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Loïc Gaume, de l’album à l’exposition

Loïc Gaume est auteur-illustrateur et graphiste. Il signe son premier album jeunesse aux éditions Thierry Magnier. Contes au carré a reçu une mention spéciale dans la catégorie  «Première œuvre» aux Bologna Ragazzi Awards 2017. Presque trois ans plus tard, une exposition ludique et itinérante, inspirée de l’album, voit le jour. Diplômé en communication graphique de l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles en 2008, Loïc Gaume vit et travaille à Bruxelles.

Isabelle Decuyper
5 novembre 2019

Cet article a initialement été publié dans la revue belge Lectures.Cultures (n°14, septembre-octobre 2019). Nous reproduisons ici le texte de l'article avec l'aimable autorisation de son auteure, Isabelle Decuyper, et de Lectures.Cultures. Les images proviennent des différents éditeurs et de Loïc Gaume.


Loïc Gaume
© Loïc Gaume

Petite bio
J’ai fait les arts appliqués à Besançon, un enseignement qui aborde à la fois le design, l’architecture, le graphisme… Puis, je me suis dirigé vers la communication graphique. J’ai continué mon cursus à Bruxelles, à La Cambre, il y a une quinzaine d’années, attiré par le  «Bauhaus belge». À l’époque, je dessinais quotidiennement c’est le début de l’édition: je publiais chaque mois un  «16 pages» de mes histoires, avec la volonté de raconter par le dessin. C’est aussi à cette époque que L’Association a commencé à publier mes récits. Puis, j’ai décidé de créer ma propre maison d’édition:  «Les Détails».
La rencontre avec Pascal Lemaître est importante. Il a été mon professeur, il assure le cours de narration visuelle et illustration à La Cambre. Aujourd’hui, je le seconde une partie de l’année. Il m’apprend beaucoup, par son expérience et son travail.
Ma pratique du dessin fait le lien entre bande dessinée et livres pour enfants, c’est la même chose. Je raconte autant des choses du quotidien dans mes carnets que je dessine pour des albums.

Une consécration à Bologne!
Contes au carré est un projet qui a commencé bien avant sa publication. La plupart des projets naissent de recherches, et pas toujours en vue d’un livre. Contes au carré est né d’une contrainte créative que je me suis donnée, celle de raconter avec le moins de mots et d’images possible. C’est la rencontre avec Camille Gautier, éditrice chez Thierry Magnier, qui a permis la publication de ce premier album.
La mention spéciale obtenue à Bologne est une superbe récompense! Le principe narratif et le ton incisif semblent avoir convaincu le jury! Il ne s’agit pas d’une interprétation ou d’un détournement de contes. Chaque conte s’y trouve en entier, mais raconté à  «l’essentiel». Sophie Van der Linden parle d’ «essentialisme». Pour cela, j’ai décortiqué les contes; le travail est énorme pour arriver à quelque chose de simple. Avec, d’abord, une étape assez longue d’écriture, puis de dessin. Cette réduction m’a révélé beaucoup sur la trame des contes.

Contes au carré
L'«essentialisme» des «Contes au carré» de Loïc Gaume (© Thierry Magnier)

Des influences?
Le travail de Jochen Gerner m’anime particulièrement, il s’agit également d’une rencontre importante dans mon parcours, le travail de Paul Cox ou encore de Bruno Gibert… Pour Contes au carré, on s’éloigne justement des illustrations habituelles des contes, on peut parler d’archétypes, comme le roi ou le loup. Un enfant qui ne sait pas lire comprend l’histoire, les adultes aussi s’y retrouvent, l’humour vient de la séquentialisation des contes.

Les techniques utilisées?
La plume et l’encre sur papier. Les dessins originaux sont plus petits que dans le livre, je les agrandis pour gagner en grain, en sensibilité. Les originaux montrent les recherches de la bonne forme, de la bonne attitude des personnages. C’est aussi pour cela qu’il me semblait nécessaire de les présenter à l’exposition.

Contes au carré, c’est aussi un jeu de cubes?
Oui, la maison des cultures de Molenbeek m’a invité pour des ateliers autour du livre. J’ai imaginé quatre cubes: un cube pour les personnages, un autre pour l’action, etc. Les enfants se sont pris au jeu en inventant des situations improbables! D’autres cubes de Contes au carré font maintenant partie de la collection de la maison ABC.

