L'avis de Ricochet« Zoé sera laide. Elle l’était, elle l’est encore, et le sera toujours.
Quatorze ans. Son miroir a changé. Elle se regarde en tournant la tête, un peu de profil, essaie de croire que son nez lui paraît énorme parce qu’il est plus proche du miroir que le reste du visage, alors qu’en réalité, il est juste gros. Et son cou, modèle chèvre, ses cheveux tombant bêtement, comme ils peuvent, sans soucis de formes, fatigués et bruns. Pas marron ou noisette, pas châtain clair, juste bruns. […]
Maintenant elle est au courant. C’est son cadeau d’anniversaire. Tu as reçu quoi pour tes quatorze ans ? J’ai appris que j’étais laide. Elle le sait une fois pour toutes grâce à Walter, qui est beau au point d’être son premier amour impossible. »
Ainsi commence cette chronique consacrée aux difficultés d’une adolescente confrontée à une évidence terrible : la laideur. Zoé doit vivre avec cela, avec cette douleur installée à jamais au fond d’elle et la vie qu’elle mène au sein d’une famille brinquebalante n’arrange rien. Son père, au chômage, se noie dans la bière ; sa mère s’aigrit ; Angélique, sa jolie grande sœur, finit par quitter la maison ; Marine, la petite dernière, n’aime que la télévision, et Johan, son frère, alterne foot et bière.
Alors, que reste-t-il à Zoé pour tenter d’exister ? La méchanceté et la dérision peut-être. Elle décide de créer un club de moches, bientôt rebaptisé le « club des mouches », auquel adhèrent quelques filles peu gâtées par la nature mais non dénuées d’humour, et un seul garçon. Mais la vie ne s’arrange pas et la famille se disloque. Zoé tente de survivre à tout cela, devient gothique pour un temps, connaît quelques expériences malheureuses. Puis une idée surgit comme une évidence : elle ne doit pas se cacher, mais se montrer au contraire, se mettre en scène, utiliser l’humour comme une arme et une bouée. C’est à ce prix qu’elle pourra devenir une autre fille.
On traite rarement de ce sujet de manière aussi lucide dans les romans consacrés à l’adolescence. Luc Baba s’empare de cela avec une énergie et une rage incroyables et sa Zoé est un beau personnage, à la fois blessée mais forte, qui réussit à rester debout dans un environnement plus que chaotique. Saluons l’élégance de l’écriture, les mots ciselés, les images poétiques de Luc Baba, écrivain mais aussi poète et chanteur.
Catherine Gentile Voir la chronique de Catherine Gentile
Brève présentation par l'éditeurAvant ce matin-là, Zoé allait son chemin, tranquille. « Tu as reçu quoi pour tes quatorze ans ? J’ai appris que j’étais laide. » Elle le sait une fois pour toutes grâce à Walter, beau au point d’être son premier amour impossible. Dans la famille, il y a Marine la petite dernière scotchée devant la télé sur les genoux de son père, Johan un frère, pas très beau, pas très gentil qui aime beaucoup la bière et le foot, Angélique la sœur aînée,elle est jolie ; le père, toujours une bière tiède au poing et la mère, grise et triste qui rêve de repas de famille joyeux. Alors Zoé va tenter la méchanceté, elle va devenir assez bonne à ce jeu-là, mais pas la meilleure. Au collège, elle crée un club de moches, mais qui a envie d’appartenir à un club de moches ? Mais si, quelques ados, lucides, assez rigolotes en fin de compte. La famille qui éclate, les soucis qui s’accumulent, Zoé va prendre sa vie à bras le corps et inventer des manières de continuer sa route. Le théâtre sera une voie à explorer. Ce roman vaut par son écriture à la troisième personne, distanciée et rageuse. Lucidité et méchanceté sont des remèdes au mal être, une bonne dose d’humour aussi. L'éditeur : Thierry MagnierEnseignant, libraire, chargé de communication pour plusieurs groupements de libraires, rédacteur en chef d'une revue et auteur d'un album chez Gallimard jeunesse, Thierry Magnier a créé sa maison d'édition en 1998. |