L'avis de RicochetLe dernier roman d’Arnaud Cathrine, c’est d’abord une atmosphère : Berlin après la chute du mur, l’hiver, le gel, les avenues et les parcs. Une atmosphère glaciale, fait d’ombres et de nuits, de cassures et de vents. On retrouve ici cette précision qu’affectionne tant Arnaud Cathrine, ces glissements cinématographiques qui font, qu’avec lui, le lecteur est toujours entre deux mondes, dans une transition qui rime avec un voyage incertain. En de courts chapitres, Arnaud Cathrine dessine des rendez-vous manqués, des attentes interminables, des déceptions et des joies à peine effleurées.
Le lecteur plonge d’abord dans la vie de Jakob, jeune collégien apparemment sans histoire. Son père est parti un jour, sans rien dire, pour Francfort. Sa mère s’efforce de survivre, reprenant un travail de serveuse, entourant son fils par mille attentions. Sauf, que ce soir là, la mère de Jakob ne rentre pas. Le jeune garçon tente d’abord de faire comme si elle allait revenir (il met deux tasses, passe l’aspirateur, paie les factures). Et bien vite c’est l’attente, le temps semble disparaître devant la fenêtre (on retrouve ici une des images souvent décrites dans les autres romans d’Arnaud Cathrine). Jakob nage entre deux sentiments : faire semblant et vouloir cacher cette soudaine disparition (même à son meilleur ami). Pour conjurer l’angoisse, Jakob tente alors de faire des choses dont il n’avait pas l’habitude : il invite un ami à la maison, il va le soir à une fête dans un squat alternatif, tenu par Grace, un travesti noir américain.
Dans un second temps, le lecteur croise la vie d’Anna. Après un an passé à Paris, la jeune femme revient à Berlin. Anna souhaite retrouver son amour passé, le jeune et beau Bastian. Puis tout à coup c’est le drame : on lui annonce la mort du jeune homme. Bientôt, la ville n’est que hasard et errance, souvenirs et absences. Anna se réfugie alors chez Grace.
Tout porte à croire que ces deux vies, ces deux destins, vont se croiser. Lui, Jakob, l’adolescent abandonné qui n’a qu’une envie : accélerer le temps. Elle, incapable d’oublier son amour défunt. Le choix de squat n’est pas innocent. Comme souvent chez Arnaud Cathrine, c’est une espèce de non-lieu, un espace surgit de nulle part, où tout est possible. Certes la rencontre aura lieu, les mots seront possibles. Certes Jakob retrouvera sa mère, Anna tentera d’oublier en retournant à Paris. Mais le non-dit est, jusqu’à la fin, partout présent. Un fait de vie sans importance en somme, où l’on ressort avec mille questions. A l’instar de ses aînés (on pense presque naturellement à Carson McCullers), Arnaud Cathrine réussit tout à la fois à condenser les choses les plus banales et à frapper l’imaginaire du lecteur par des petits secrets indicibles. Un beau roman. L'éditeur : Ecole des Loisirs (L')En marge de la maison d'édition scolaire "L'Ecole", Jean Fabre crée en 1965 les éditions de L'Ecole des Loisirs. Avec Jean Delas et Arthur Hubschmid, ils vont constituer, au cours des années, un fonds de valeurs sûres de l'édition de jeunesse, venant du monde entier, qui leur permettra d'imposer leurs... |
L'avis des internautes
(Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs)il s'exprime peut être avec des mots familiers parfois.. mais je le sens dans sa façon d'écrire ect.. Voilà