Contes au carré, c’est aussi une exposition?
Il s’agit d’une première expérience pour moi dans la conception d’une telle exposition, ludique et interactive. Sur invitation de  «La langue française en fête» 2019, j’ai imaginé une exposition pour les enfants et les adultes, comme un espace pour entrer dans l’univers du livre et de ma démarche, par le biais du jeu. Une des activités propose de restituer quatre contes sur un grand tapis quadrillé, en replaçant dans le bon ordre les images extraites du livre, sans les textes. Les visiteurs se rendent compte que ce n’est pas si évident! On y trouve aussi une couverture et dix pages géantes. Il s’agit d’une exposition itinérante, amenée à circuler durant trois ans en Belgique. Une capsule vidéo de l’exposition a été réalisée à cette occasion.

L’accueil de Contes au carré a été très bon, tant par la critique, les familles que les écoles. Il y a aussi eu les versions en coréen, espagnol (éditeur argentin) et chinois. Cela m’a encouragé à réitérer une écriture  «au carré» avec, cette fois, les récits de la mythologie grecque. Un nouveau défi. Comme pour les contes, le principe est de résumer en quatre étapes les principales époques de la mythologie grecque.
Mythes au carré est prévu pour la rentrée 2020 avec Thierry Magnier.

Et d’autres publications?
Entre-temps, il y a eu l’album Catastrophes! avec Thierry Magnier, un récit en randonnée, où l’on suit un personnage dénommé Monsieur qui va de catastrophes en surprises... Un livre où une série de catastrophes insolites (un carambolage, une avalanche, un looping...) apparaissent à travers des découpes dans le papier. Ces découpes invitent à imaginer le rebondissement à venir.
Comme pour Contes au carré, je me suis fixé une règle de jeu, de construire le récit avec la couleur et les découpes.
Il y a aussi l’album Plus de place! avec Versant Sud Jeunesse, pour la rentrée 2019. L’humour guide le récit, il vient des jeux de mots animaliers dont l’album est truffé (un lapin rusé comme un renard, un renard doux comme un agneau…). L’humour vient aussi de la surprise dans les illustrations, par un jeu graphique de cache-cache: une partie de chaque animal (une oreille, les moustaches) dépasse derrière un animal plus grand.

Plus de place et catastrophes
«Catastrophes!» et «Plus de place!» de Loïc Gaume (© Thierry Magnier et Versant Sud Jeunesse)

Et du côté des revues?
Je participe à la revue Cuistax depuis le numéro 1. J’y développe des imagiers-jeux avec, en tête, la volonté que l’enfant apprenne des choses par le jeu et des images stimulantes. Dans le Compilax, j’explique pourquoi il existe diverses formes de becs d’oiseaux à travers un inventaire de becs et quelques lignes d’explication. J’ai réalisé la couverture de la revue Hors Cadre[s] n° 20 consacrée à la  «nouvelle génération», c’était un privilège de succéder à de grands noms. Et aussi la publication thématique sur l’humour: Ha ha ha! Des livres jeunesse pour rire, éditée par le Service général des Lettres et du Livre!

Ah Ah Ah
Ha ha ha! Des livres jeunesse pour rire (© Service général des Lettres et du Livre)

De belles rencontres?
J’étais invité en septembre dernier au festival Tabook en Tchéquie, organisé par Tereza Horváthová et Juraj Horváth, pour une exposition et un workshop. Des rencontres marquantes et stimulantes avec Olivier Douzou, Eva Lindström et Sophia Martineck... La même année, j’étais invité, au festival Jungle à Liège mené, entre autres, par Vincent Mathy, à donner un workshop avec les étudiants en illustration de Saint-Luc. Je rencontre régulièrement les élèves d’écoles primaires autour de Contes au carré en Belgique, et en France lors de festivals de littérature jeunesse.


Infos
www.loicgaume.com
www.loicgaume.blogspot.be
Le cahier du visiteur de l’exposition Contes au carré est consultable sur la page de l’auteur sur le site de Thierry Magnier
Un dossier pédagogique existe sur le site de l’éditeur

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