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Michelle doit-on t'en vouloir d'avoir fait un selfie à Auschwitz ?

Sélection des rédacteurs
Théâtrales jeunesse
Théâtre
à partir de 14 ans
: 9782842607555
8.00
euros

L'avis de Ricochet

En 2014, une photo a fait scandale sur la Toile : il s’agissait d’un selfie posté sur un réseau social d’une jeune fille posant tout sourire à Auschwitz.

Ce fait divers numérique est devenu, trois ans après, l’argument de la pièce de Sylvain Levey Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? Le dramaturge nous fait en effet faire la connaissance d’une adolescente prénommée Michelle dont on apprend très rapidement que le père est mort depuis trois ans et qu’elle s’apprête à partir en voyage scolaire en Pologne. Et l’on suit cette jeune fille aux relations compliquées avec sa mère évoluer avec ses amis dans ce contexte très particulier du voyage scolaire et découvrir à sa façon le camp de la mort de Auschwitz. Et l’on assiste, également impuissant, à ce selfie devant les baraquements du camp de la mort, à cet acte aussi maladroit qu’irréfléchi de la part de la jeune protagoniste, lequel va déclencher une vague de haine à son encontre sur la Toile.

En plongeant le lecteur-spectateur dans ce monde adolescent et en faisant revivre cette histoire du point de vue de la personne qui en est à l’origine, Sylvain Levey nous plonge dans les méandres de cette société des «digital natives», autrement dit  de ces enfants nés avec le numérique, qui ont suivi et participé à son avènement. Or Michelle, à la naïveté extrêmement touchante, découvre avec une extrême violence  qu’elle est prise au piège de ces réseaux sociaux dont elle accroît le pouvoir d’un simple clic sur son smartphone. Elle comprend soudain que les valeurs morales de la société dans laquelle elle vit ne coïncident pas avec les règles de fonctionnement du monde 2.0. Le rapprochement provoquant dans le titre de la pièce du nom commun «selfie» et du nom propre si chargé d’Histoire et de honte de «Auschwitz» met d’ailleurs Michelle devant ses responsabilités d’être humain vivant en société ! Cette pièce souligne ainsi la schizophrénie que provoque cet univers numérique avec lequel composent ces ados oscillant entre leur personnalité d’adulte en construction et leur avatar numérique, hésitant entre entrer dans une vie réelle faite de compromis et s’enfermer dans une réalité virtuelle où règne l’immédiateté.

L’écriture théâtrale pour le moins originale voire iconoclaste de Sylvain Levey participe de cette réflexion sur le monde contemporain virtuel ou non. Pour restituer la modernité de la thématique traitée, l’auteur a par exemple recours à des avatars pour désigner les personnages ou à un langage propre à la communication par sms, et notamment aux smileys. Les lignes se brouillent alors entre réalité et fiction, spectacle vivant et communication non verbale, les comédiens semblant disparaître au profit de leur avatar. En poussant l’écriture théâtrale dans ses propres retranchements, il renouvelle le genre et incite le lecteur-spectateur à devenir partie prenante de l’histoire qui est jouée sous ses yeux.

Cette pièce à la fois engagée et «engageante», si vous nous pardonnez le néologisme, invite son public à réfléchir sur le monde actuel ainsi que sur la société du paraître que ce monde a lui-même construit via les réseaux sociaux. Elle met en garde contre la progressive déconstruction des valeurs de respect, d’honnêteté, de fraternité, et de liberté bien évidemment.

Une pièce à monter, vous l’aurez compris, et à démonter avec les adolescents et jeunes adultes, tant elle remue les méninges et invite à la discussion.

Présentation par l'éditeur

Qui est Michelle ? Ou plutôt  : qui est uneviedechat ? Une adolescente insouciante ou mal élevée ? On assiste ici à la confrontation de deux mondes : celui des « vieux », qui regardent défiler le paysage, et celui des jeunes, prompts à le mettre en boîte, ce beau décor, avec leurs smartphones tout équipés et ultraconnectés. C’est à ce nouveau monde qu’appartiennent Kim, Angèle, Michelle, Sélim et