«Noirceur sur lumière»: des livres jeunesse au cœur de la nuit
Quelle soit pleine de promesses et de joyeux mystères ou habitée par les cauchemars et les redoutables «monstres sous le lit», la nuit ne laisse aucun enfant indifférent! Cette bibliographie commentée rassemble 19 ouvrages plébiscités par nos rédacteur·rice·s qui explorent les différentes facettes de la nuit, ainsi que les thématiques du coucher, du sommeil, des rêves et de la peur du noir.
Quelle soit pleine de promesses et de joyeux mystères ou habitée par les cauchemars et les redoutables «monstres sous le lit», la nuit ne laisse aucun enfant indifférent! Cette bibliographie commentée rassemble 19 ouvrages plébiscités par nos rédacteur·rice·s qui explorent les différentes facettes de la nuit, ainsi que les thématiques du coucher, du sommeil, des rêves et de la peur du noir.
La nuit, ses beautés et ses secrets
- Loupiotes, Marine Rivoal, Les Grandes Personnes, 2026
Imagier, dès 1 an
Cet imagier pour tout-petits, à l’élégance folle, nous emmène dans une balade onirique qui débute au coucher du soleil et se termine à l’aube. Les doubles-pages font des allers-retours entre la chambre de bébé, où se trouvent des objets familiers (tétine, biberon, veilleuse ou chaise à bascule), et le monde extérieur qui, même en pleine nuit, ne dort jamais tout à fait… L’autrice-illustratrice représente tantôt des paysages (par exemple, une colline au bord de mer piquée d’éoliennes), tantôt des animaux (le chat chassant la souris ou l’oiseau qui annonce le lever du jour). Elle met aussi en avant des métiers nocturnes essentiels, quoique trop souvent mésestimés (pêcheur·euse, éboueur·euse...).
Le livre fait le pari réussi du noir et blanc, avec quelques touches de couleur qui symbolisent la lumière. Les silhouette sombres, auréolées de blanc, se détachent très franchement sur la page tandis que le noir des décors est moucheté, comme s’il avait été obtenu avec un spray de peinture.
Magnifique, tout simplement. (DT)
- Chats perchés, Antoine Guilloppé, Nathan, 2024
Album, dès 4 ans
La nuit, tous les chats sont peut-être gris, mais les silhouettes sombres des deux minous de Chats perchés se détachent bien nettement de la lumineuse pleine lune! Tout de noir et de blanc, ce petit album feulant et ronronnant suit les aventures de deux chats dans la nuit parisienne.
Tout commence sur les toits, lorsque l’astre, somptueux et irradiant ses mystères, se lève pour baigner la ville de sa vive et énigmatique lumière… Sont-ils amis ou pas vraiment, nos deux petits félins? Aux lectrices et lecteurs de le déterminer, puisque cette petite bande dessinée de la collection Mini Bulles ne contient pas de texte. Mais nul besoin de l’alphabet pour s’attendrir ou frissonner.
À peine ont-ils le temps de faire connaissance, que les deux boules de poils se lancent à la poursuite complice d’une petite chauve-souris. Escaladant toits et branchages, roulant-boulant, ils échappent de justesse à l’attaque de l’imposant hibou, dont on ne peut qu’imaginer les hululements menaçants.
Quand le ciel se rebelle, mieux vaut être agile… Comme la chauve-souris a échappé à leurs griffes, ils se dérobent des serres du hibou: plus de peur que de mal. Vous retombez sur vos pattes, malicieux acrobates, mais attention tout de même aux retours de manivelle!
Au bout de leur séance de parkour, soudés par leurs aventures, nos deux minous deviennent, par la force un peu magique de cette nuit de béguin, les parents de quatre petits chatons. Ils sont aussi mignons que leurs yeux qui scintillent d’espièglerie, dans la nuit étoilée… mais ce n’est pas ce que vous croyez!
