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Les Ostrogoths

Sélection des rédacteurs
Roman
à partir de 13 ans
: 2895403465
12.00
euros

L'avis de Ricochet

Les enfants Dubois ont pour prénoms Clovis, Théodoric, Clodomir, Clotaire, Clotilde et Nantilde, alors tout le monde les surnomme les Ostrogoths (abusivement d’ailleurs, comme le souligne le narrateur Clovis). Leur père au chômage passe son temps à boire, leur mère vient de perdre son travail. Clovis s’occupe des petits, tout en surveillant les intentions du père…
Après Chevalier B., Martine Pouchain poursuit son exploration des héros du quotidien, jeunes garçons dont le courage premier est la capacité de résistance aux difficultés de la vie. Clovis n’est pas un écorché vif, mais un introverti extrêmement mature, qui hésite à se faire des amis parce qu’il va falloir les inviter à la maison, qui protège sa fratrie avec des petites mystifications (les crêpes à l’eau, c’est très festif). Le plus important pour lui est qu’ils restent tous ensemble, unis. Depuis qu’une assistante sociale lui a parlé, il a décidé de voir sa vie comme un film, où les séquences intenses, (l’apprentissage du piano chez une vieille voisine, un après-midi chez Idriss) sont entrecoupées de longs moments à vite oublier. Et en effet, il a intérêt à ne pas se rappeler certaines scènes de ce roman coup de poing, par exemple lorsque le père saoul bat la mère devant les enfants (p. 109). Martine Pouchain écrit avec sa justesse tranquille les extrémités auxquelles amènent la pauvreté et le désespoir, elle égrène page après page tout ce qu’un habituel roman jeunesse tairait, et, touché, le lecteur suit jusqu’à la tension tragique finale. A la manière d’un fait divers évité de justesse, Les Ostrogoths raconte la vie dans ce qu’elle a de plus bas et de plus haut. Et Martine Pouchain, décidément très inspirée, a eu l’excellente idée d’adjoindre à son roman le journal d’écriture qui l’a accompagné : Ecrire ? Aïe aïe aïe ! ou comment surmonter l’angoisse de la rédaction. Elle y raconte ses habitudes d’écriture, la genèse progressive des personnages et de l’intrigue, donne des versions différentes de certains passages, évoque ses relations avec les jeunes qu’elle va voir dans les collèges… Passionnant, par un auteur qui compte.