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Point de côté

Auteur : Anne Percin
Editeur : Thierry Magnier
Octobre 2006 - 8 euros
Roman à partir de 14 ans
Thèmes : Adolescence, Suicide

L'avis de Ricochet

Pierre, dix-huit ans, a perdu son frère jumeau dans un accident de voiture il y a sept ans. Depuis, ses parents survivent et lui vient de décider de mourir. Il se tue lentement, en faisant beaucoup de sport, en ne mangeant rien. Au lycée, il entretient une relation trouble avec Xavier, faite d’humiliations et d’attirance. Au conservatoire où il joue du violon, il rencontre Raphaël, photographe qui lui redonnera le goût de vivre.

C’est le premier roman d’Anne Percin, qui dit le porter en elle depuis quinze ans. Effectivement, il se dégage de ce journal à la première personne une sensibilité impressionnante, un peu effrayante puisque entièrement tournée négativement. Pierre évoque très souvent la sensation de « moisir », physiquement. Son anorexie complètement programmée n’a qu’un seul objectif : la mort, pour rejoindre son jumeau et ne plus gêner ses parents qui n’ont pas su faire leur deuil. Le texte est morbide, malheureusement lucide et les adolescents y reconnaîtront, concentrées sur 150 pages, des tentations contradictoires qui ont pu les effleurer (« J’ai envie… de quelque chose que je ne peux pas écrire, même pas ici. J’ai envie d’aimer, j’ai envie de crever. C’est pareil, au point où j’en suis, c’est pareil. », p. 71). Passé cet aspect émotionnel fulgurant, dérangeant, le lecteur est un peu déçu par l’histoire. Comme s’il n’était déjà pas assez perturbé, Pierre se découvre homosexuel et a du mal à l’accepter, entame une relation par correspondance avec un homme plus âgé que lui… La séquence où il pose nu pour des photos dans des wagons de train abandonnés est peut-être outrée et les déplacements du beau Raphaël sur une belle moto un peu complaisants. La découverte de la philosophie comme réconfort de l’esprit sonne par trop adolescent… Mais les lecteurs passeront sur ces maladresses, portés par la force du récit qu’on peut qualifier de « coup de poing ». Ceci dit, auront-ils envie de lire quelque chose d’aussi dur et noir ?

Sophie Pilaire
Voir la chronique de Sophie Pilaire

L'éditeur : Thierry Magnier

Enseignant, libraire, chargé de communication pour plusieurs groupements de libraires, rédacteur en chef d'une revue et auteur d'un album chez Gallimard jeunesse, Thierry Magnier a créé sa maison d'édition en 1998.

