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Terra Migra

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 8 ans
Avec audio
: 9782075099370
20.00
euros

L'avis de Ricochet

Vite, vite, il faut découvrir et savourer le dernier opus de Pef avant la parution en septembre de son futur livre ! Incroyable aventure littérato-musicale dans laquelle l’artiste toujours en tête pour pointer du doigt ce qui ne devrait pas être montré, vise là encore ce qui est tellement montré que cela se fond dans le décor de crise, de guerre, et de misère ; « les maux tordus du monde »[1], le quotidien d’une majorité de l’humanité, mais qui cherche à changer son avenir : car n’est-ce pas là le souhait de chaque humain malheureux ?

L’aventure se décline en un bel album où Pef est à la manœuvre, puisqu’il illustre ses textes dans des doubles-pages très inspirées, avec une mise en couleurs minutieuse et spectaculaire de l’artiste peintre Geneviève Ferrier. Des pages d’un format modeste, qui se déploient pourtant comme le vaste écran du monde et des affres qui le secouent en jetant les hommes sur les routes, sur la mer, et même par-dessus bord depuis toujours. C’est l’ouverture à l’œuvre : sensible déjà, extrêmement mémorielle. Des premières grandes migrations climatiques, en passant par la conquête des océans, les razzias des conquistadores, les déportations esclavagistes ou de la (dé)colonisation, les génocides, pour arriver à l’histoire à peine plus récente des émigrés économiques, chassés par la désertification, la montée des eaux, la déforestation, l’hyper exploitation de l’homme par d’autres hommes : Pef dessine la nature humaine destructrice et égoïste qui déclenche les tsunamis et ranime la colère des volcans.

Mais l’auteur est écrivain, et poète aussi ; l’histoire est celle de deux gars « ben ordinaires »[2], qui échangent sur un quai de gare, ou dans un jardin public : Messieurs Cétainsy et Folespoir. Une conversation à bâtons rompus en vers rimés, pas toujours réguliers mais rythmés, et sonnant à l’oreille, où chacun égrène ses convictions : « Le mal autour de moi, je ne l’ai pas choisi, ce mal, c’est pour mon bien, m’a toujours dit la Vie » dit Cétainsy. Il représente la foule de ceux qui passent leur vie à travailler sans se poser trop de questions, mais sont souvent prêts à hurler avec les loups contre ceux que Monsieur Folespoir, poète de son état, va s’essayer à défendre : tous les êtres et les choses qui font de la Terre une entité vivante, trépidante et chuchotante dit le poète de « tant de langues étranges, mêlées, déboussolées, cousinées, dominées, dites mortes mais dont les mots survivent dans des livres (qui témoignent) qu’elles furent parlées », cette Terre où tout passe, circule : Terra migra, la troisième héroïne de ce long poème chanté, où le nombre de syllabes qui augmente parfois de vers en vers fait rouler le texte, ample comme le mouvement de la mer.  

Cette discussion autour des tracas du monde, dont Pef n’hésite pas à amplifier la clameur en évoquant la défense des animaux, la révolution du climat, ou encore les va-et-vient du commerce des légumes et fruits qui deviennent, sous sa plume inspirée, les migrants de la première heure, que les hommes d’alors se faisaient un honneur d’acclimater sous leurs tropiques tristes et pluvieux parfois… dans des voyages au long cours, quand les navires et les felouques traversaient les mers et les océans et nous ouvraient le monde, et ses merveilles. Mais sur l’ultime page du livre, ce qui s’échoue là, c’est l’enfance sacrifiée d’Aylan, ce petit garçon retrouvé noyé sur la plage en Sardaigne, où la rive dorée et chaleureuse en est restée toute glacée…

Or ce n’est pas tout à fait la fin de cette histoire, car l’album s’accompagne de l’enregistrement d’une nouvelle création musicale de Marc-Olivier Dupin où un ensemble violoncelles-contrebasse embrasse et guide les voix de nos trois personnages qui se font chanteurs, accompagné par le chœur d’enfants de la Maîtrise de Radio France. MOD dit de ce chœur qu’il est la trace de l’antique théâtre des Grecs dans cette œuvre de tumulte et de chaos ; les motifs de l’Aria, de la passacaille, du tango immergent la poésie dans la musique savante et populaire, et le thème de l’orage renforce l’importance de la Nature[3] dans ce qui est finalement une magnifique œuvre lyrique, tout à la fois théâtre, opéra, épopée.

Et c’est grâce à cette alliance entre une poésie au propos très actuel et à la forme très identifiable, et la voix universelle de la musique dite « classique », que le jeune public est invité à apprécier deux modes d’expression faussement réservés tout en réfléchissant sur le monde auquel il appartient… Une excellente raison de faire connaître cette œuvre à un très large public !

[1]Programme du Studio 104, de la Maison de la Radio.
[2] Comme chantait Robert Charlebois, un Québecois né d’un ancien déplacement, qui croyait aussi en la fraternité humaine.
[3] Programme du Studio 104, de la Maison de la Radio. 

Présentation par l'éditeur

« Je suis Terra Migra, mes sourires sont faits de fleurs, de chants d'oiseaux. Mes larmes sont de sel dans des rives lointaines. »


Ainsi s'adresse notre planète à deux personnages que le hasard a fait se rencontrer. L'un est fataliste, l'autre ouvert au monde. Ce monde-là est celui des migrants vivants ou en grand danger d'oubli. De quelle Histoire présente ou disparue viennent-ils

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