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Dedans dehors

Sélection des rédacteurs
Trapèze
Album
à partir de 3 ans
: 9782226399250
18.00
euros

L'avis de Ricochet

Voir la vie à travers le hublot, c’est contempler de l’intérieur ce qui est extérieur et où pourtant nous sommes inclus. Il suffit de changer de point de vue.

Qu’est-ce qui est premier ? L’œuf ou la cane ? C’est la première question que pose l’album Dedans Dehors d’Anne Margot Ramstein et Matthias Aregui. À l’intérieur de son œuf, le caneton est bien à l’étroit, il a même l’air perplexe quant à sa situation étriquée tandis que la cane sur la rive veille sur l’éclosion. Le thème est lancé, la mise en scène aussi : page gauche le « dedans », page droite, le « dehors », à gauche l’univers clos, à droite, l’univers ouvert. Entre les deux, une paroi visible ou non, et deux angles de vue d’une situation identique abordée sous deux angles différents.

Un spéléologue encordé descend dans une grotte hérissée de roches sombres ; à la surface, trois spéléologues attendent et aident leur camarade. Dans une chambre vide (et triste), un rideau déchiré enjambe une meurtrière. À l’extérieur, une femme aux longs cheveux d’or regagne la rive : c’est elle qui s’est échappée du château-fort.

Volontaire ou non, l’opposition dedans / dehors joue sur la notion enfermement / liberté sans qu’on sache clairement parfois qui est libre ou non. Ainsi de part et d’autre du grillage de la volière, quelles perruches sont libres ? Dans la ruche, les abeilles travailleuses sont-elles enfermées ? Allongé sur le canapé, devant un bon feu, un livre à la main, un homme est certes plus enfermé que les skieurs, skis aux pieds, assis dans le remonte-pente, mais qui est libre ? Sur le toit des immeubles, le voleur qui est entré par effraction dans le musée est libre, mais jusqu'à quand ?

Les auteurs ont construit leurs illustrations comme de véritables situations-problèmes : quel rapport entre ce cœur qui bat, énorme, occupant toute la place et ce petit point rouge qui tombe du pont pour un saut à l’élastique ? Les images se répondent : le tamanoir aspire la fourmilière où les fourmis s’empressent de travailler innocemment dans les galeries. Situation suivante, au bord de l’eau, une belle rêveuse s’apprête à croquer la pomme où un petit ver a creusé sa galerie. Est-ce lui qui sert d’appât au pêcheur de la situation suivante ?

Le chien chahuté par la tempête dans le voilier ressemble étrangement à celui qui attend calmement dans sa niche qu’on lui serve sa pâtée. Le château fort d’où s’est évadée la princesse a tout l’air d’être celui qui est emprisonné dans la boule à neige de l’épisode final. Enigmatique lui aussi, un vieil homme assis dans sa bibliothèque contemple l’extérieur : seul le regardeur que nous sommes peut voir la fenêtre éclairée au milieu de la régularité monotone et figée des maisons toutes alignées…

La froideur du traitement graphique contraste avec l’exubérance des situations, sorte de méli-mélo de réel et de fictions, au profit d’une jubilation, d’un vertige, d’une fascination que découvriront tous ceux qui aiment analyser les images. Impressionnant.

Présentation par l'éditeur

Après la notion de temps déclinée dans Avant-Après, c’est de l’espace dont il est question dans ce nouveau livre du duo Ramstein-Aregui.  
La narration se joue sur le contraste d’abord visuel, mais aussi sur des échelles d’impressions, de sensations, comme sur l’appréciation relative des évènements.
La double page donne un aperçu en simultané d’un même espace : l’intérieur d’un camion roulant sur