Cet ouvrage, petit format plein de grâce, offre de doux frissons; ceux de l’aventure de l’amour et ceux de l’amour de l’aventure. Antoine Guilloppé mélange savamment des ingrédients simples et pourtant essentiels, dans une histoire tendre et pleine de fraîcheur, qui exhorte à rire, aimer et oser. Les regards envoûtants des chats dans le noir de Paris balisent le chemin vers des épopées douces et audacieuses. (EH)
- Festin de nuit, Eric Fan et Dena Seiferling, Little Urban, 2024
Album, dès 4 ans
Festin de nuit, c’est un livre d’atmosphère. Le texte minimaliste se déroule une phrase par page comme un poème en vers libres. L’image qui se déploie est un vrai festival d’émotions grâce à un dessin scintillant, dans des tons chocolat, du sépia crépusculaire au violine du point du jour, composé de minuscules traits de plume ou de crayon juxtaposés, une technique qui lui confère volume et brillance.
Dans la ville endormie, une roulotte s’avance à la lueur vacillante des quinquets publics. La petite souris qui termine son service la regarde s’installer. Une splendide chouette effraie s’affaire aux fourneaux et accueille rapidement la foule qui se presse, le renard, le blaireau, les papillons de nuit et les chauve-souris, les opossums, tout un bestiaire nocturne paré par Dena Seiferling de fourrures soyeuses, déclinées sous le regard admiratif d’un lecteur captivé. Tous sont comblés par l’art déployé par l’hôtesse de ce banquet éphémère.
L’histoire se poursuit jusqu’au bout de la nuit, quand enfin la souris est invitée au comptoir. Va-t-elle servir de souper à la chouette-cuisinière à l’œil affûté?
Un très joli moment de lecture. (VC)
- La nuit de la fête foraine, Gideon Sterer et Mariachiara Di Giorgio, Les fourmis rouges, 2020
Album, dès 4 ans
Dans une clairière, une fête foraine s’installe sous l’observation discrète des animaux de la forêt. À la nuit tombée, une fois les lumières des manèges éteintes, un groupe hétéroclite émerge des bois: cerfs, ours, renards, lapins et loups s’approchent, les yeux étincelants dans l’obscurité. Deux ratons-laveurs découpent une ouverture dans le grillage puis allument l’électricité; la fête foraine se réveille! Les doigts collants de barbe à papa, les visiteurs clandestins découvriront les frissons des carrousels le temps d’une nuit magique.
Enfant, l’auteur s’était soucié de l’apparition annuelle des manèges dans un champ de sa ville natale ainsi que des perturbations que la fête pouvait occasionner pour le monde animal environnant. Est-ce que le bruit et les lumières dérangeaient les animaux? Avaient-ils envie d’essayer les étranges machines? Cette curiosité enfantine s’avérera l’heureuse étincelle inspiratrice de cette sublime histoire, dans laquelle la frontière entre l’humain et l’animal se brouille. Se reposant entièrement sur l’image, le rythme de la narration prend des allures de cinéma: plan après plan, Gideon Sterer s’octroie le temps d’installer l’intrigue. Chaque page se révèle un petit chef d’œuvre, réunissant autant l’humour que l’émotion. Cette nuit-là, les habitants de la forêt se plongeront pleinement dans les joies de la fête foraine; les glaces se paieront en glands et en feuilles de chêne.
Le lecteur retrouvera ce même souci du détail dans les aquarelles de Mariachiara Di Giorgio, qui sublime la magie de l’histoire grâce à son savoir-faire artistique éblouissant. L’utilisation parfaitement maîtrisée du clair-obscur, la palette de couleurs chaudes, le rendu de la vitesse des manèges jusqu’aux expressions des animaux: l’illustratrice insuffle une luminosité vibrante de vie à chaque scène. Émerveillement et tendresse sont au rendez-vous pour ce magnifique petit album au très grand talent: un coup de cœur! (NT)
- La nuit, Lucie Brumellière, L’agrume, 2026
Album, dès 4 ans
«Que se passe-t-il dans le monde pendant que l’enfant dort?». La question, posée en quatrième de couverture, est le fil conducteur de ce sublime album à l’italienne. Si chaque double-page apporte une réponse différente, la structure est toujours la même: à gauche, un bref texte (une à deux phrases seulement) est déposé sur un fond de couleur qui varie du lilas au violet aubergine en fonction du temps qui passe; à droite, une belle illustration – que dis-je, un tableau! – transporte les jeunes lecteurs et lectrices au cœur du monde magique de la nuit. Concert grésillant de grillons et hululements de chouettes, camping sous les étoiles, fabuleuse fête foraine ou ville insomniaque: voici quelques-unes des nombreuses facettes de la nuit que l’autrice-illustratrice Lucie Brumellière nous fait découvrir. Hypnotisant! (DT)
- Une nuit au jardin, Anne Crausaz, MeMo, 2021
Album, dès 4 ans
Anne Crausaz décrit une folle nuit d’été au jardin, à travers un «nous» inclusif qui siéra aux petits comme aux grands. Attention c’est parti, l’aventure commence quand nous nous approchons d’une luciole... Nous allons assister à des rencontres, des activités parfois cocasses (la lucane soufflant le pollen), sautiller d’un insecte à l’autre avec notre lampe d’explorateur parfois allumée. La dessinatrice exprime des bribes d’informations sur la faune et la flore, mais nous laisse aussi simplement profiter de l’instant présent et des beautés de la nature. Puis le jour se lève dans la brume, le hérisson passe et nous nous sentons fatigués. Jusqu’à la prochaine nuit...