L'avis des internautes

(Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs)
je n'ai pas aimé ce livre car c'est un garçon qui veut se suicider à cause des insultes qu'il a à l'école
Commentaire posté le 14/01/2016 11:58 par kevin62270 [Adolescent]
Merci, leo, c'est exactement ce que je pense aussi.
Commentaire posté le 18/03/2007 15:41 par Cécile
Je n’ai pas encore lu ce livre. Toutefois, puisque je suis libraire et homosexuel, j’y vais de mon petit commentaire dans le débat sur l’homosexualité dans les romans pour ados (j’en serai débarrassé et pourrais me consacrer au livre !), ainsi que sur la notion de « roman pour ados » elle-même.
En tant que libraire, je considère que tout récit dans lequel un personnage adolescent affronte sa sexualité, dès lors que celle-ci le conduit vers des personnes de son sexe, est un livre potentiellement utile. Utile pour les jeunes qui se trouvent dans la même situation et qui en retireront peut-être l’expérience « par procuration » qui, souvent, s’avère nécessaire (sachant que ces jeunes, au sortir de l’enfance, vont vivre plus longtemps que les autres dans une relative solitude affective ; si vous en doutez, reportez-vous aux études sur le suicide). Utile aussi, pour les jeunes qui, n’étant pas concernés, trouveront à travers ces romans un contact avec « la différence », pour peu qu’ils soient amenés à ces lectures. Utile, enfin, pour les adultes… Ce qui me conduit à la seconde réflexion : qu’est-ce qu’un roman pour ados ?
En tant que libraire, la question me paraît assez vaine, hormis le découpage strictement pratique d’une librairie en rayons. Ces livres sont bien entendus intéressants pour les jeunes lecteurs comme pour les parents et tout qu’il convient d’appeler un adulte. Il me semble évident qu’une grande partie des collections pour ados sont constituées de textes lisibles par des gens de tous âges ; évident que, par « roman ado », il faut entendre une histoire dont les personnages principaux sont des jeunes que l’auteur décrit dans leur intimité, leur état d’esprit, leurs sentiments, etc. C’est même tout l’intérêt de ces livres et, par conséquent, c’est sur ce critère que j’apprécie la qualité d’un tel livre. Du point de vue du libraire, ces livres constituent une catégorie. Du point de vue des auteurs, c’est, me semble-t-il, un genre littéraire à part entière. Du point de vue des éditeurs, ce peut être une niche ou un segment de marché. Mais ce qui compte, au fond, n’est-ce pas le point de vue du public, pour qui bien souvent un roman est un roman ?
Je remercie Ricochet d’accueillir un espace de débat, bien que personnellement j’ai tendance à écarter toute discussion qui porterait expressément sur l’opportunité de publier.
Commentaire posté le 01/03/2007 15:37 par Stéphane, 39 ans, libraire jeunesse, Bruxelles
Bon alors j'y vais aussi de mon commentaire!
J'ai été très touché par le livre d'Anne Percin. Et je crois justement parce qu'il est très noir. Et parce que c'est l'amour qui le rend si beau.
Je ne suis pas (plus) ado alors je ne sais pas comment "les ados" vont le recevoir ou s'ils vont vouloir lire un livre qui ne se passe pas dans un champ de roses avec une belle fermière blonde qui se marie à un joli paysan musclé (par exemple. -encore que mon exemple est mauvais : qui lirait ça??-). Ce que je sais, c'est que c'est indispensable que ce livre existe, et si ne serait-ce que 2 ados le lisent et en sortent aussi bouleversés que moi, alors il aura sa raion d'être.
Commentaire posté le 17/02/2007 00:41 par gornet.thomas
Je cite S. Pilaire « Je n’ai personnellement pas ressenti que la découverte par le narrateur de son homosexualité était l’élément qui l’aidait à se sortir du malaise causé par la mort de son frère » ; alors que le narrateur dit explicitement le contraire, quand il découvre ses sentiments : "Si Raphaël existe sur terre, ça vaut le coup de vivre" !
D'autre part, l'affirmation de S. Pilaire concernant l'homosexualité, qui crée nécessairement "du mal-être" n'a rien à voir avec le roman - c'est une opinion toute personnelle, appliquée à une histoire spécifique où justement, la découverte de l’homosexualité (ou la découverte de l'amour, car c'est en fin définitive la seule chose qui compte) est montrée comme un élément positif, un processus qui redonne le goût de vivre. Il est fort dommage de traiter l’homosexualité à part – elle peut certes s’avérer compliquée, mais comme n’importe quelle autre quête identitaire.
Je cite une dernière fois : "c’est un roman d’adulte écrit pour des adultes" ; et alors ? Un adolescent de 13 ou 15 ans peut parfaitement, s'il est bon lecteur, et selon sa maturité, sa curiosité, etc. lire des livres prétendument réservés aux seuls "adultes"... Pourquoi vouloir cloisonner la littérature et enfermer les ados dans la « littérature pour ados » ?
Commentaire posté le 16/02/2007 21:23 par Blandine Longre
Un roman, c'est toujours à double face : il y a la forme (le style, la saveur des mots, le rythme des phrases...) et il y le fond (ce qu'on me raconte, les personnages, ma tendance à m'identifier à eux ou pas, etc...). Parfois les romans sont boiteux : petits bijoux "littéraires" qui sonnent creux ou "brillantes narrations" écrites sans délicatesse. Le livre d'Anne Percin trouve, lui, un très bel équilibre : son style et son histoire sont enlacés, tressés ; peut être parcequ'elle a porté longtemps ce livre en elle (15 ans de gestation, c'est long) et que, de ce fait, les questions qui agitent les petit(e)s marquis(es) de la critique ne l'ont pas effleurée... Son livre s'est imposé comme ça , peu à peu. On oublie souvent le temps qu'il faut pour écrire un livre, réussir un tableau, être satisfait d'une photo... Alors peut être que par endroits, le roman d'Anne Percin s'essouffle un peu ou, ailleurs, n'échappe pas aux clichés. Mais ça n'a aucune importance car même dans ses faiblesses le livre est touchant.
Comme le suggère Christian Bobin à propos d'André Dhôtel : quand on aime une oeuvre, on l'aime totalement ou pas du tout. Pour ma part, j'ai choisi.
Commentaire posté le 16/02/2007 16:47 par laurent.deglicourt
D’abord, merci pour ces commentaires, qui m’aident à affiner mon opinion sur ce livre, et merci à Ricochet de proposer cet espace de réaction aux internautes, ce que ne font pas tous les sites.
L’accusation d’homophobie m’a peinée. Je n’ai personnellement pas ressenti que la découverte par le narrateur de son homosexualité était l’élément qui l’aidait à se sortir du malaise causé par la mort de son frère : ce sont pour moi deux choses différentes, qui s’ajoutent et créent toutes les deux du mal-être. Je pense intimement que se découvrir homosexuel et l’assumer demeure aujourd’hui, au regard de notre société occidentale et encore plus à l’âge de l’adolescence, une prise de conscience délicate et ne peut pas générer immédiatement un soulagement.
D’autre part, à la relecture du roman, je persiste : l’adolescent moyen n’ira pas de lui-même chercher un tel ouvrage. Pour en fréquenter tous les jours dans mon travail, je crois pouvoir dire qu’il n’est pas facile d’intéresser ces lecteurs ; le roman-miroir qui se veut hyper-réaliste a ses limites quand la construction littéraire se sent. Et la séance de photos, le beau photographe sur sa moto ne résonnent pas « naturels ». Ce qui n’enlève rien, comme je l’écris, à la force de cet ouvrage, au demeurant hyper-sensible et aux mots précis et justes. Mais pour moi, c’est un roman d’adulte écrit pour des adultes, et qui parle d’un adolescent.
Il y aurait encore sans doute à débattre : vous avez mon opinion – je n’ai jamais prétendu écrire autre chose – et le débat est clos en ce qui me concerne.
Cordialement,
Sophie Pilaire
Commentaire posté le 16/02/2007 16:18 par Sophie Pilaire
je ne trouve pas du tout ce livre morbide. il peut-être dur, âpre, mais toujours juste. On est vraiment proche du héros, avec sa solitude, sa détresse.Il finit par sortir du deuil et de la haine de soi, en assumant ce qu'il est et en aimant.

