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Être accueilli·e dans la lecture

«Bienvenue à l’école»: tel est le nom de la nouvelle collection des éditions Flammarion jeunesse/Père Castor, destinée tout spécialement aux enfants suisses de 3e HarmoS (6-7 ans) qui entrent dans l’apprentissage de la lecture. Rencontre avec Bénédicte Roux, directrice littéraire chez Flammarion jeunesse, et Maikresse Val, blogueuse, enseignante et formatrice de terrain dans le canton de Fribourg, qui ont toutes deux pris part à l’aventure éditoriale.

Bienvenue à l'école
Damien Tornincasa
10 août 2021
Bénédicte Roux et Maikresse Val
Bénédicte Roux (à gauche) et Maikresse Val (à droite) ont travaillé à l'élaboration de la nouvelle collection «Bienvenue à l'école»   (© Bénédicte Roux, © Instantsimages)

10 ans tout rond!
«Bienvenue à l’école» est une adaptation pour le public suisse de la collection de romans premières lectures «Je suis en CP», très appréciée en France. Son succès s’inscrit dans la durée: en août 2021, la collection fête ses dix ans d’existence, un âge fort honorable dans un monde du livre jeunesse en constante mutation, marqué par la course à la nouveauté.

Le but de «Je suis en CP» est d’accompagner les enfants dans l’apprentissage de la lecture et de les guider progressivement vers l’autonomie. Au niveau de la maquette et de la fabrication des livres, tout a été mis en œuvre afin que les apprentis lecteurs ne se retrouvent pas en échec: un petit format souple, facilement manipulable par les jeunes mains; un papier qui ne réfléchit pas la lumière; des lignes de texte brèves, que les enfants peuvent aisément suivre du doigt; une police sans empattement (pour éviter tout fioriture qui perturberait l’œil); une séparation claire entre le texte et les illustrations; un interlignage confortable; un corps de texte adapté aux différents niveaux de lecture et un code couleur permettant d’identifier les lettres muettes. À cela s’ajoutent des rabats détachables, avec des mots-outils et un lexique dessiné, qui peuvent servir de marque-pages et auxquels les enfants ont la possibilité de se référer en tout temps.

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Police sans empattement, lignes de texte brèves, lettres muettes grisées et séparation entre texte et illustration: la maquette des romans est réfléchie jusque dans les moindres détails (double-page issue de «Journée à la ferme», © Flammarion jeunesse)

Un heureux mariage entre texte et images
Côté contenu, les situations imaginées par l’auteure, Magdalena, ont pour décor un environnement familier – principalement l’école – et font écho à la vie quotidienne et aux préoccupations du lectorat. Pour s’en convaincre, il suffit de passer en revue quelques-uns des titres de la collection: Les toilettes de l’école (et les difficultés que cela peut entraîner chez certain·e·s), Lou a deux maisons (qui s’intéresse à la thématique du divorce), ou encore Le nouveau (qui traite de l’intégration d’un nouvel élève au sein de la classe).

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Des livres qui font écho au quotidien des enfants (© Flammarion jeunesse)

Comme ils s’adressent aux débutants, les textes doivent répondre à des critères précis: les phrases sont rédigées au présent et ne contiennent pas de relatives; le recours aux dialogues est fréquent; le lexique, quant à lui, est choisi avec minutie et fait l’objet de nombreuses discussions entre l’auteure et l’équipe éditoriale. Une écriture sous contrainte, donc, bien plus complexe qu’il n’y paraît. D’autant que Magdalena accorde une grande importance à la prosodie: «elle travaille beaucoup sur l’oralité, le son et la rime. Avec leur structure répétitive, ses textes se lisent presque comme des comptines», confie Bénédicte Roux des éditions Flammarion jeunesse.

Pour s’assurer que ses histoires feront mouche, Magdalena n’hésite pas à les tester en avant-première dans les classes. Il faut dire que l’auteure a l’habitude du contact avec les enfants: avant de se consacrer pleinement à l’écriture, elle a exercé le métier d’enseignante pendant plus de 15 ans et a toujours eu à cœur de développer le goût de la lecture chez ses élèves.

Bien que l’écrit soit au cœur des préoccupations, les images comptent aussi aux yeux de la maison d’édition. «Pour qu’on ait envie de reprendre un livre, il faut qu’il soit beau», assure la directrice littéraire, qui préfère la qualité à la quantité, quitte à ne publier qu’un nombre réduit de titres dans l’année. Depuis les débuts de la collection, les illustrations sont signées Emmanuel Ristord. Si son style s’est affirmé au fil du temps, son goût pour le jeu et l’expérimentation, quant à lui, est resté inchangé: «Emmanuel Ristord ne s’économise pas et travaille sur des plans variés», précise Bénédicte Roux. Avant d’ajouter: «Cette année, il s’intéresse particulièrement à la lumière et aux couleurs. C’est intéressant de le voir évoluer et je me délecte toujours de découvrir ses crayonnés extrêmement vivants».

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Les préparatifs de la «Fête à la cantine» vont bon train sous le crayon de l'illustrateur (© Emmanuel Ristord)

À travers ses dessins, l’artiste s’attache à représenter le monde dans sa diversité, sans forcément que cela soit thématisé. Au sein de la classe, on trouve une importante mixité culturelle, parfois complétée par des personnages secondaires qui s’éloignent de la norme. «Les évolutions de la société ne peuvent pas toujours être amenées par le texte, à force le message risquerait d’être lourd», estime Bénédicte Roux, qui se réjouit que les images puissent aussi remplir cette fonction d’ouverture à l’autre.

