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Date

Claire Nadaud

15 janvier 2006

Après des études d'arts appliqués à Paris et avoir exercé plusieurs métiers dans les secteurs de l'enfance et de la petite enfance, Claire Nadaud se consacre à l'illustration depuis 1975 et travaille pour la presse et l'édition. Avec une trentaine d'ouvrages à son actif, Claire Nadaud a réalisé principalement des albums, des abécédaires, des documentaires et écrit des romans. Claire Nadaud anime aussi des ateliers d'écriture et d'illustration pour les enfants. Sans plus attendre, écoutons cette auteur-illustratrice nous parler de ses coups de coeur, ses débuts et de son actualité.


- À quel «héros»/ personnage de fiction vous identifierez-vous volontiers ?

Une pauvre orpheline malheureuse, comme Heidi ou Gulla, peut-être parce que quand
tout à mal commencé les choses ne peuvent que s’améliorer ensuite...


- Quelle utopie seriez-vous prête à défendre ?

La justice, ce qui m’indigne le plus c’est l’injustice...


- À part être écrivain ou illustrateur, que rêveriez-vous d’être ?

Fermière, maîtresse d’école ou encore infirmière, mais surtout dessinatrice, parce c’est ce que je faisais naturellement le plus...


- Où écrivez-vous ? Quel est le lieu qui vous inspire le plus ?

Un peu partout où je trouve du temps et de la liberté surtout.





- Quel est le sentiment qui vous habite le plus souvent ?

La colère, pourtant je ne suis ni violente ni coléreuse, mais de voir tant de gâchis, dans le monde, dans la nature, sur les êtres humains pour des profits mesquins, alors que nous partageons tous la même petite planète...

- Quels genres de livres vous tombent des mains ?

À mon grand regret les BD, pas toutes heureusement, les livres de cuisine, les livres politiques sur les affres de tel ou tel ministre ou ex-ministre, les livres de conseils...
J’aime les romans, les essais, les témoignages, la poésie et les livres pour enfants évidemment.


- Que redoutiez-vous enfant ?

Les dictées, la gymnastique et les divisions à deux et trois chiffres au diviseur. Plus tard, au collège, une de mes grandes angoisses était de me trouver dans le métro ou dans la rue, en chemise de nuit....




- Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ?

Surtout quand j’étais petite, j’avais une fée à moi toute seule, pas une grosse dame comme dans Cendrillon, une petite du genre Clochette, qu’on peut emmener partout,  à qui on peut parler tout le temps, qui peut dormir avec vous et surtout qui rendait ma soeur très, très jalouse.
Je pense maintenant que les créatures extraordinaires se cachent dans certains humains, j’en rencontre parfois. J’ai même, hélas, le privilège et la tristesse d’avoir une amie qui a réellement réussi sa métamorphose en sorcière après les avoir longuement étudiées.


- Que feriez-vous ou diriez-vous à un ogre s’il vous arrivait d’en croiser un ?

Les ogres sont terribles, mais nous en croisons un peu partout, leurs appétits et leurs désirs de pouvoirs sont insatiables, leurs dents rayent le sol, ils sont prêts à tout...
Par contre, j’ai parmi mes amis quelques géants qui se trouvent être des êtres sensibles et délicats, pour qui j’ai une grande tendresse.





Qu’avez-vous conservé de l’enfance ?

Beaucoup de trésors mais aussi des blessures profondes, des doutes immenses, une certaine timidité et un goût pour les jeux de rôles : Alors on serait des dames,  dans un train...


- Selon vous, qu’est-ce qui fait vendre un livre ?

Je répondrais volontiers : le hasard. En réalité, je pense qu’il faut une telle adéquation avec le moment présent que cela tient du miracle. Un peu trop tôt, un peu trop tard et plus rien ne marche. Après il y a des réalités tangibles, sa couverture, le style, le sujet, son prix, les prix qu’on lui attribue s’ils sont un peu médiatiques,  ce qui peut-être dit sur lui : le bouche à oreilles et le travail de colporteur que fait son auteur...


- Quelle est votre définition du bonheur ?

Continuer de désirer ce que l’on a...





- Si vous aviez la possibilité de recommencer, que changeriez-vous ?

Pas grand-chose, peut-être que l’expérience d’aujourd’hui m’aurait aidé au début peut-être que la liberté de création d’aujourd’hui m’aurait aidé, qui sait...


- Enfant, quel genre de lecteur étiez-vous ?

Boulimique, gourmande,  insatiable ; j’avais l’impression de gagner des vies,
de grandir, d’apprendre, de voyager dans des lieux réels ou imaginaires,
dans des milieux inconnus, c’était pour moi, l’évasion, la liberté vraiment magiques...


- Vis-à-vis de quoi vous sentez-vous impuissante ?

De l’injustice et de la bêtise


- Quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ?
Avis de tempête aux éditions Syros





Les livres dans votre production dont vous êtes particulièrement fière ou qui vous laissent un souvenir particulier ?

