L'avis de RicochetKurt mène une vie tranquille de conducteur de chariot élévateur sur un quai de Norvège. Un jour, des concurrents immigrés s’installent à côté, et il manque de perdre son travail. Au même moment, il découvre des passagers clandestins dans un gros container. Pressé par sa femme, Kurt va cacher ces derniers à son patron. Mais ce n’est pas si facile, surtout quand l’arrivée du roi sur son yacht perturbe toute l’organisation…
Voici Kurt confronté au racisme, dans le rôle ingrat du… raciste. Flanqué d’un collègue qui n’aime le pâté de foie que norvégien et de son fils amoureux d’une petite clandestine, Kurt est chassé de la maison par sa femme, qui se veut excessivement chaleureuse et accueillante envers les sans papiers. Il regarde d’un mauvais oeil les immigrés d’en face lui « prendre » son travail et faire des acrobaties avec les chariots élévateurs. Heureusement pour le roman, cette intolérance se mâtine largement d’affects amoureux, et notre héros paraît surtout jaloux de Rashid qui impressionne tant sa femme. Le ton volontairement naïf et outrancier du récit suivi par un narrateur externe, les personnages simplistes, les illustrations enfantines (mais si signifiantes des émotions) relativisent aussi les problèmes évoqués, du moins les envisage avec distance. Il n’en reste pas moins que oui, des Norvégiens sont licenciés après la venue d’immigrés payés moins chers (et très désagréables, de surcroît), oui, un clandestin va se moquer de la femme de Kurt pourtant très généreuse (trop ? Archétype du blanc charitable, elle leur parle en articulant et criant – voir les majuscules de ses dialogues), et que, oui, le container devra repartir vers d’autres ports… Ce nouveau tome de la série des Kurt gagne en profondeur, dérange et nous renvoie aux contradictions, à la complexité des phénomènes d’immigration et de racisme. Même si c’est la tolérance qui gagne finalement, on reste songeur… et « la tête en cocotte-minute » ! Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : La Joie de LireAprès un passage dans l'enseignement, Francine Bouchet reprend la librairie La Joie de Lire à Genève en 1981, une des plus anciennes librairies jeunesse d'Europe ouverte en 1937. En 1987, elle crée les Editions La Joie de lire. Spécialisées en littérature jeunesse, elles ont fait découvrir des jeunes talents... |