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Ami-ami

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 6 ans
: 2211065201
12.00
euros

L'avis de Ricochet

Rascal et Stéphane Girel signent un nouvel album entre rêverie et différence, entre amitié et imagination. Les illustrations sont somptueuses et le texte de Rascal n'enferme jamais le jeune lecteur dans une seule solution, mais sait au contraire inventer d'autres possibles. Un petit lapin blanc vit dans la vallée, seul et sans amis. Un méchant loup, noir et longiligne vit quant à lui sur la colline, et fait la douloureuse expérience de la solitude. Au hasard du chemin, il suffisait qu'ils se rencontrent ; surpris le lapin offre des fleur ; ravi, le loup lui propose de venir visiter sa maison. Mais l'amitié est parfois difficile. Pour la lapin seul vaut quelqu'un de semblable à lui. Pour le loup, ayant tant attendu l'amitié, toute personne doit être aimé comme il est. L'histoire semble sans fin et laisse une bonne part d'interrogation. Un livre qui ouvre débat, à lire en famille.

L'avis des internautes

Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs
le 10/17/2009 11:53

histoire très riche, c\'est mon livre préféré de littérature de jeunesse !

le 08/11/2007 22:04

ce livre m'a laissé comme un malaise, le loup mielleux qui prend le lapin dans ses bras m' a fait immédiatement à un adulte malintentionné vis à vis d'un enfant naïf, c'est à dire à lattitude d'un pédophile qui emporte sa proie. C'est bizarre c'est une première impression qui est restée tenace

le 01/25/2007 15:36

A priori, on est tenté de faire confiance au titre de l’album ; il s’agit d’une histoire d’amitié entre un loup et un lapin. Une amitié contre nature tout de même ; un loup et un lapin peuvent-ils être amis ? Dans la nature justement, les loups mangent les lapins. Cette amitié, si amitié il y a, risque donc d’être particulière et peut-être dangereuse pour le lapin.

Par ailleurs, si on fixe ce titre AMI-AMI au niveau du tiret central, on peut lire A-MIAM-I ; et ce ne peut pas être un hasard quand on sait que Rascal est l’anagramme de Lascar par permutation de la lettre initiale et de la lettre finale !

Comme pour encore mieux marquer l’aspect contre nature de cette amitié entre un loup et un lapin, cette double page fonctionne en grande partie sur l’opposition de deux mondes:
Dans le texte
Le grand méchant loup - Le gentil petit lapin
La grande maison noire – La petite maison blanche
Tout en bas de la vallée – Tout en haut de la vallée
Dans l’illustration :
La maison rectangulaire – La maison ronde
La fumée noire – La fumée blanche
L’eau du lac (chaude) - La neige des cimes (froide)

On retrouve cette opposition dans l’organisation du livre avec l’alternance régulière d’une page « lapin » et d’une page « loup » jusqu’au moment de la rencontre page 24.

Les marques d’opposition des pages 2 et 3 sont renforcées:
- La lapin se disait chaque matin…. Le loup se disait chaque soir…. (Au passage, on peut noter que l’imparfait est ici ambigu : s’agit-il d’une histoire complètement terminée, ou bien l’histoire se déroule-t-elle en même temps que le lecteur la découvre ? On verra plus loin combien la conjugaison a de l’importance dans le texte de cette histoire)
- Le loup est mince, tout en longueur comme ses fenêtres et ses cactus (plantes qui demandent peu d’entretien au contraire du bonzaï du lapin).
- Le lapin regarde l’intérieur de sa maison (à l’intérieur de lui même ?) ; le loup, lui, regarde dehors, par la fenêtre.
Enfin, et pour la première fois, le loup porte un tablier de cuisine…

Tout est courbes et rondeurs chez le lapin, sa silhouette, son nez, la table, le sous-verre, les lignes blanches de la tapisserie ; et le petit cœur du dossier de la chaise ne laisserait-il pas entendre que le lapin est amour…( de lui même) ?
L’aspect répétitif du texte plaira aux élèves de Maternelle.
L’effet miroir du texte du loup répondant à celui du lapin plaira aux élèves de cycle 2
La conjugaison comparée des textes des pages 7 et 9 intéressera les élèves de cycle 3 :
« Le jour où j’aurai un ami, je l’aimerai immensément. » dit le loup page 7. Le futur indique que ce jour arrivera… un jour… inévitablement.
« Le jour où j’aurai un ami, j’aimerais qu’il soit végétarien comme moi. » dit le lapin page 9. Le conditionnel semble indiquer qu’il faudrait un certain nombre de conditions pour que ce jour arrive, comme si le lapin ne souhaitait pas vraiment que ce jour advienne.

