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Didier Jean et Zad

24 octobre 2006

Complices de plume, unis dans la vie, Didier Jean et Zad donnent vie à quatre mains à de magnifiques ouvrages pour les petits, moyens et grands. En 1992, Didier Jean et Zad ont commencé à écrire pour les tout-petits, avec «Simon et Agathe» et «Parcours-santé». Depuis ce duo a composé en tandem une trentaine d'ouvrages, allant de l'album au livre-cd et aux romans pour adolescents et ont signé d'autres collaborations. Outre ce plaisir de travailler ensemble sur le texte, l'illustration et la maquette, ils développent chacun une passion. Zad est avant tout peintre et a signé aussi plusieurs illustrations pour la presse et l'édition tandis que Didier Jean, est compositeur, avec cinq disques à son actif ainsi que la participation à de multiples compilations. Certains de leurs ouvrages ont remporté de nombreux prix comme le roman «Deux mains pour le dire», l'album «L'agneau qui ne voulait pas être un mouton» ou encore leur livre-cd «Cuikomo». Didier Jean et Zad aiment aussi aller à la rencontre de leur public. Sans plus attendre découvrons l'univers de ce duo qui cultive une formidable envie de créer et de se renouveler.


- Quelle utopie seriez-vous prêt(e) à défendre ?

Zadidier : "We have a dream..." Un monde sans exploitation, sans pollution, sans génocides, sans nucléaire... Un monde respectueux et solidaire. 





- A part être écrivain ou illustrateur, que rêveriez-vous d'être ?

Didier : J’aimerais avoir plus de reconnaissance en tant que compositeur.

Zad : Étant à la fois illustratrice, peintre et auteur, je me sens assez comblée. Et je ne rêve pas de faire autre chose. J’aimerais juste avoir plus de temps pour le faire mieux.

- Où écrivez-vous ? Quel est le lieu qui vous inspire le plus ? 

Zadidier : L’hiver est une période propice à l’écriture en ce qui nous concerne. Nous écrivons près du feu, (cantou ou poêle), les feuilles posées sur un album, pris au hasard dans la bibliothèque. Le printemps et l’été nous voient plutôt réaliser les illustrations. 

- Quel est le sentiment qui vous habite le plus souvent  ? 

Zadidier : Le doute et en même temps une formidable envie de créer, d’avancer et de se renouveler.

- Quel (s) genre(s) de livre(s) vous tombe(nt) des mains ?

Didier : Les romans policiers ou plus généralement les romans basés sur l’ambiance, qui ne véhiculent rien à part du style... 

Zad : Les romans nombrilistes ou uniquement conceptuels.

- Que redoutiez-vous enfant ?

Zad : J’avais très peur de la guerre. Je faisais des calculs, le soir, dans mon lit, et je me disais que statistiquement, je connaîtrai forcément une troisième guerre mondiale.

Didier : J’ai fait ça, moi aussi. Mais ce qui me terrifiait le plus, c’était la notion d’infini. Imaginer que l’univers continuerait de tourner sans moi, après ma mort, provoquait mes larmes.





- Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ?

Didier : Constamment. J’ai tendance à faire endosser à mes relations des costumes qui ne sont pas forcément les leurs... C’est mon côté créatif qui ressort.

Zad : À chaque fois que nous créons des personnages, ils deviennent vivants, font partie de la famille pendant quelques temps.   

- Que feriez-vous ou diriez-vous à un ogre s'il vous arrivait d'en croiser un ?

Didier : Je lui dirais que l’abus de viande n’est pas bon pour la santé... 

Zad : ...et qu’il faut manger au moins dix fruits ou légumes par jour !

- Qu'avez-vous conservé de l'enfance ?

Didier : Quand je vois ma tête, pas grand chose... Et pourtant, l’envie d’essayer est toujours là. 

Zad : En fait il a conservé toute l’énergie de la jeunesse, il continue de refuser l’inacceptable, les concessions. Il est resté entier. Quant à moi, j’essaye de ne pas oublier ce qui me faisait vibrer enfant et adolescente.    





- Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ?

Zadidier : C’est un mystère. L’expérience a cependant démontré qu’un livre auquel nous croyons nous même beaucoup, que nous réalisons avec sincérité et excitation, dont nous sommes contents à toutes les étapes de sa réalisation, et enfin auquel l’éditeur croit à  200 %, a beaucoup plus de chance de trouver son public. 