Avec ses pages intégralement noires et ses effets de gris, l’album développe une vision entièrement nouvelle du jardin des vacances. Rythme des activités, formes nocturnes des brindilles et des fraises, règne sans partage de petits êtres qu’on ne voit pas autrement: tout est insolite à l’œil de l’humain diurne. Et parce qu’elle maîtrise à la perfection la palette graphique tendance naturaliste, Anne Crausaz n’a besoin d’aucun artifice documentaire (petite loupe pour voir en-dessous, encarts explicatifs…). Talentueuse et expérimentée, elle invite, suggère, promène le touriste-lecteur dès 4-5 ans, et nous la suivons béatement. (SP)
- Nous avons rendez-vous, Marie Dorléans, Seuil Jeunesse, 2018
Album, dès 4 ans
Où donc a rendez-vous cette charmante famille? Et avec qui? Sur la couverture, une jeune fille avec deux nattes tient fermement son sac à dos et gravit la montagne avec détermination. Sa mère la suit avec une lampe de poche dont la lumière fend la nuit. Derrière la maman, arrive le papa portant sur ses épaules un petit garçon qui semble assoupi. Nous avons rendez-vous, de Marie Dorléans, débute avec cette première image nous présentant ce décor de nuit avec un ciel percé d’étoiles. Les personnages traversent le camaïeu de bleu nocturne pour se rendre à un rendez-vous. Durant leur trajet, les membres de cette famille, dont les yeux s’habituent petit à petit à l’obscurité, aperçoivent tour à tour des animaux de la ville, de la campagne, de la forêt et de la montagne. Ils traversent de multiples paysages nocturnes et passent même devant un hôtel dont les fenêtres illuminées rappelleront à certains les cinémas photographiés d’Hiroshi Sugimoto. Comme les écrans lumineux de l’artiste japonais, les fenêtres de cet album nous laissent imaginer les nombreuses scènes qui se jouent à l’intérieur sans que nous puissions les distinguer.
Marie Dorléans dessine ici avec son crayon et ses encres une nuit onirique qui sent bon «l’iris et le chèvrefeuille» et qui emporte une famille pour une éblouissante découverte. La douceur de la nuit enveloppe également le lecteur qui, comme les enfants, est ébloui par le reflet de la lune dans un lac. Les yeux s’habituent progressivement à l’obscurité et une deuxième lecture nous fera découvrir nombre de détails passés inaperçus lors de la lecture précédente. Je ne dévoilerai ici ni la nature, ni le lieu du rendez-vous vers lequel se dirige cette famille qui ne craint pas d’affronter la nuit d’été. Cette promenade initiatique et méditative trouve donc son accomplissement à la toute fin de l’ouvrage où éclate la splendeur du rendez-vous. (SF)
- Sombre est la nuit, Dianne White et Felicita Sala, La Pastèque, 2024
Album, dès 6 ans
Lorsque trois enfants quittent leur maison à la recherche de leur chien vagabond, ils observent la forêt et les champs de fleurs environnants sous une autre lumière: celle du crépuscule, auréolée d’une beauté un brin mystérieuse. Armée d’une lampe de poche et de leur curiosité, la fratrie profite pleinement de cette excursion imprévue. «Doux est le soir. Vaste est le ciel. Sombres sont les ombres quand se couche le soleil.»
