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Auteur-e-s en hauteur: festival de rencontres littéraires pour petit·e·s et grand·e·s

Le mois passé, l’équipe de Ricochet a accueilli dans ses locaux Sophie Aubort, la fondatrice du festival de rencontres littéraires Auteur-e-s en hauteur dont la troisième édition est en cours. Celle-ci a débuté le 3 mai avec un après-midi BD en compagnie de Derib, Arnaud de Ribaupierre et Krel. Le thème 2025 du festival est «L’écriture sous toutes ses formes» et promet des rencontres riches et variées avec des personnalités du monde littéraire suisse, actives dans le milieu du manga, de l’album jeunesse et de la bande dessinée, mais aussi avec des professionnels du cinéma d’animation ou encore du journalisme! Les visiteur·euse·s pourront compter, entre autres, sur la présence du réalisateur Claude Barras, de la mangaka Yami Shin ou de la marraine de cette édition Karine Yoakim-Pasquier, autrice jeunesse et adulte passionnée de théâtre. Sophie Aubort nous en dit un peu plus sur le festival… 

Vignette - Auteur-e-s en hauteur
Cátia Reis Da Costa
19 mai 2025

Auteur-e-s en hauteur
Une après-midi BD à Auteur-e-s en hauteur, de gauche à droite: Karine Yoakim Pasquier, Arnaud de Ribaupierre, Sophie Aubort et Derib (©Sophie Aubort)

Littérature à mille mètres d’altitude
Auteur-e-s en hauteur se déroule de mai à décembre et propose en moyenne une rencontre par mois (cf. encadré à la fin de l’article). En dehors de ces rendez-vous mensuels, le festival donne la possibilité de participer à diverses activités comme des balades gourmandes, des soirées de lecture au coin du feu ou des ateliers d’écriture. 

Pour ses deux premières éditions, le festival avait lieu à Villard-sur-Chamby, mais c’est désormais aux Avants, dans les hauts de Montreux (où Sophie Aubort dispose d’un petit local), qu’il a élu domicile. Un choix de lieu «conscient» et «ambitieux» pour reprendre les mots de la jeune femme. Si elle reconnaît un certain manque de praticité à un village de montagne par rapport à ce que peut offrir un centre urbain, elle souligne les formidables potentialités d’un décor «bucolique»: «Se retrouver dans un environnement vert, calme et un peu différent du quotidien permet forcément une autre porosité à ce qu’on va recevoir». Et d’ajouter avec conviction: «L’alliance de la nature et de la littérature, cela donne quelque chose de puissant et d’authentique». Au-delà de cette situation géographique singulière, Sophie Aubort a porté une attention toute particulière au confort du public lorsqu’elle a aménagé le nouvel espace de rencontres. «J’ai essayé de créer un cadre extrêmement doux et accueillant, propice au tissage de liens et au partage», nous confie-t-elle. Et on peut vous l’assurer, le pari est pleinement réussi: lorsqu’on pousse la porte de «l’arcade» Auteur-e-s en hauteur, un sentiment de bien-être nous enveloppe immédiatement. Les solides étagères remplies de livres, le mobilier vintage, le poêle à bois et les élégants lustres au plafond y sont sans doute pour quelque chose, tout comme la gentillesse et la convivialité de notre hôte. Le local revêt une double fonction: il permet non seulement d’accueillir le public (30 à 40 personnes) lors des rencontres mensuelles, mais il est aussi pensé comme un espace de détente: tous les lundis soir, de 19h30 à 21h30, en marge de la programmation officielle, celles et ceux qui le désirent peuvent venir passer un petit moment de lecture «hors du temps». Certaines personnes apportent leur propres livres, tandis que d’autres préfèrent piocher dans les bibliothèques richement fournies (qui comportent principalement des ouvrages suisses et des coups de cœur personnels de Sophie Aubort) à la découverte de nouvelles histoires. La formule fonctionne très bien: «Une fois installés, les gens ne veulent plus repartir!», nous avoue notre interlocutrice avec un sourire amusé. 

