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La maraude

Sélection des rédacteurs
Roman
à partir de 14 ans
: 9782812611322
9.70
euros

L'avis de Ricochet

Le père de Théo, menuisier ébéniste, supporte très mal son licenciement. Il tourne en rond la journée et finit par boire le soir, anéanti par les reproches de sa femme. Théo souffre de voir cet homme doux perdre sa dignité et devenir violent. Et puis le père disparaît subitement. Un ami de la famille pense l'avoir vu autour de la gare de Grenoble. Après quelques hésitations, Théo décide de partir à sa recherche pendant trois jours. Il va partager la vie des « indigents » de Grenoble, et de la maraude qui leur vient en aide.

Court, le roman fonctionne par chapitres rigoureusement alternés. Soit Théo raconte sa recherche, ses atermoiements, ses difficultés : veut-il vraiment retrouver son père dans un état qu'il ne soupçonne pas ? Son amour est-il plus fort que sa gêne ? Soit un des sans domicile fixe rencontrés parle à un bénévole de la maraude et ce faisant nous donne à lire un bout de sa vie : plus ou moins la même histoire, toujours la même douleur.

Evidemment, le sujet est âpre, dur, d'autant qu’Ahmed Kalouaz a voulu coller aux réalités psychologiques mais aussi physiques de la vie dans la rue. Les émotions fusent dans tous les sens, et la quête désespérée de Théo renvoie à la résignation amère de ceux que le jeune homme a décidé assez pudiquement d'appeler « les indigents ». L'idée d'un ici et maintenant est parfaitement rendue ; si tous les malheureux reviennent à un moment ou à un autre sur leur passé (le « pourquoi »), aucun ne pense à son avenir – à l'exception d'une femme encore jeune vers la fin du roman, juste avant que Théo ne parvienne lui aussi au bout de son chemin.

L'écriture rassemblée, l'absence de paragraphes traduisent les mouvements plus ou moins logiques de la pensée, qu'ils soient altérés par la fatigue ou l'alcool. On se raccroche à des éléments factuels lorsqu'on vit dehors : manger suffisamment, le temps qu'il fait, cacher ses cartons pour dormir, etc. La plupart des personnes qui racontent parlent à juste titre d'un enfer, mais pratiquent parallèlement une solidarité de la survie.

Théo, tout nouveau sur les trottoirs, bénéficie d'une attention par certains (jeunes ou vieux d'ailleurs). On veut lui éviter de rester trop longtemps, car la « descente » est rapide : cette idée de tomber revient souvent. Au fil des pages, la quête du père devient aussi la quête de soi, l'affirmation d'une façon d'être au monde. Le retour à la maison est très brièvement évoqué, et le lecteur se doute que la reconstruction du lien père/fils ou même entre les parents sera longue. Mais encore possible. Un roman du vécu simple et fort, et une écriture, un ressenti très reconnaissables chez l'auteur.

Présentation par l'éditeur


Le père de Théo a disparu depuis deux semaines. Un voisin dit l'avoir aperçu dans une rue de Grenoble, à la dérive. Parti à sa recherche, l'adolescent va découvrir durant trois jours le monde des sans-domicile-fixe, leurs terribles conditions de vie, leur histoire personnelle, ainsi que l'aide que leur apportent les équipes de maraude. Dans une belle langue, un roman émouvant sur le peuple souterrain des grandes villes.

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