Quelle pépite que cet album délicat! Tout d’abord, on relève la poésie du texte aux rimes et sonorités entêtantes dont on se délecte sans retenue. L’autrice Dianne White construit l’écrit autour de la répétition de «noirceur sur lumière» et d’un renversement sujet-verbe tout à fait à propos, faisant découvrir au passage des mots délicieux tels que «brunante» ou encore «firmament». Puis viennent les éclatantes illustrations: dans les mains inspirées de Felicita Sala, les pinceaux et les crayons de couleur dépeignent à merveille le changement de luminosité éclairant le paysage de teintes roses puis bleutées. C’est tout un monde de tendresse, de beauté et de surprise que le duo fait naître sur de sublimes doubles-pages auxquelles on revient encore et encore. Une fois n’est pas coutume, on relève encore le travail de traduction nuancé de Luba Markovskaia.
Avec son message d’émerveillement rassurant, Sombre est la nuit a tout pour devenir un classique du coucher. Bravo! (NT)
- Train de nuit, Karine Guiton et Clémence Monnet, L’Étagère du bas, 2024
Album, dès 6 ans
Dans le train de nuit, tout le monde ou presque est endormi. La petite Zélie, elle, a les yeux grands ouverts. Parfaitement éveillée, la fillette ose enjamber sa mère endormie, part explorer les wagons et se retrouve dans l'incroyable voiture-bar où, soudainement, un nouveau monde apparait: les animaux swinguent, les cœurs dansent et la féerie permet que tout devienne possible!
Dans ce voyage d'une nuit, le lecteur est convié à une aventure hors du commun: il va accompagner cette petite héroïne dans son périple à travers les wagons et traverser ainsi la magie de l'imaginaire. La douceur des couleurs des illustrations offre un climat chaleureux aux environnements nocturnes et les doubles pages plus riches en lumière mettent à l'honneur la fête et le rêve. Au dénouement, le petit jour vient illuminer les pages d'une belle aube et Zélie est ravie de terminer ce voyage onirique. Une jolie histoire qui rassurera sans doute les jeunes lecteurs des inquiétudes nocturnes tout en leur donnant peut-être envie de voyager en train de nuit. (DM)
- La nuit en poésie, Sylvie Germain et Mathilde Aubier, Gallimard Jeunesse, 2024
Poésie, dès 13 ans
La nuit abrite les amoureux et ouvre un espace de liberté et de rêve. C’est aussi un moment propice à la solitude, pour regarder la lune et ne pas dormir. C’est aussi parfois la nuit ténébreuse qui cache. En six parties, Sylvie Germain a rassemblé les poèmes nocturnes d’une soixantaine de poètes de langues diverses: danoise, américaine, tchèque, polonaise, japonaise, chinoise, portugaise, gabonaise, angolaise et, bien sûr, française. La variété du corpus est impressionnante: les poètes sont plus ou moins connus et les femmes sont présentes.
Ce petit livre de poche est parsemé d’illustrations en noir et blanc, un peu comme des collages. Il se feuillette, se prend, se repose, au gré des envies. Et si on souhaite en savoir plus, un court texte de présentation accompagne chaque poésie et présente les auteur·rice·s.
Un bon ouvrage à lire le soir avant de s’endormir, pour mieux savourer la nuit… (VL)
Ian de Haes, dompteur d’ombres et de lumières
L’auteur et illustrateur belge Ian de Haes, publié principalement aux éditions Alice Jeunesse, est un véritable maître des jeux d’ombres et de lumières. Dans chacun de ses albums, on s’émerveille des contrastes obtenus grâce à différentes techniques, dont l’aquarelle, et à des choix de fabrication et d’impression judicieux qui permettent à l’obscurité et la clarté de coexister sur les pages. Dès lors, on ne sera pas étonné que la thématique de la nuit soit souvent abordée dans ses livres. Deux albums, parus en 2020 et possédant un même format à l’italienne, font même de la nuit un personnage à part entière de l’histoire!