Premiers romans pour petits Romands
Récemment, c’est une tout autre sorte d’ouverture que la maison d’édition parisienne a opérée en adaptant ses titres premières lectures pour les enfants de Romandie. L’impulsion, donnée par l’équipe des représentants en Suisse, est née d’un constat: la collection avait de la difficulté à décoller en territoire helvétique, malgré la proximité géographique et culturelle avec le voisin français. La faute notamment à une divergence de terminologie: «En Suisse, les degrés CP, CE1, CE2, etc., parlent plus ou moins aux enseignants, qui sont nombreux à fureter sur des blogs français. En revanche, les enfants et les parents peinent à s’y retrouver avec les appellations françaises et ne comprennent pas toujours quelles sont les équivalences avec le système scolaire suisse, qui possède par ailleurs ses propres spécificités cantonales», explique Maikresse Val, du haut de ses 15 ans d’expérience dans l’enseignement.

«Je suis en CP» est donc devenu «Bienvenue à l’école» et une pastille «3e HarmoS» s’est invitée sur la couverture des ouvrages. Les quatre premiers titres – C’est la rentrée!; Dispute à la récré; Journée à la ferme; Alerte aux poux! – ont fait leur apparition en librairie le 19 mai dernier.

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Les quatre premiers «Bienvenue à l'école» adaptés pour lectorat suisse (© Flammarion jeunesse)

Qu’on ne s’y méprenne pas: les changements apportés à la collection ne se limitent pas au titre. Flammarion jeunesse a mandaté Maikresse Val afin qu’elle réalise ce qu’on pourrait appeler une «traduction culturelle» des textes d’origine, afin de coller au plus près à la réalité linguistique des petit·e·s Romand·e·s. Ainsi, dans les livres suisses, la «sonnerie» remplace la «cloche» et les élèves portent des «vestes» plutôt que des «manteaux». Dans le pays des montagnes et de la neige, un manteau est un vêtement qui descend obligatoirement au-dessous des hanches; garder le terme tel quel aurait eu pour conséquence de contredire l’illustration.

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La veste/manteau qui est à l'origine d'une dispute à la récréation et une double-page d'informations sur le système scolaire suisse (© Flammarion jeunesse)

Maikresse Val a aussi apporté sa contribution aux dossiers pédagogiques situés à la fin de chaque ouvrage: «J’ai créé la double-page “Le sais-tu?” avec certains contenus typiquement suisses. Dans C’est la rentrée!, on trouve des informations sur le système scolaire romand et dans Journée à la ferme, il est même question des fromages suisses», sourit l’institutrice qui – est-ce un hasard? – habite en Gruyère.

Gageons que cette «suissisation» permettra à la collection de trouver son public. De notre côté, on se réjouit (ou «on a hâte», pour nos lecteurs français) de découvrir les prochains titres. À n’en pas douter, nous serons déçus en bien («agréablement surpris»)!

Maikresse Val, de l’école à l’écran

En classe!
On entend souvent dire que la jeune génération entretient un rapport conflictuel avec la lecture… Lorsqu’on pose la question à Maikresse Val, sa réponse est moins fataliste: «Je n’ai pas l’impression que les enfants apprennent plus difficilement à lire aujourd’hui qu’il y a 15 ans». En revanche, elle constate des différences importantes entre les enfants: «À la fin de l’année, certains de mes élèves de 3e HarmoS lisent couramment, tandis que d’autres butent sur des phrases simples». Les raisons sont multiples: un écart d’âge et donc de maturité (qui peut être assez marqué, surtout avec l’introduction des deux ans d’école enfantine), un rapport au livre différent dans chaque famille et, bien sûr, un rythme d’apprentissage qui varie énormément d’un cas à l’autre.

En plus de favoriser l’apprentissage «technique» de la lecture, Maikresse Val considère la littérature jeunesse comme un merveilleux outil pour développer l’imaginaire des enfants, en même temps qu’un vocabulaire riche et varié. Elle souligne l’importance de partager des histoires à voix haute, mais aussi d’exercer la lecture en autonomie de manière régulière. Elle a donc instauré un rituel (bi)hebdomadaire appelé «Chut, on lit!»: pendant un quart d’heure, tout le monde lit en silence, maîtresse y compris. Un bol d’air frais bienvenu!

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Le très chouette logo de Maikresse Val (© Maikresse Val)

En ligne!
Maikresse Val est une des rares enseignantes de Suisse romande à tenir un blog, sur lequel elle partage de précieuses ressources pour la classe et les élèves. On y trouve, entre autres, des jeux pédagogiques autour des mathématiques et du français; des idées d’activités créatrices et manuelles; une sélection commentée d’albums jeunesse; des trucs et astuces à destination des enseignant·e·s ou encore des réflexions ouvertes sur l’école (la place des devoirs à la maison, la classe flexible, etc.). En un mot, un contenu très chouette (ou hibou?), à l’image du sympathique avatar de la bloggeuse.

Maikresse Val est également active sur Facebook et Instagram.

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