Auteur-e-s en hauteur
L'organisatrice couronnée de narcisses et l'intérieur cozy du local (©Sophie Aubort, ©Damien Tornincasa)

Huit mois d’événements littéraires
L’autre spécificité de ce festival tient à sa temporalité. Au lieu d’être concentré sur un ou deux jours, il s’étend sur plus d’un semestre, ce qui demande une très grande organisation. Une logistique que Sophie Aubort trouve passionnante; elle la compare à un puzzle auquel elle rajoute de nombreuses pièces au fil des mois. Lors de l’élaboration de son programme, elle est particulièrement attentive à la diversité et la complémentarité des intervenant·e·s. «Il faut essayer de trouver une cohérence agréable pour que les personnes qui prennent l’abonnement fassent de belles découvertes à chacune des huit rencontres», précise-t-elle. Pour choisir les invité·e·s, Sophie Aubort peut d’ailleurs compter sur les recommandations du public qui l’interpelle à la fois sur les réseaux sociaux et en personne: «Je suis à l’écoute des demandes et des souhaits des gens et je m’intéresse aussi beaucoup à leurs lectures. J’essaie vraiment d’axer le festival dans cette direction-là». 

Découverte de la scène suisse
À l’origine, la volonté de créer ce festival est partie d’un manque de connaissances de l’organisatrice vis-à-vis de la scène littéraire suisse. Comme nous pouvons le lire sur le site de l’événement, c’est avec le désir d’«augmenter sa culture locale» et de «valoriser les artistes de la région» que Sophie Aubort s’est lancée dans ce projet un peu fou. Elle avait aussi envie de «faire découvrir des nouveaux talents et des écrits moins mis en avant par les médias». Lorsqu’on lui demande ce qu’il en est aujourd’hui, la jeune femme nous répond avec beaucoup de modestie: «En trois ans, je n’ai fait qu’un pas de fourmi dans l’immensité de la littérature suisse! J’ai découvert un monde passionnant qui m’anime chaque jour un peu plus; c’est un vrai cadeau. J’aimerais tant pouvoir me démultiplier pour encore mieux l’explorer.» 

Si l’amour de Sophie Aubort pour l’objet livre ne fait aucun doute, on sent également chez elle beaucoup de respect pour l’ensemble des acteur·rice·s du domaine. «Chaque livre devient une pépite dès lors que l’on prend conscience que l’auteur·rice y a consacré beaucoup de temps et y a mis un peu de sa propre histoire et un peu de ses rêves», constate l’organisatrice, avant de compléter: «Et c’est la même chose pour l’illustrateur·rice ou la maison d’édition. Je trouve cela fantastique!».  

La douceur de la littérature jeunesse
Parmi toutes les «pépites» que Sophie Aubort a dénichées ces dernières années, le roman jeunesse L’allumeur de réverbères de Nathalie Wyss occupe une place à part: «Ce livre-là m’a particulièrement marquée. Je peux même dire qu’il y a un “avant” et un “après” L’allumeur de réverbères». La jeune femme admire la manière dont cette histoire de solidarité est capable de «faire surgir la vie et de réveiller quelque chose d’inné». Cette lecture, comme d’autres, ont permis à Sophie Aubort de changer son regard sur les récits pour les plus jeunes: «Avant de créer le festival, je pensais que la littérature jeunesse était uniquement destinée aux enfants; aujourd’hui, je suis la première à aller chercher des livres dans les rayons jeunesse pour mon propre plaisir». Elle trouve que les histoires pour les enfants vont à l’essentiel; elles sont douces et inspirantes et possèdent cette faculté incroyable de parler à tout le monde. Et, lorsqu’on évoque avec elle le rapport parfois très hiérarchisé entre littérature générale et littérature jeunesse, Sophie Aubort ne craint pas de mettre les point sur les i: «Je pense que c’est grâce à la littérature jeunesse que le livre existe encore!». 

