Ce cahier est pour toi


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Ce cahier est pour toi

Ce cahier est pour toi

Auteur : Valérie Dayre
Editeur : La Joie de Lire
Collection : Récits
Août 2008 - 7,50 Euros
Roman à partir de 14 ans
Ce livre fait partie de la sélection de Ricochet
Thèmes : Maladie, Vieillesse

L'avis de Ricochet

Granninouchka, la grand-mère de Gaspard, semble perdre la tête et devenir dangereuse pour elle-même. Sa fille la fait mettre en maison de retraite, ce que la vieille dame accepte très mal. Elle entame alors un cahier pour son petit-fils, dans lequel elle raconte son quotidien débilitant, ses rencontres avec un petit garçon dans une maison au fond du parc… Mais y a-t-il vraiment une maison au fond du parc ?
Dans son journal, la narratrice est d’abord certaine de son esprit sain, et logiquement rebelle à tout traitement. Peu à peu, elle va avoir du mal à se rappeler les jours qui passent, et commencer à noter ses journées non plus pour se plaindre à Gaspard, mais pour pouvoir vérifier le lendemain ce qu’elle a fait la veille. Le doute s’installe, Granninouchka hésite sur la réalité de ses rencontres avec ce petit garçon au fond du parc, dont les âges variables, les habits désuets et la solitude sont tout de même très étranges. Son discours devient ensuite incohérent, réactif à la présence de sa fille qu’elle considère comme une traître. La vieille dame ne supporte plus que Gaspard, seul capable de l’accrocher à la réalité et de la pousser à une ultime tentative pour se rappeler, pour vivre. Ce récit poignant se dévore, tout en variations subtiles sur le fil de la mémoire défaillante. La frontière entre folie et réalité oscille constamment, semant le trouble chez le lecteur qui interprètera à sa guise le fantôme du petit garçon : vrai souvenir, métaphore du temps qui passe… ? On a rarement écrit avec autant de sensibilité, sans lyrisme déplacé, sur la vieillesse et la maladie d’Alzheimer, et on appréciera le talent diversifié de Valérie Dayre, puisque Ce Cahier est pour toi se veut la suite du drôlissime Virus. A lire à partir de 14 ans.

Sophie Pilaire
Voir la chronique de Sophie Pilaire

L'éditeur : La Joie de Lire

Après un passage dans l'enseignement, Francine Bouchet reprend la librairie La Joie de Lire à Genève en 1981, une des plus anciennes librairies jeunesse d'Europe ouverte en 1937. En 1987, elle crée les Editions La Joie de lire. Spécialisées en littérature jeunesse, elles ont fait découvrir des jeunes talents...

L'avis des internautes

(Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs)
Ce cahier est pour toi, le dernier roman de Valérie Dayre aux éditions La Joie de lire, se présente comme le journal de bord d’un esprit à la dérive. Internée dans un hospice spécialisé parce qu’elle perd la tête, une grand-mère raconte son quotidien dans un « cahier intime ». Ce témoignage sincère, qui aurait valeur clinique s’il n’était une création d’écrivain, Granninouchka (personnage récurent de Valérie Dayre) le destine à son petit-fils Gaspard, à qui elle est liée par une grande complicité (voir Virus chez le même éditeur). Celle qu’une partie de la famille a déjà condamnée à ne plus être un individu à part entière, parle avec bonhomie de ses défaillances, et montre aussi qu’elle n’est pas dupe des changements d’attitudes qui s’opèrent autour d’elle. Juste avant de sombrer, c’est un dernier effort de lucidité pour sauver sa mémoire.
Seule donc, mais comptant sur l’intelligence de l’enfant face au détournement des adultes, cette vieille dame, trahie par ses facultés mentales mais pleine de ressources et de curiosité, assume avec un courage d’explorateur ses incursions dans un monde hallucinatoire et fantasmé. Chacun tentera de comprendre les symboles mystérieux qui se cachent derrière les apparitions d’un enfant et d’un adolescent aux propos énigmatiques, au fond d’un parc à deux visages, où les allées de gravier crissent sous les pas traînant de ceux qui ont renoncé, et où la terre meuble et vivante du sous-bois envoûte les rêves de celle qui n’en a pas fini avec la vie.
Ce livre délicat, que le titre transforme en cahier pour chacun et dont la photo de couverture est comme une porte ouverte vers le monde évoqué dans ses pages, nous dit une chose essentielle : qu’on soit ancré dans le réel ou plongé dans l’imaginaire, fut-il issu d’un dérèglement, c’est toujours le sens de la vie qui est la quête de chacun.

Commentaire posté le 27/09/2008 11:04 par dakodak11@voila.fr