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François David

10 juillet 2006

Né en 1950 à Paris, François David vit actuellement dans le Cotentin. Créateur de la revue littéraire sur cassette "Voix", poète, enseignant pendant plusieurs années, il est directeur littéraire des éditions Motus depuis 1988. Ecrivain en littérature de jeunesse, François David a signé plus d'une soixantaine de livres pour la jeunesse dans des genres différents : poésie, conte, comptine, roman, théâtre…On lui doit aussi plusieurs recueils de poèmes et de nouvelles.

François David se distingue par une langue toute en retenue et poétique, qui traduit des situations souvent graves et délicates. Souvent récompensés, ses livres sont traduits dans de nombreux pays. Sans plus attendre, écoutons les mots de cet auteur à l'extrême modestie et sensibilité qui rêvait aussi d'être homme-grenouille.


- Que redoutiez-vous enfant ?

De ne jamais pouvoir retrouver la lumière.

- Où écrivez-vous ? Quel est le lieu qui vous inspire le plus ?

J’aime écrire face à la mer. Non pas pour la décrire ou pour m’en inspirer. Simplement pour ne pas la regretter ni la rechercher.

Mais en fait, je peux écrire n’importe où. Dans un café. Sur un banc. Dans le train. Pourvu seulement qu’il n’y ait pas la tyrannie du bruit. Or le silence, de plus en plus, devient un luxe. Comme l’eau.

- Quel (s) genre(s) de livre(s) vous tombe(nt) des mains ?

Tous ceux qui ne sont pas des livres.

- Quelle utopie seriez-vous prêt(e) à défendre ?

Un monde sans torture, sans ces comportements des hommes sur des hommes –indignes de toutes époques, mais encore plus de la nôtre- qu’Amnesty International révèle et dénonce. Des comportements pourtant souvent proches de nous.

- A quel "héros"/ personnage de fiction vous identifierez-vous volontiers ?

A un anti-héros.

J’aime aussi quand la notion de personnage est vague, par exemple dans les pièces de Nathalie Sarraute où les personnages se nomment F1, H1, H2. Cela permet paradoxalement au lecteur ou au spectateur de se retrouver bien mieux et bien plus librement que dans le réalisme.

- Quel est le sentiment qui vous habite le plus souvent ?

Le doute.

- Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ?

Pas vraiment. En revanche, certains livres ont compté infiniment pour moi. Presque autant alors que les êtres réels que j’ai pu avoir la grande chance de rencontrer

- Que feriez-vous ou diriez-vous à un ogre s'il vous arrivait d'en croiser un ?

Peut-être ce que j’ai tenté d’exprimer dans « Le Fils de l’Ogre ».

Mais je pourrais lui dire aussi : « « Ne mangez pas les petits enfants, mais plutôt les gros cons brutaux ou pétris de certitude ! »

- Qu'avez-vous conservé de l'enfance ?

Le désir de ne pas la revivre.



- A part être écrivain ou illustrateur, que rêveriez-vous d'être ?

Homme-grenouille.

- Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ?

Trop souvent, ce qui n’est pas le livre. Je préfère quand ce sont les mots du livre qui poussent à l’aimer, ou qui le rendent si important pour le lecteur.

- Quel qualificatif vous colle à la peau ?

Je trouve terrible tout qualificatif qui « colle à la peau » de quiconque. Je souhaite alors vraiment être un décolleur..

- Quelle est la plus belle phrase qu'un enfant vous ait dite ?

« Hein papa, les oiseaux, ça ne s’arrête pas aux feux rouges ? »

- Quelle est votre définition du bonheur ?

Plutôt que ma définition du bonheur, je voudrais évoquer celle de la vérité, dans un merveilleux petit film de Pasolini « Que sont les nuages ? »: « Tu sens quelque chose ?... C’est ça, la vérité. Mais il ne faut pas en parler. Si tu le fais, elle disparaît. »

- Si vous aviez la possibilité de recommencer, que changeriez-vous ?

Le début. Et un bout du milieu.

- Enfant, quel genre de lecteur étiez-vous ?

J’ai commencé à aimer lire seulement en classe de quatrième. Je ne me suis plus guère arrêté depuis..