Cette nuit on part en vacances (texte de Charlotte Bellière), raconte le trajet en voiture, et de nuit, d’une famille pour se rendre sur son lieu de vacances. Dans ce récit, la nuit se pare d’autant de promesses que d’étoiles dans le ciel. Même si la famille engloutit les kilomètres, nulle monotonie au fil des pages: Ian de Has parvient à transformer chaque petit événement (la pause pipi dans la station service, la dispute des parents au sujet de l’itinéraire) en grande aventure. Le reste du temps est dédié à une forme de contemplation méditative qui fait beaucoup de bien. Un album drôle et poétique, qui célèbre les petits bonheurs et les petits tracas de chaque voyage…
Dans Fanny et la nuit (textes de Maylis Daufresne), il est question de peur du noir. Alors que Fanny avoue à sa maman sa terrible angoisse, cette dernière lui conseille de dialoguer avec la Nuit afin de mieux apprendre à la connaître et d’écouter ce qu’elle a à lui dire. Ce sera le point de départ d’une belle amitié. Un album bienveillant et positif pour aider les plus jeunes à prendre confiance en eux et à croire leur capacité à affronter leurs peurs. (DT)
La grande peur dans la nuit
- C'était quoi, ce craquement?, Davide Cali et Laura Fabretti, Sarbacane, 2026
Album, dès 4 ans
Dès la première de couverture, le suspense est là, palpable: les yeux s’agrandissent, les oreilles s’étirent et la concentration est focalisée sur le noir enveloppant. D’où provient donc ce maudit craquement qui fait frémir notre protagoniste? Le parquet? Impossible, surtout si l’on a du carrelage. Le chien? Un chien ne craque pas… Le Père Noël? Un voleur? Un extraterrestre? Les hypothèses s’enchainent et, pour être certain de bien les exclure, il faut les envisager dans les moindres détails.
Sur chaque page, le débat entre les deux frères de cette histoire est riche en rebondissements: doivent-ils allumer la lumière? Tenter d’analyser davantage la provenance du bruit? Essayer de s’endormir coûte que coûte, au péril de leurs vies? Le lecteur, qui a nécessairement déjà participé à ces dilemmes nocturnes riches en interminables réflexions, ne pourra que s’attendrir et dédramatiser la situation. Pris par le suspense, il sera alors happé jusqu’au dénouement qui, coup de théâtre, répond enfin aux nombreuses interrogations. Davide Cali et Laura Fabretti offrent ainsi aux jeunes lecteurs et lectrices l’histoire idéale pour désamorcer les angoisses infondées de l’obscurité et trouver, enfin, le sommeil tant convoité. (DM)
- J’ai peur, Olivier Dutto et Thomas Baas, Didier Jeunesse, 2025
Album, dès 4 ans
L'album navigue sur un poncif détourné: la peur du noir au moment de dormir. Emmie en est une jeune victime et elle voit débarquer dans sa chambre des créatures angoissantes de plus en plus grosses: l'araignée, le cambrioleur, etc. Mais ce n'est pas ce qui «chairdepoulifie» la petite fille. Les monstres, apeurés de ce dont Emmie a peur et qu'ils ne connaissent pas, s'entassent les uns après les autres dans le lit. Tout est très simple et très malin: une image à droite avec des personnages aux yeux expressifs dans l'ombre de la chambre, un texte répétitif accompagné d'onomatopées à gauche. Je vous tairai la fin drôlissime et inattendue! (SP)
- Gaspard dans la nuit, Seng Soun Ratanavanh, La Martinière Jeunesse, 2020
Album, dès 5 ans
Ses yeux bruns grand ouverts, Gaspard se tient dans son lit douillet, cherchant un sommeil qui peine à le rejoindre. Peut-être que la présence d’un ami l’aiderait à dompter sa peur de la nuit? Alors qu’il prononce ce vœu, une petite souris sort de la table de chevet pour se présenter au petit garçon. Perchée sur l’épaule de Gaspard, la mignonne Aglaé lui fera découvrir d’autres animaux cachés dans la maison: une taupe bibliothécaire, un lapin pianiste, un bébé manchot aquaphobe, un panda champion du monde et un cochon mycologue. La sympathie de cette joyeuse troupe bigarrée et leur amusement partagé amèneront Gaspard à considérer la nuit d’un œil plus serein.
Quel pouvoir que l’imaginaire! L’aventure de Gaspard montre que l’imagination galopante peut être autant la source des peurs enfantines que la réponse à ces angoisses. En effet, grâce aux détails parsemés dans la chambre du garçon (une peluche souris, une tirelire en forme de cochon...), le lecteur comprend que les animaux sont nés dans la tête du petit héros. Fictifs ou non, peu importe, car leur aide a bel et bien été réelle: une vision intéressante qui laisse à l’enfant la possibilité d’agir sur sa difficulté d’endormissement grâce à la force de ses pensées.
