Fille des crocodiles


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Fille des crocodiles

Fille des crocodiles

Auteur : Marie-Florence Ehret
Editeur : Thierry Magnier
Février 2007 - 8 euros
Roman à partir de 12 ans
Ce livre fait partie de la sélection de Ricochet
Thèmes : Afrique, Immigration/Emigration, Excision, Citoyenneté, tolérance, société, Histoire, pays, géographie, atlas

L'avis de Ricochet

Fanta vit dans un village du Burkina-Faso avec sa grand-mère Mâ, tandis que sa mère Delphine garde des enfants blancs en France pour gagner un peu plus d’argent. Les deux femmes sont modernes au regard des autres habitants : elles refusent que la petite fille soit excisée, projettent pour elle des études… Mais Fanta, à qui on n’a pas demandé son avis, est un peu perdue.

A rebours des romans qui mettent d’habitude en scène des enfants immigrés en France, l’auteur a choisi de faire rester son héroïne dans son pays d’origine. Mieux, de le lui faire aimer, au point d’hésiter à partir vers l’Eldorado occidental ! Une attitude atypique, qui nous permet de pénétrer dans l’intimité d’une Afrique rurale à mi-chemin entre traditions et progrès. La vie quotidienne est dure, tendue vers l’autosuffisance avec le travail des champs. Le puits conserve une place centrale, qui possède une moto ou un téléphone portable est considéré comme riche. A côté de ce qui semble archaïque, la vie est aussi simple, socialement plus active. Les hommes se retrouvent pour boire un verre le soir, tandis que les enfants écoutent le conteur refaire le monde. Les fêtes durent plusieurs jours, la religion se partage sans heurts entre islam et animisme (voir les ancêtres crocodiles). Marie-Florence Ehret sait faire vivre ces aspects positifs, mais s’attaque sans complaisance à la réalité de la vie des femmes : d’abord l’excision, puis le mariage, enfin les enfants. Une des tantes de Fanta n’a que quelques années de plus qu’elle, et la petite fille a peur de ne pas trouver d’époux quand sa grand-mère s’oppose à son excision. Cette décision choque d’ailleurs le reste du village, la vieille femme, revenue de la ville à la mort de son mari, n’est pas comme les autres. Fanta, si elle ne mesure pas sa chance à ce moment précis (elle regrette plutôt de ne pas avoir de robe neuve comme ses amies), sent bien le statut particulier accordé à sa famille ouverte sur le monde : mère exilée qui fait bouillir la marmite des oncles, sœur aînée partie étudier à la capitale. Et c’est peut-être pour cela, finalement, qu’elle voit repartir sa mère seule sans trop de peine : tout sera possible pour elle. A travers la voix d’un narrateur externe et le personnage d’une petite fille attachante, Marie-Florence Ehret propose, chose rare, un roman réaliste de l’Afrique contemporaine, nuancé et délicat, qui sait parler de sujets durs sans faire mal : il peut être lu et compris à partir de 12 ans.

Seconde Lecture

A l’abri de la tendresse de Mâ, sa grand-mère, Fanta grandit paisiblement à Nanou, village burkinabé. Paisiblement ? pas totalement, sa mère Delphine qu’elle n’a presque jamais vue, vit , travaille en France et subvient aux besoins de la famille à distance. De temps à autre, par la magie du téléphone, lien extraordinaire dans cette campagne qui ignore quasiment l’électricité, la voix de sa mère lui parvient. A chaque fois, Fanta s’interroge sur son avenir : lorsqu’elle sera grande, sera-t-elle, elle aussi obligée de quitter le village ? la question ne vaut pas seulement que pour les petites africaines… Par petites touches, ce pays que l’on connaît par les pieds comme dit l’auteure tant comptent les distances et l’isolement, s’installe dans le paysage du lecteur. Sans aucun misérabilisme, sont abordées les réalités du village entre tradition et modernisme . Tradition de l’excision, du brûlis qui s’affronte à l’éducation, la vaccination, plaisir de la tabaski, des jeux à l’ombre du manguier. C’est à des choix de société que se trouve confrontée Fanta A travers des personnages attachants, les tantes de Fanta, ses oncles, sa soeur Bintou collégienne, Marie-Florence Ehret réussit à incarner les problèmes dans un style simple sans sécheresse ni pauvreté qui permettra l’identification des jeunes lectrices à l’héroïne , tout en laissant ouverte la réflexion.

Danielle Bertrand


Sophie Pilaire
Voir la chronique de Sophie Pilaire

L'éditeur : Thierry Magnier

Enseignant, libraire, chargé de communication pour plusieurs groupements de libraires, rédacteur en chef d'une revue et auteur d'un album chez Gallimard jeunesse, Thierry Magnier a créé sa maison d'édition en 1998.

L'avis des internautes

(Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs)
Lorsque je me suis plongée dans Fille des crocodiles, je me suis vue transportée vers l'ailleurs. Pour moi, le style n'est pas documentaire, il s'agit de voir un paysage que nous ne connaissons pas et que nous apprenons à travers les yeux d'une petite fille qui y vit son quotidien. C’est justement ça qui m’a beaucoup plus dans ce livre, la manière dont cette petite fille très attachante nous permet de mieux comprendre ce que l’on peut vivre dans un petit village d’Afrique.
Mais au-delà du voyage, c’est l’histoire poignante, les sentiments racontés de manière simple et juste, qui me font aimer ce roman. La complexité pour une famille de vivre entre deux mondes, mais surtout la beauté, le plaisir et la joie de vivre dans un endroit différent de notre eldorado occidental.
Voilà pourquoi j’ai aimé Fille des crocodiles.
Commentaire posté le 04/03/2007 14:43 par Florie
Bibliothécaire jeunesse, je ne partage pas complètement votre avis : si, en effet, l'intention est louable, je trouve l'aspect documentaire trop lourd et insistant, et le style terriblement maladroit. Je ne m'étais pas autant forcée à lire depuis longtemps. De plus, je trouve qu'il y a une distorsion entre le public censé être visé par l'éditeur (grands ados), et celui qui pourra être touché, étant donné le style employé qui ne peut leur convenir. Mais bien entendu, cette opinion est personnelle et n'engage que moi.
Commentaire posté le 01/03/2007 10:24 par francoise.croville
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