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L’Amour qu’on porte

Album
à partir de 5 ans
: 2745925555
11.50
euros

L'avis de Ricochet

C’est l’histoire d’une rituelle promenade dans la forêt, d’un père avec son fils, fils vêtu de ce rouge vif qui réchauffe le regard au milieu des pages aux teintes décolorées. Ce « fil rouge » nous guide durant cette promenade, qui essouffle et fatigue le petit garçon. Au retour, le père finit par porter son fils, exténué, sur ses épaules. Et quand ce dernier demande à son père s’il n’est pas trop lourd, il le rassure : « Ce qu’on porte avec amour n’est jamais trop lourd ». Le temps passe, le petit garçon grandit… sans jamais qu’il nous soit permis de quitter des yeux ce personnage aux vêtements rouges. Le jeune adolescent devient adulte, part et connaît l’amour éphémère d’une jeune fille. Première note de déception relative à l’amour. Le temps passe et nous en prenons toute la mesure en voyant vieillir ses parents, à qui il vient rendre visite de temps en temps.

Un jour, notre jeune adulte, vêtu de son manteau rouge, décide de refaire la promenade traditionnelle avec son père. Cette structure cyclique nous ramène subitement en arrière, comme si rien n’avait changé… Pourtant les choses sont quelque peu différentes à présent : le temps a passé, le paysage a été dénaturé, des usines ont poussé à l’horizon, … et les rôles se sont inversés. Au tour du père de se faire couvrir chaudement avant de sortir, de mettre ses pas dans les pas de géant de son fils, de se fatiguer, de trébucher… Mais l’expédition valait bien tous ces efforts : l’horizon offre ce même coucher de soleil qu’ils observaient jadis. Au retour, le fils finit par porter son père, exténué, sur ses épaules, et quand ce dernier demande à son fils s’il n’est pas trop lourd, il le rassure : « Ce qu’on porte avec amour n’est jamais trop lourd ».

Il aura suffit à Jo Hoestlandt et Carmen Segovia une vingtaine de pages d’un album aux teintes vieillies pour nous rappeler, à travers une histoire universelle qui ne nomme ses personnages ni ne désigne ses lieux, ce qu’est l’amour familial: cette petite tâche rouge tenace qui perdure au fil des pages, immuable malgré le temps qui passe. Ce sentiment qui se transmet au fil des générations, qui se doit d’être réciproque et demeure indispensable à tout être humain. Cet album est l’occasion d’évoquer, ou simplement d’effleurer, des thèmes probablement inconnus du jeune enfant : la vieillesse et la nostalgie, liés à la question du temps qui passe, la rupture sentimentale, l’urbanisation qui implique la dénaturation du paysage et parfois même sa destruction. Mais avant tout, cet album offrira, à tous les âges, une véritable leçon d’amour.


Céline Assémat. Etudiante en licence de Lettres Modernes, Université Versailles Saint-Quentin.