Éclatant et délicatement onirique, le travail illustratif de l’auteure-illustratrice derrière l’esthétisme sublime de la série Miyuki illumine Gaspard dans la nuit de toute la force de son univers. Page après page, on découvre de nouvelles scènes d’une beauté saisissante, où l’on rencontre des personnages aux traits gracieux dans un intérieur à la décoration généreuse et finement détaillée. Des jeux d’ombre et de lumière aux papiers peints tour à tour inquiétants ou apaisés jusqu’au carrelage animé, Seng Soun Ratanavanh crée un monde merveilleux du bout de son crayon. Gageons qu’elle n’a pas fini de nous éblouir. (NT)
- Croc’moustique, Dominique de Rivaz, Lucie Fiore, Bois Carré, 2025
Album, dès 7 ans
Qu'y a-t-il de plus agaçant qu’être soudainement tiré du sommeil par le bourdonnement aigu d’un moustique au creux de l’oreille?
C’est la pénible expérience que fait la jeune héroïne de l’album Croc’moustique. Sous l’effet de la nuit et de la solitude (les parents sont absents), la peur monte peu à peu dans l’esprit de la petite fille et l’invité indésirable se transforme en terrible menace: «Une ombre / Immense / Au plafond / Une ombre qui se frotte les pattes / Qui aiguise sa trompe / Piqueuse-suceuse». Fuir est la seule solution! Accompagnée de son édredon, l’enfant quitte la maison à toute vitesse et s’enfonce dans le jardin. Sur son chemin, elle rencontrera des plantes et des animaux (araignée, chauve-souris, crapaud…) qui, eux, raffolent des moustiques: ils en font leur repas.
Couverture avec gaufrage en creux, pages de garde magnifiquement illustrées, papier épais de qualité et composition graphique soignée: les éditions du Bois Carré, spécialisées dans les livres sur la nature, nous offrent un album de belle facture.
L’histoire, imaginée par Dominique de Rivaz (qui opère ici sa première incursion dans l’univers de la littérature jeunesse) est très poétique. Le texte, rédigé en vers libres, avec une ponctuation presque absente, joue avec les effets de répétition et les onomatopées et se prête bien à une lecture à voix haute. Mais l’ouvrage possède aussi une dimension documentaire. En effet, l’autrice présente les principaux prédateurs du moustique. Pour ce faire, elle s’inspire du conte en randonnée: les différents «ennemis» de l’insecte entrent en scène progressivement et sont recueillis dans l’édredon de la fillette, qui finit par peser bien trop lourd… On pense à plusieurs classiques comme La moufle, mais aussi Le pigeon de Patrick Süskind où, comme dans Croc’moustique, une peur intense et irrationnelle est le point de départ d’une formidable aventure initiatique.
Les images de Lucie Fiore sont, elles aussi, très bien réalisées. On appréciera, entre autres, l’amusante expressivité des animaux, la variété des cadrages et des points de vue (plongées, contre-plongées, plans rapprochés, hors-cadres, images chronophotographiques pour figurer le mouvement de l’héroïne…) et l’exploration des ambiances nocturnes, avec des jeux d’ombres et de lumières.
Une réussite! (DT)
- Armelle et Mirko (T. 1). L'étincelle, Anne Montel, Loïc Clément et Julien Arnal, Delcourt, 2023
Bande-dessinée, dès 8 ans
Armelle la tortue, l’héroïne de cet ouvrage, souffre d’achluophobie, plus communément appelée peur du noir. La pauvre craint tellement l’obscurité que, la nuit tombée, elle allume un feu ou des bougies, et tente par tous les moyens de ne pas s’endormir. Impossible également pour elle de se réfugier dans sa carapace en cas de danger: il y fait bien trop sombre! La malheureuse mène une bien triste existence, jusqu’à sa rencontre avec Mirko, qui va littéralement illuminer sa vie, au sens propre comme au figuré. Ignorant tout de sa véritable nature, Armelle va peu à peu se confier à lui, exprimant sa peur pour la première fois. On se rend ainsi compte qu’elle se sentait bien seule et qu’elle avait juste besoin de quelqu’un à qui parler. Ce simple fait lui apporte déjà un grand réconfort. Et quand, après s’être endormie auprès de Mirko, confiante, Armelle se réveille en pleine nuit, affolée par l’obscurité, elle découvre la véritable identité de son nouvel ami: il s’agit d’une luciole! Grâce à lui, Armelle ne craindra plus jamais le noir.