Le roman est bien rythmé, les personnages secondaires sont tous complexes et attachants

il est étonnant de penser que les jeunes qui sont abreuvés des films souvent très violents, ne pourraient pas supporter des mots vrais, qui évoquent des sentiments que chacun peut éprouver à certains moment, ni entrer dans ce texte sans aucune scène violente ou trash
Commentaire posté le 14/02/2007 05:34 par catherine leblanc
Ce roman n'est ni morbide, ni effrayant, ni négatif, ni... outrancier !
Je cite : "Comme s’il n’était déjà pas assez perturbé, Pierre se découvre homosexuel" - c'est justement cette découverte qui l'aide à grandir et à s'extraire de son mal-être...

voici ce que j'écrivais sur http://www.sitartmag.com/annepercin.htm

"La course à pied n’est plus alors synonyme d’autodestruction mais se fait métaphore de la fuite, d’une fuite en avant, qui mène inéluctablement vers l’avenir et une vie à vivre. C’est un roman plein d’espoir que nous livre Anne Percin, intense et intime, forcément, où la fonction du journal est explorée avec finesse, en filigrane – journal exutoire, qui accentue d’abord la solitude(...), puis qui permet à Pierre de prendre du recul, de l’assurance et enfin son envol."
Commentaire posté le 13/02/2007 21:23 par Blandine Longre
Une chose encore. Il y a une coîncidence assez étrange... Ce roman a eu de bonnes, et de mauvaises critiques... et les critiques les moins avantageuses pour Madame Percin dévoilaient la fin du roman (et l'homosexualité de Pierre...) la vôtre le fait aussi et certaines tournures de phrases... par exemple :"comme s'il ne suffisait pas d'être dépressif, Pierre se découvre homosexuel" (genre : il est déjà pas gâté par la vie le pauvre, mais là c'est la ponpon)

ne faut il pas être un tantinet homophobe pour faire ce genre de phrase ???
Commentaire posté le 13/02/2007 16:22 par leo_molko
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