L'avis de RicochetIl y a la Ville, au loin, sorte d’entité mystérieuse où dominent les tours blanches, où l’on s’agite.
Il y a le terrain vague, où sont établis Sylvère et sa petite communauté où, dans de mauvaises cabanes, les gens vivent en autarcie de soupes d’orties et de mûres. On ne possède rien, sur le terrain vague, et la Ville fait peur. On dit qu’elle dévore les gens, et les curieux qui s’y aventurent et qui en reviennent, les Revenus, sont transformés à jamais.
Pourtant Podagre, le curieux, le meilleur ami de Sylvère, s’en va un jour à la Ville. Quelque temps après, Sylvère et son amie Abilèn tentent l’aventure à leur tour et traversent le tunnel dangereux à cause de la concentration de gaz toxiques qu’il renferme. Les deux adolescents découvrent un autre monde et rejoignent une communauté de clandestins vivant dans un groupe d’immeubles désaffectés, La Belle Dentellière, où l’on s’aide et l’on partage. Ils y apprennent les codes de la Ville et le sort que l’on réserve aux gens comme eux, qui n’ont pas d’existence légale. Ils y apprennent aussi la notion essentielle sur laquelle repose tout le système : le verbe « donner » est ici prohibé. A la ville, tout se gagne et s’achète avec de l’argent. Il faut donc travailler pour le gagner. Le choc est rude pour ces adolescents qui n’ont jamais rien possédé, ils ont du mal à comprendre cette logique, à accepter que les communautés vivent repliées sur elles-mêmes. Pourtant, certains voudraient changer les choses ; Sylvère et Abilèn vont en être.
Roland Fuentès signe là un roman d’anticipation très efficace, qui est aussi une utopie politique intéressante. Le monde où il installe ses personnages, avec ses clivages très marqués, c’est le nôtre, qui possède ses exclus et ses dirigeants, ses zones résidentielles et ses bidonvilles. En forçant un tout petit peu le trait, il amène le lecteur à s’interroger sur le fonctionnement de notre société, sur ce qui la fonde : le travail, l’argent, la consommation à outrance ; sur l’asservissement que cela entraîne, sur l’exclusion, sur des solutions plus alternatives aussi. A faire lire et méditer.
Catherine Gentile Voir la chronique de Catherine Gentile
Brève présentation par l'éditeurSylvèreet les siens vivent sur un terrain vague où se sont établis leurs ancêtres, au bord de la ville dont la masse indistincte, déployée derrière un rempart de hautes tours blanches, les inquiète et les fascine à la fois. Les habitants des cabanes entretiennent auprès de leurs enfants une méfiance viscérale vis-à-vis de celle qu’ils surnomment la Dévoreuse. « Termine ton assiette ou je te jette à la ville », ont ainsi coutume de dire les parents. Un jour pourtant, Podagre, le meilleur ami de Sylvère, le plus chétif aussi de ces gamins grandis au milieu des ronces, prend sans prévenir la direction des barres de béton blanc et part sans se retourner… L'éditeur : Syros"Petits éditeurs", les éditions Syros sont nées en 1976. Syros jeunesse, apparu en 1984, tente d'explorer les cultures et de les faire partager aux jeunes lecteurs. En 1989, est créée la collection "L'Arbre aux livres" par Suzanne Bukiet. Avec des séries de trois volumes bilingues présentant l'un des... |