- Quel qualificatif vous colle à la peau ?

Zad : "Souriante et éternellement de bonne humeur". Ce qui n’est pas tout à fait vrai. Je peux être très ronchon et même exaspérante dans l’intimité. Désolée, Didier !

Didier : On me dit souvent que je suis nerveux. Et ce  n’est pas forcément péjoratif dans la bouche des gens. Ils me considèrent comme quelqu’un qui brûle la vie par les deux bouts.

- Quelle est la meilleure phrase qu'un enfant vous ait dite  ?

Zadidier : Hier, nous étions dans une école de Bourges (dans le cadre de notre résidence) et un enfant nous a posé une question qui mérite d'être citée. D'autant plus qu'il n'est pas le premier... 

" - Et Jean, pourquoi il n'est pas venu ?"

La candeur de cette question nous a fait éclater de rire. Il avait Didier et Zad sous les yeux. Mais où était Jean ? 

Nous lui avons d'abord répondu que Jean était un gros paresseux qui ne nous accompagnait jamais dans les voyages... avant de lui révéler l'explication de cette absence qui n'en est pas une !

- Quelle est votre définition du bonheur ?

Didier : Chez moi, le bonheur est intimement lié à la création. Créer me rend alerte et souriant.

Zad : La sensation de bonheur est toujours très fugace. Je la ressens parfois lorsque je suis en train de dessiner dans l’atelier tandis que Didier fait de la musique dans le studio juste à côté. Nous sommes bien ensemble, le téléphone oublie de sonner, et le courrier peut attendre... 

- Si vous aviez  la possibilité de recommencer, que changeriez-vous ?

Didier : Si je pouvais refaire le monde, j’oublierais l’argent. Si je recommençais ma vie, j’aimerais avoir confiance en moi. 

Zad : Non, rien de rien, non, je ne regrette rien.

- Enfant, quel genre de lecteur étiez-vous ?

Zad : Dès que j’ai su lire, je n’ai plus arrêté. Mon argent de poche passait dans les livres et j’étais très fidèle à la bibliothèque de mon collège. Je m’y rendais comme on entre dans une pâtisserie, avec gourmandise.

Didier : La lecture était un refuge. J’étais un élève désespéré par le système scolaire, et mes moments de bonheur, je les ai vécus grâce à cette fenêtre ouverte que m’offrait la littérature.





- Vis-à-vis de qui vous sentez-vous impuissant ?

Zad: Vis à vis des manipulateurs, à l’échelle du monde ou de l’individu.  Vis à vis des lobbies industriels, pharmaceutiques, nucléaires, politiques qui manipulent le monde pour leurs petits intérêts mercantiles.

Didier : Les politiques qui soufflent sur les braises pour encourager le tout sécuritaire. Le lobby nucléaire qui nous fait croire que l’uranium est la solution à tous nos problèmes. Les laboratoires pharmaceutiques qui nous feraient avaler n’importe quoi... Pourtant j’aime ma planète, dans tout ce qu’elle m’offre au quotidien, et je refuse l’idée de fatalité que l’on cherche à nous imposer. 

- Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ?

Zad : À la fourmi. Comme elle, je ne tiens pas en place, j’ai toujours à faire. 

Didier : Je ne ferai pas l’injure à un animal de prétendre que je lui ressemble !

- Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ?

Didier : Indépendance.

Zad : Empathie.

- Que souhaiteriez-vous que l'on retienne de vous ? 

Zadidier : Quelques-uns uns de nos livres.


Vos livres
- Quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ?

Zadidier : Cette année est faste, nous sortons trois albums et un recueil de nouvelles.

"Ces matins-là" chez Syros

"Une année avec Mamouna" chez Casterman. 

"Bonnes nouvelles de Didier JEAN et ZAD" aux éditions Sedrap.

"Chicotte" (texte de Christian Poslaniec/illustrations de DJZ) chez Lo Païs d’enfance / ed. le Rocher




- Le(s) livre(s) dans votre production dont vous êtes particulièrement fier ou qui vous laisse(nt) un souvenir particulier

Didier : "L’agneau qui ne voulait pas être un mouton"... Cet album, nous l’avons présenté à beaucoup d’éditeurs qui l’ont refusé. Mais nous nous sommes accrochés, parce que nous croyions à son message universel et à sa force. Et finalement, il a rencontré son éditrice - Françoise Mateu chez Syros - et le succès.