C’est enfin la rencontre. Le lecteur a dû attendre pendant plus de vingt pages que quelque chose se passe alors que le dénouement aura lieu en six pages seulement. On s’approche ici de la forme du roman policier classique. Et à ce sujet, il y aura bien crime, victime, assassin, mobile. Il ne manque que le détective, ce sera le lecteur…
Seul le loup avance ; son oeil et son allure déterminée sont terribles.
Pourtant le lapin ne semble pas effrayé, tout juste surpris, ce que confirme le texte « …le lapin sursaute et, ne sachant que faire, lui tendit la brassée de coquelicots qu’il venait de cueillir. »
Par ailleurs le texte continue à jouer sur les mots : « Un beau jour, ce jour-là arriva… ».
Le texte ment aussi : « Un beau jour…. Le … loup descendit dans la vallée…. Il l’aperçut en bordure d’un chemin … ». En fait le loup est descendu dans la vallée parce qu’il guettait sa proie depuis des jours et des jours et qu’il l’a enfin vu sortir de sa maison. Il n’y a pas de hasard dans cette rencontre comme le texte voudrait nous le faire croire
On se demande aussi, et les enfants ne manquent pas de le relever, pourquoi le lapin ne réagit-il pas comme un lapin, c’est-à-dire en s’enfuyant. Serait-il un peu stupide en plus d’être égoïste et narcissique ?

Sur la dernière page l’ellipse entre cette double page et la précédente est intéressante ; tout n’est pas dit dans le texte qui accompagne l’illustration.
Il n’évoque que l’entrée (inquiétante) des deux personnages : « D’un double tour de clé, il ouvrit la grande porte sombre, la referma et dit au petit lapin : « Moi, je t’aime comme tu es. » » A noter que le lapin n’est plus gentil…
Que s’est-il donc passé entre la dernière parole du loup « Moi, je t’aime comme tu es. » et le moment figé par l’illustration ?
- Les fleurs jonchent le sol ; y a-t-il eu lutte ?
- Les joues rouges du lapin semblent indiquer qu’il a couru ; a-t-il tenté de fuir ?
L’ambiguïté du texte « Moi, je t’aime comme tu es. » avec le changement de corps des caractères d’imprimerie fait écho avec l’ambiguïté du dessin des oreilles du lapin qui peuvent tout aussi bien être ses larmes (parce qu’il a compris qu’il va mourir) que deux gouttes de salive tombant de la bouche du loup savourant par avance le repas qu’il va faire. La présence de la table et du couvert dans le coin gauche de la pièce renforce cette interprétation. Les fleurs, elles ressemblent fort à des gouttes de sang…
Mais le texte ne dévoile rien, ne révèle rien ; c’est au lecteur d’imaginer l’horreur, le carnage, la fin de l’histoire. Bien des enfants maternelle et de cycle 2 s’y refusent et continuent d’espérer que le loup et le lapin vont devenir amis quand même, qu’il faut croire le texte et pas l’image. On aimerait qu’ils aient raison…

Quelques commentaires… discutables

- Les deux personnages sont antipathiques. Le loup, cruel, chasseur, obsédé par la faim, n’a qu’une idée en tête, manger le lapin. Le lapin, maniaque, égocentrique, n’arrive pas à entraîner la sympathie du lecteur. On peut même penser qu’il a mérité ce qu’il lui arrive ; comme l’a dit un élève de CE1 « Au lieu de causer avec le loup, il aurait mieux fait de s’enfuir tout de suite. » Le loup, lui, est conforme à sa nature : solitaire, carnivore. Là où il n’est plus comme un vrai loup, c’est quand il cache ses instincts sous une recherche typiquement humaine, l’amitié. C’est cela qui le rend tout de même antipathique.
- Ici se pose le problème de l’amitié. Peut-on être ami avec quelqu’un de différent de soi et jusqu’où cette différence est-elle acceptable ? Certaines amitiés ne sont-elles pas risquées ?
- Se pose aussi le problème du double langage. Un discours policé et en apparence bienveillant peut cacher de mauvaises intentions et faire oublier ce que tout le monde sait. Le loup n’est pas un simple loup, c’est un grand méchant loup… ce qui est répété à chaque page de l’album…
- La solitude est-elle dangereuse ? L’égoïsme conduit-il inévitablement à la catastrophe. Le monde n’est-il qu’une jungle de personnages mauvais uniquement guidés par leurs instincts tout juste masqués par leur discours hypocrite ?
- Une victime peut-elle mériter son sort ? Une victime peut-elle être antipathique ? Le lapin, comme le troisième petit cochon, n’aurait-il pas dû envisager l’attaque du loup au lieu de dessiner et collectionner des objets inutiles ? L’insouciance du lapin et sa naïveté ont fait son malheur devant la patience et le travail de guet du loup.

Jean-Luc Coupel Instituteur, Luçon

le 12/18/2006 18:19

Ce livre malgré les possibles interprétations positives s'adresse selon moi à des enfants d'un certain âge soit plutôt des enfants de 8 ans et plus.

Mais bravo à vous deux auteur et illustrateur.

le 12/02/2006 13:47

je l'ai lu à mon fils de 4 ans et il était inquiet pour le lapin. D'ailleurs il m'a dit: "moi, j'aime le lapin". Il est resté perplexe en voyant la fin... Merci pour vos albums qui ne manquent pas de "sel"! Je pense aussi à Poussin noir!

je suis fan... je ne sais pas si c'est le texte,les illustrations ou l'objet en lui-même ! Merci pour mes enfants

Présentation par l'éditeur


Ami-ami, de Rascal et Stéphane Girel a été distingué dans la catégorie Albums du Prix Sorcières 2003