- Vis-à-vis de quoi vous sentez -vous impuissant ?

La norme.



- Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ?

L’oiseau. Il n’est pas sur terre, mais ne la quitte pourtant pas de vue.

- Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ?

Le mot « murmure ».

Mais aussi, j’aime l’espace entre les mots.

- Que souhaiteriez-vous que l'on retienne de vous ?

Un léger sourire à l'angle du regard.

Vos livres
- Quelles est votre dernière sortie pour la jeunesse ?

« Plus vrai que nature » aux éditions Syros.

- Le(s) livre(s) de votre production qui ont compté le plus pour vous ?

« Une petite flamme dans la nuit » (Bayard Editions) et « Le Cri » (Editions du Jasmin).



- Quel est le thème que vous aimez davantage traiter ?

Quand j’écris, je ne pense vraiment pas à traiter un thème. Mais lorsque l’on me pose des questions sur mes livres, je m’aperçois qu’ils évoquent assez souvent la différence, le rejet ou le racisme,

- D'où est né votre premier livre pour les enfants ?

Des histoires que j’inventais pour mes propres enfants, le soir, avant qu’ils ne s’endorment.

- Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Une pièce radiophonique pour France-Culture.

- Où et comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

Toujours plus près des nuages.



Références

Quels sont vos livres "coups de cœur" ?

Un très grand coup de cœur pour le magnifique, si fort et courageux album « L’île » d’Armin Greder publié en France aux éditions La Compagnie créative.


Les "incontournables" en littérature de jeunesse

Les livres publiés par Harlin Quist, François Ruy-Vidal, Robert Delpire qui ont tellement compté par leur créativité et par leur liberté.

Culture
- Un film qui vous touche ?

« Sonate d’automne » d’Ingmar Bergman.

- Un musicien ?

Tom Waits

- Un lieu où vous aimeriez vivre ?

J’aime vivre dans le lieu où, depuis des années déjà, j’ai choisi de vivre.



Littérature de jeunesse
- Quels sont vos auteurs-illustrateurs de référence ?

Comme auteurs de textes prétendument de « littérature jeunesse » : Marcel Aymé (pour les « Contes du chat perché ») et Pierre Gripari.

- Comme illustrateurs : André François et Stasys Eidrigevicius.

En dehors de ce domaine (à mes yeux arbitrairement, et souvent faussement, tenu à part),

- comme auteurs : Jules Supervielle, Fritz Zorn, Louis-Ferdinand Céline, Franz Kafka, Emmanuel Bove, Nathalie Sarraute, Samuel Beckett, Georges Hyvernaud et Dino Buzzati.

- Quels livres en littérature de jeunesse auriez-vous voulu écrire ou réaliser à la place d'un autre ?

Les livres des auteurs déjà nommés. Et ceux de Roald Dahl aussi.


Je crois pourtant que c’est parfois la démarche contraire qui prévaut, que j’ai envie d’écrire justement les livres qu’il ne m’est pas possible de lire.

Actualité
- Votre dernière (bonne) lecture ?

Pas tant une « bonne » lecture (ce que je ne recherche pas vraiment dans les livres qui, pour moi, comptent plus que cela), mais une grande lecture :

« La douleur de Manfred » de Robert Mac Liam Wilson

- Des sites ( sur les techniques graphiques, un auteur-illustrateur, une approche particulière du texte, de la littérature... ) que vous souhaitez recommander ?

Le site du poète Alain Boudet http://boudully.perso.cegetel.net/

Site généreux et plein d’informations, de découvertes poétiques.


Et Sitartmag, site à la fois précis, dense, ouvert et réactif sur les arts et la littérature, "jeunesse"... ou pas.

- Des phrases (devises) qui vous guident ou importantes pour vous

« Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connaît, tu ne pourrais plus t’égarer ».


et ces deux phrases, légèrement modifiées :


d’après Achille Chavée

« L’humour… c’est la politesse du désespoir »


et d'après Jean Cocteau :

« Cultive ce que l’on te reproche, c’est toi. »

Auteurs et illustrateurs en lien avec l'interview

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