Zad : Je ne vais pas répéter les paroles de Didier, mais j’ai le même sentiment. Il y a également un album dont je suis très fière : "Libellule". Nous avons écrit ce texte à partir d’une série de mes peintures et cette démarche originale a donné un album hors norme. Souvenir d’autant plus agréable, que la collaboration avec Stéphane et Olivier, de l’Atelier du Poisson soluble, a été tout au long de la réalisation, constructive et respectueuse. 

- Quel est le thème que vous aimez davantage traiter ?

Zadidier : La tolérance et l’idée que l’on est maître de son destin.

- Quelle est votre technique graphique de prédilection ?

Zadidier : Le pastel, qui depuis quelques années s’est vu associé à la gouache, sur des supports travaillés de façon à accrocher la lumière. 

- D'où est né votre premier livre/illustration ?

Zadidier : "Parcours santé" chez Casterman (1993) est inspiré d’un tableau créé par Zad pour une chambre d’enfant. Nous avons brodé autour de cette image - des animaux courant joyeusement les uns derrière les autres - en nous demandant ce qu’ils pouvaient bien faire là...

 
- Quel livre en littérature de jeunesse auriez-vous voulu écrire ou réaliser à la place d'un autre  ?

Didier : "Yakouba" de Thierry Dedieu au Seuil. 

Zad : "Devine combien je t’aime" de Sam Mc Bratney (texte) et Anita Jeram(illustrations), aux Éditions Pastel pour la version française.

- Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Zadidier : Nous avons toujours plusieurs projets sur le feu, à divers stade. Mais actuellement nous travaillons intensivement, pendant notre résidence d’auteurs à Bourges, sur un livre très ambitieux orienté ado/adulte qui associe texte et dessins pour la version livre et musique, images et comédien pour une version scène. 

- Où et comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

Zadidier : Serons nous toujours auteurs-illustrateurs ? Qui sait... Mais sans aucun doute, nous resterons des créateurs.





Références

Littérature de jeunesse
- Un livre pour la jeunesse qui vous a marqué petit ? 

Didier : "Pierre et le loup" pour sa musique.

Zad : "Le voyage de Nils Olgerson", que j’ai savouré en classe, jour après jour, avec la maîtresse de l’époque. 

- Quels sont vos auteurs-illustrateurs de référence ou qui pour vous développent une approche intéressante ?

Didier : je n’ai pas de références mais je rencontre de nombreux auteurs ou illustrateurs talentueux. Surtout illustrateurs. Les éditeurs laissent plus de liberté d’expression à l’image alors que les textes sont beaucoup plus calibrés.

Zad : Comme s’ils se sentaient plus à même de critiquer un texte qu’une image.

Didier : J’aime Jean-Marc Mathis, Emile Jadoul, Caroline Palayer, Zaü... et de nombreux autres.

Zad : J’ajouterais à ces noms mon goût pour les illustrations de Régis Lejonc et Rébecca Dautremer.


Culture
- Un film qui vous touche  ?

Zadidier : "Land and Freedom" de Ken Loach

- Un musicien 

Didier : Bugge Wesseltoft, avec son disque "moving" chez Jazzland records.

Zad : la musique de Didier me touche et me nourrit toujours autant. Il y a aussi Oysten Sevag et Lakki Patey, avec "Visual" chez Windham Hill records.

- Un lieu où vous aimeriez vivre

Zadidier : Dans une grande ville au cœur de la forêt, avec la mer à deux kilomètres, mais pas trop loin de la montagne.

- Une phrase (une devise) qui vous guide

"Et vous, d’où êtes vous?

Je suis de mon enfance..." A. de Saint-Exupéry





Actualité 
- Vos dernières (bonnes) lectures ?

Zad : "Six mois au fond d’un bureau", de Laurent Laurent .

et "Clair de femme" de Romain Gary, que j’ai relu avec plaisir. Je ne me lasse pas de ce grand écrivain.

Didier : "Oscar et la dame rose" d’Eric Emmanuel Schmitt. 


http://www.didierjean-zad.com

Auteurs et illustrateurs en lien avec l'interview

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