don Quichotte et Brazil, est à mettre entre toutes les mains, jeunes ou moins jeunes.L’acidité de la satire sociale et l’aspect désespérant de la vie et des aspirations de Jim – jusqu’à la conclusion – sont tempérés par le personnage, par ses traits lunaires d’enfant qui a vieilli, qui s’opposent totalement à l’allure glacée et iconique des soldats de la société et de la réalité. Une tendresse que l’on retrouve dans la relation de Jim avec sa femme, son homologue parfait, aussi naïve et rêveuse que lui et prête à le suivre sans sourciller dans tous ses délires. La seule personne normale à le comprendre, finalement, est Mademoiselle Camilla, la bibliothécaire qui lui met de côté des romans d’aventure en considérant avec sympathie les élucubrations de cet enfant tombé de la Lune.