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Salam, maman

Sélection des rédacteurs
Marguerite Pozzoli
Roman
à partir de 14 ans
: 9782844208095
18.00
euros

L'avis de Ricochet

Hamid Ziarati est né à Téhéran en 1966 et il s’est installé en Italie en 1981. Lorsque son premier fils, Dario, est né, il a éprouvé le besoin d’écrire en italien cette chronique familiale dans laquelle il raconte son enfance et son adolescence en Iran, à une période charnière de l’histoire du pays. Ce afin que son fils « comprenne l’autre moitié de moi-même. », dit-il dans la dédicace du roman.
Le jeune Ali en est le narrateur. Il vit à Téhéran, sous le régime du shah, dans une famille unie et relativement aisée. Son père est chauffeur de taxi et il connaît par cœur le nom de toutes les rues de Téhéran, ce qui n’est pas une mince affaire quand on connaît le gigantisme de la capitale iranienne ; sa mère est couturière mais elle a arrêté de travailler pour élever ses quatre enfants. Ali a un frère et une sœur aînés, Puyan et Pari, jumeaux nés à quelques heures d’intervalle, et Parvin, une sœur plus jeune.
Le récit est construit en cinq longs chapitres qui commencent tous par un rêve que fait Ali, dans lequel il court et il est poursuivi, menacé. Il s’ouvre par l’évocation de la fête du jour de l’an qui, selon le calendrier iranien, commence le jour du printemps, une cérémonie très codifiée et soigneusement orchestrée par la mère d’Ali qui veille au moindre détail et est heureuse de voir sa famille réunie sous le korsi, une grande table basse garnie d’une couette que l’on installe les mois d’hiver. Ce début du roman marque aussi la fin de l’insouciance pour la famille car les nuages s’amoncèlent sur Téhéran, les manifestations contre le shah s’intensifient tout comme la répression. Ali raconte l’école, les études de ses frères et sœurs, le prix des denrées qui augmentent sans cesse, les photos que prend Puyan qui veut devenir photographe. Et puis le départ de Pani pour les Etats-Unis, l’arrestation de Puyan après une manifestation, la dépression de Parvin qui ne supporte pas le départ de sa grande sœur, la maison qui se vide peu à peu, la difficulté à vivre le quotidien, les sacrifices de ses parents pour aider leurs enfants à réussir, la fuite de Puyan après sa libération. Puis le changement de régime qui s’amorce, le départ du shah, l’arrivée en Iran de Khomeini, la révolution en marche …
Mêlant habilement l’histoire familiale et la grande Histoire, ce roman est précieux et passionnant car il nous donne une image très précise de l’Iran, fourmillant de détails, montrant un pays à la fois étrange et proche, et des personnes éloignées de nous par les traditions différentes mais familières en même temps car soucieuses des mêmes choses : harmonie familiale, importance de la réussite des études, parents présents et aimants.
Le grand public connait surtout l’Iran grâce au Persepolis, de Marjane Satrapi. Ce Salam, maman, s’avère le bienvenu pour entrer avec un autre point de vue (celui d’un enfant puis d’un adolescent) dans l’histoire et la vie des Iraniens. Un très beau livre.