Habituellement illustratrice des récits de Loïc Clément, Anne Montel est ici co-scénariste. C’est elle qui avait d’abord écrit cette histoire, dans le but d’en faire un album avec Julien Arnal. Après deux refus, ils ont voulu abandonner le projet, mais Loïc Clément, qui avait beaucoup aimé ce texte, leur a proposé de l’adapter en bande dessinée. Pari réussi pour ce premier opus co-écrit par le couple, un ouvrage tendre et délicat qui aborde avec justesse une thématique bien connue des petits et de leurs parents. Pour illustrer ce récit, Julien Arnal a effectué un magnifique travail, avec des jeux de couleurs et de lumières, pour rendre toute la sensibilité et l’émotion qui se dégagent de cette histoire, et souligner la poésie du texte. Travaillant habituellement à l’aquarelle, il a ici troqué ses pinceaux contre la tablette graphique, mais le rendu est vraiment proche des effets de la peinture. Les paysages sont baignés d’une lumière douce qui suit le rythme des saisons et les moments de la journée. Un soin particulier a également été mis dans les expressions des personnages, notamment celui d’Armelle, qui traduisent les différentes émotions ressenties tout au long du récit.
À travers le thème universel abordé par cette bande dessinée, les auteurs délivrent un joli message: il est important de parler de ses craintes, de ne pas les garder pour soi, car on peut trouver de l’aide dans le soutien de ses proches. Un ouvrage tout en douceur et en sensibilité pour aider les enfants à surmonter leurs peurs. (CF)
Il est l’heure de dormir!
- Coucou sommeil, Saehan Parc, Éditions 2042, 2024
Album, dès 3 ans
Sur la cime d’un baobab […],
dans le lit de satin du roi d’Angleterre!
Tout au milieu d’une fumée veloutée. […]
Tu t’es posé partout,
mais tu n’as toujours pas sommeil.
Avec ses notes de poésie et son rythme hypnotique, qui n’est pas sans rappeler Liberté de Paul Éluard, cet album est un petit bijou créatif destiné aux enfants dès 3 ans. L’autrice-illustratrice d’origine coréenne Saehan Parc y met en scène un drôle de bonhomme tout noir répondant au nom de Sommeil. Ce marchand de rêves d’un genre nouveau parcourt le monde «de paupière en paupière» et, à l’aide de sa baguette magique, endort tous les êtres vivants, animaux et humains. Mais la solitude pèse sur notre attachant petit personnage qui, lui, ne parvient pas à s’assoupir. Il se met alors à la recherche du «lit» le plus douillet et le plus confortable possible… Sommeil finira-t-il par vaincre sa sempiternelle insomnie?
Variation originale sur la thématique du coucher, Coucou sommeil se distingue avant tout par ses illustrations tout en rondeur, élaborées à partir d’un normographe. Géométriques sans être schématiques, les images de Saehan Parc construisent un univers joyeux et enveloppant qui, en plus, regorge de détails amusants à observer, pointer et nommer. Un album idéal pour une lecture partagée, juste avant l’heure du dodo! (DT)
- Bonnes nuits, Sang-Keun Kim, Sens dessus dessous, 2023
Album, dès 3 ans
Avec ce titre Bonnes nuits, l’éditeur français met l’accent sur le thème du sommeil chez les petits enfants: il s’agit d’attirer les parents en quête d’une solution pour que leur petit enfant s’endorme paisiblement. Il est certain que cette belle histoire, racontée par un parent disponible, transformera l’heure du coucher en un moment de plaisir et de tendresse partagés, propice à un endormissement plus serein.
Pourtant, cette histoire de l’auteur-illustrateur Kim Sang-Keun, dont nous découvrons les derniers titres publiés depuis peu chez Sens dessus dessous, est avant tout une aventure! Maniant habilement suspense et rebondissements, le conteur apprécie particulièrement le genre pour transmettre des valeurs, des messages, des promesses à son jeune public en demande. Il utilise dans cette aventure-ci quelques repères culturels coréens qui ajoutent du mystère et quelques surprises pour le public des petits lecteurs francophones.