«Qu’est-ce qui sent bon dans la maison de Lala» aux éditions Chardon Bleu avec Claude Four et Dominique Isnard, c’est le premier album que j’ai écrit et illustré et j’ai pris un plaisir fou à faire ce petit album. J’étais si timide que je n’osais pas écrire,  les études que j’avais faites ne me donnaient pas les sésames, ce sont les contraintes techniques de ce petit livre en plastique et en relief, la confiance et les encouragements de mes éditeurs qui ont fait le reste. Les particularités de cet album imprimé en noir et en braille, m’ont imposé un travail d’équipe, avec évidemment,  mes éditeurs, mais aussi une institutrice spécialisée pour le braille, mon interprète, une jeune aveugle, Sylvie Duchateau, qui a fait évoluer et simplifier les images. Ensuite cet album a changé ma vie,  parce que j’étais collée à ma table à dessin, il a ouvert ma porte et m’a mené d’écoles maternelles en bibliothèques dans un tour de France formidable, j’ai rencontré des centaines d’enfants et commencé à animer des ateliers d’écriture et d’illustration avec une vraie jubilation.

D’autres livres ont compté, surtout «Mamie l’or Rose» publié chez Syros avec Françoise Mateu qui était un premier roman,  là aussi il m’a fallu des encouragements appuyés d’amis auteurs pour me lancer. Mais comme le besoin de dire était très fort, j’ai été emportée par mon sujet, ma propre grand-mère,  ensuite ce sont les conseils et les demandes de ces éditeurs qui ont fait le reste.


Quel est le thème que vous aimez davantage traiter ?

J’aime beaucoup évoquer dans les romans des faits de sociétés, j’ai besoin d’avoir à dire, sur cette grand-mère, sur ma banlieue, sur les injustices de la justice,  sur les injustices que la vie fait aux enfants.

Pour les albums c’est un peu différent, j’aime aussi qu’ils disent quelque chose d’important, mais il y a une part de jeu dans le langage et dans l’image qui est essentielle.


- D’où est né votre premier livre/ illustration ?

Du désir de jouer et de faire des images, de donner à mes enfants et aux autres des espaces de plaisir, de rêves et de connaissances. Du désir de rendre ce que j’ai reçu par les livres.


- Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Plusieurs, un album qui me tient beaucoup à coeur sur la genèse,  j’ai un projet de roman sur la vie d’un enfant mineur au début du siècle dernier,  et sur une adolescente mal-aimée de la fin des années cinquante qui me ressemble.


- Ou et comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

J’espère pouvoir faire encore beaucoup de livres et d’albums et ne faire que cela, car j’ai souvent été empêchée par les contraintes de la vie quotidienne et la nécessité de devoir gagner ma vie avec ce métier si passionnant, mais aussi plein de difficultés.


Références

Littérature de jeunesse

- Des livres pour la jeunesse qui vous ont marqués petite ?

Beaucoup de livres, même ceux dans lesquels j’ai appris cet art difficile de la lecture, "Fauvette et sa chaumine", "le petit Gilbert"  illustré superbement par Ray Lambert avec lequel j’ai tant rêvé.

J’avais reçu d’un parrain mythique "Le petit Tailleur et autres contes" de Grimm illustré magistralement par Jean Morette, publié dans les grands albums Hachette.

Il y avait là des villes moyenâgeuses avec des contre-plongées, des foules animées et colorées. Des pages sombres chez les ogres qui m’effrayaient... Je sais aujourd’hui que ces images m’ont énormément marqué.

Un roman aussi m’a beaucoup touché et j’aimerais vraiment qu’il retrouve une seconde vie, parce qu’on parle peu de cette période importante. Il s’agit du  "voyage de Judy" publié aux éditions de l’Amitié, c’est le récit de la pérégrination d’une famille pauvre dans la grande crise économique des années 30 au travers de nombreux états d’Amérique, bien entendu, je n’avais pas tout compris, mais il a laissé des traces dans ma vie et dans ma construction.


- Quels sont vos auteurs-illustrateurs de référence ou qui pour vous développent une approche intéressante ?

Je suis très passionnée par l’histoire de la littérature de jeunesse, sans collectionner j’achète au gré des rencontres, ou des rééditons, Bernard Boutet de Monvel, Hansi, Benjamin Rabier, Félix Lorioux, Ida Bohatta, Ray Lambert, Samivel, ou bien des inconnus qui m’enthousiasment. Plus près de nous Maurice Sendak, Tomi Ungerer ou André François un grand précurseur, ou encore Janosch, Philippe Corentin, Wolf Erlbruch, Natali Fortier...

Et bien d’autres encore, je pense qu’il est très important de cultiver les différences, il faut donner à voir le plus largement possible, et offrir aux enfants le plus vaste choix d’images et de point de vue.

J’aimerais voir comme en Allemagne des musées consacrés aux images, le premier vient d’ouvrir en France, je lui souhaite longue vie et beaucoup de petits frères.



http://www.claire-nadaud.net

- le site de la charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse :

http://perso.wanadoo.fr/cielj/charte/

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Claire Nadaud

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