COuvertures livres
Trois romans récents de l'autrice Nathalie Wyss qui sera présente cette année (©Oskar, ©Milan, ©Éditions du Croche-Patte)

Au vu de ce positionnement, rien d’étonnant à ce que Auteur-e-s en hauteur soit pensé aussi pour les plus petit·e·s. Lorsqu’on demande à l’organisatrice de décrire son festival à un enfant qui ne le connaîtrait pas, sa réponse est teintée d’onirisme: «Je dirais que c’est un endroit où on invite le rêve. Le rêve des auteur·rice·s qui s’est concrétisé mais aussi le rêve d’épanouissement des lecteur·rice·s par la littérature». Elle insiste aussi sur les valeurs humaines: «C’est un endroit où on va avoir beaucoup de respect non seulement pour l’enfant à proprement parler mais aussi pour l’enfant qui est devenu adulte. Je crois en effet qu’en chaque adulte vit un enfant qui existe encore et je pense que c’est très important de le reconnaître et de le cultiver».  

Une approche bienveillante qui porte ses fruits, notamment chez les ados. «J’ai vu plusieurs jeunes trouver, grâce au festival, un espace où ils peuvent enfin entrer en contact avec des camarades qui partagent les mêmes intérêts. Beaucoup d’enfants et de jeunes ne se retrouvent pas dans le sport ou dans le fonctionnement scolaire. À travers les rencontres de Auteur-e-s en hauteur, ils et elles ont la possibilité de fréquenter des personnes qui ont les mêmes passions et les mêmes affinités. Il y a parfois ce soupir de soulagement et ces sourires qui se redessinent spontanément sur les visages alors que, d’après certains parents, cela faisait plusieurs mois que ce n’était pas arrivé». 

Sophie Aubort désire transmettre l’idée que «peu importe les difficultés ou les barrages, si on rencontre la bonne citation, la bonne histoire, le bon livre, on peut alors trouver des repères, se dépasser et aller un peu plus loin pour soi.» Et plutôt que d’essayer de convaincre qu’une œuvre est meilleure qu’une autre, Sophie Aubort désire «montrer une palette de couleurs où chacun et chacune vient se servir de ce dont il ou elle a besoin pour sa vie à un moment donné». Un festival, donc, comme une parenthèse enchantée pour colorer le quotidien. 

Vitrine
Un festival qui apporte de la lumière et du rêve (©Damien Tornincasa) 

Programme du festival

Affiche

Ci-dessous, les dates des rencontres à venir qui se dérouleront, sauf changements, de 14h à 16h30 à l’Arcade de Auteur-e-s en hauteur, aux Avants (Rendez-vous sur le site pour le programme détaillé et les inscriptions).  

  • 7 juin: Rencontre avec Nathalie Wyss (autrice) et Candice Willenegger (illustratrice) pour la présentation de leur toute récente collaboration sur le roman Le facteur. Cédric Stettler sera également présent pour un atelier découverte autour de la montgolfière!
  • 5 juillet: Rencontre avec Claude Barras, le réalisateur de Ma vie de Courgette (2017) et plus récemment de Sauvages (2023) pour un après-midi autour de l’écriture scénaristique et de l’utilisation du stop motion!
  • 30 août: Cap sur le secourisme dans l’ambiance de la fête au village des Avants avec Natacha Farquet, autrice de la série de romans jeunesse «Graine de secouriste». À la même date, rendez-vous avec Cathy Roggen-Crausaz pour des cueillettes sauvages.
  • 6 septembre: Rendez-vous avec Vincent Kucholl qui parlera de son parcours et de l’écriture à travers son expérience d’humoriste et journaliste.
  • 4 octobre : Yami Shin, mangaka suisse internationalement reconnue, viendra partager un moment autour du monde du manga et de sa série de bande-dessinée japonaise «Green Mechanic».
  • 1er novembre: Rencontre avec Lionel Tardy et l’univers japonais et dystopique qu’il décline dans sa série de romans «Les aventures de Kanako Sawada».
  • 14 novembre: Nuit du conte avec la marraine du festival Karine Yoakim Pasquier.
  • 6 décembre: La dernière date du festival sera l’occasion de découvrir l’écriture de podcast et de comédie musicale avec Christine Pompeï, autrice jeunesse, qui nous en dira plus sur ces deux formes d’écritures.