Dans ce nouveau récit, malgré son superbe pyjama-lapin, Célestine a du mal à trouver le sommeil. Un scintillement singulier l’attire au-dehors. Cette nuit, la lune brille de tous ses feux, une étoile descend même du ciel! Elle emmène Célestine sur la lune, et là, elle rencontre un lapin, motif traditionnel du lapin de lune, qui ne dort pas lui non plus. Grâce à une fantastique pêche aux étoiles – du fond de la mer au milieu des forêts –commence alors une folle nuit: sur le fond bleu de la nuit profonde, la lumière éclatante de la lune et des myriades d’étoiles est un ravissement pour les yeux. Les deux nouveaux amis vont rassembler autour d’eux toute une troupe insomniaque pour une incroyable et magnifique fête des lumières! La transparence et les auras lumineuses sont autant de charmes agités par le crayon magique de Kim Sang-Keun pour enchanter les enfants, qu’il disperse comme autant de poussière de fée pour les emmener dans un imaginaire pays des rêves.
Kim Sang-Keun, dans cette histoire encore, non seulement assure avec maestria l’animation enchantée de tout ce petit monde qui s’ébroue dans les étoiles comme dans les meilleurs dessins animés, mais il insuffle à son récit illustré tant de poésie et de magie qu’il faudra sûrement un petit moment de plus à chaque lecteur, comme à Célestine, pour trouver le sommeil après cette exaltante aventure: quel bonheur de s’endormir avec Célestine et son ami lapin, et avec Kim Sang-Keun le magicien! (DT)
- Le Grand Renifleur de sommeil, Bruno Gibert, Sarbacane, 2025
Album, dès 4 ans
Savez-vous pourquoi certains parents laissent un verre de lait et une carotte en évidence durant la nuit? Non, ce n’est pas pour celui auquel vous pensez. C’est pour… le Grand Renifleur de sommeil, cet étrange être au long nez capable de reconnaitre à mille lieues l’odeur d’un enfant qui a très envie de dormir, même s’il assure le contraire.
Quels sont les enfants qui prétendent ne pas avoir sommeil alors que leurs paupières sont lourdes et leur corps tout mou? Tous, évidemment! Grâce à cet album, il sera possible d’aborder le rituel du coucher un peu différemment, en se concentrant sur ses sensations profondes et, surtout, en explorant son odorat. Quoi de mieux en effet pour se détendre que de respirer à pleines narines, inspirer longuement et souffler tout doucement? Voilà la recette parfaite pour, d’une part, être attentif à ce sens si peu exploité et, d’autre part, être profondément détendu avant de s’endormir. Grâce aux couleurs douces et apaisantes des pages et à cette longue histoire, l’enfant sera ainsi bien bercé et fin prêt pour aller (enfin) se coucher. (DM)
- Comment chasser les zombis de mon lit?, Béatrice Fontanel, Loïc Froissart, Seuil Jeunesse, 2021
Roman, dès 8 ans
Avoir la télé dans sa chambre, le Graal! Le paradis! L'apothéose! Pour notre jeune ado, cette télé permet de rester des heures à enchaîner le visionnage d'une multitude de programmes, des Princes de la passion aux films de zombis. Faire une pause de télé pour aller jouer aux jeux vidéo, naviguer sur Internet pour voir quelques youtubeurs et revenir à la fameuse télé: voilà l'emploi du temps nocturne de cet ado... qui se retrouve tel un zombi en classe. Sa mère lutte comme elle le peut. L'ado, lui, dédramatise sa fatigue avec énormément d'humour, d'anecdotes pêchées ici et là, et le lecteur ne peut que savourer son enchaînement de réflexions et ses remarques hilarantes. Bien sûr, le message incitant à se méfier de l’abus d’écrans passe, mais le roman propose de surcroît un protagoniste fort réaliste: énervant de désinvolture mais adorable à souhait. Cette particularité engendre une grande originalité. Voici un court roman drôle et instructif qui permet de comprendre le rôle néfaste des écrans tout en découvrant que la girafe est le seul vertébré à ne pas bâiller. (DM)
Les rédacteur·rice·s: Véronique Cavallasca (VC), Christine Fontana (CF), Samantha Formaz (SF), Elinda Halili (EH), Valérie Liger (VL), Déborah Mirabel (DM), Sophie Pilaire (SP), Nicole Tharin (NT), Damien Tornincasa (DT)