L'avis de RicochetEn 1915, Hagop et Yughaper, jeunes Arméniens, fuient leur pays pour échapper au massacre perpétré par les Turcs, et débarquent finalement en France. Dans les années 1980, un jeune garçon grandit entre sa mère française et son père d’origine arménienne. C’est le petit-fils d’Hagop et Yughaper.
L’année de l’Arménie en France n’est pas tout à fait finie, et ce premier roman apporte sa pierre à l’édifice. Témoignage de l’auteur sur sa famille, il enchevêtre deux récits, deux passés. L’un est celui d’Hagop et Yugaper, premiers immigrés de la lignée, l’autre celui du narrateur, un « je » autobiographique qui ravive des souvenirs. De manière très naturelle, ce « je » filé est en fait multiple : enfant choyé au sein d’une « culture familiale » (p. 86) dominée par les femmes, adulte qui écrit l’histoire que nous lisons, narrateur externe qui s’introduit dans le passé d’Hagop et Yugaper. L’alternance des époques (début et fin de siècle) se fait sans aucune transition ; et dans une époque, les parcours ne sont pas racontés linéairement : ce procédé rend particulièrement sensible la brutalité chaotique des destins et fait surgir les sentiments de situations que le lecteur reconstruit peu à peu. Les phrases sont ciselées et fines, usant parfois d’effets dramatiques (répétitions…) mais sans lasser. C’est ce beau travail d’écriture qui donne d’ailleurs toute sa dimension à une histoire qui en elle-même aurait pu ne pas dépasser le cadre de l’émouvant témoignage. Sombre sans désespoir, Les Yeux ouverts n’est pas sans rappeler Manolis de Vourla, au sujet quasi-similaire et tout aussi personnel.
Voir aussi le site dédié au livre par l’auteur : http://www.didier-torossian.com Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : 400 coups (éditions Les)Les Editions Les 400 Coups existent au Québec depuis 1994 et ont progressivement pris pied en France à l'aube de ce nouveau siècle. Consacrées à plus de 80% à l'édition jeunesse, les 400 Coups, à travers toute une série de collections ( "Comme 3 pommes"," Ma langue au chat", "Grimace",... |