L'avis de RicochetAprès l’apartheid et la violence en Afrique du Sud, arrive le moment des règlements de comptes. Ben Hoffman, un vieil avocat blanc fait appel à une de ses anciennes élèves, Sarah Barcant, partie vivre aux Etats-Unis où elle exerce le métier de procureur, pour défendre Alex Mpondo, un noir et ancien « terroriste » devenu député. Son ancien bourreau, le policier Dirk Hendricks, a demandé à passer devant la Commission Vérité et Réconciliation afin de bénéficier d’une amnistie et d’échapper ainsi à de lourdes condamnations. Cette Commission est le résultat de longues négociations entre l’ANC de Nelson Mendela et le parti national de De Klerk. Son but : permettre au pays et à ses habitants de repartir sur de nouvelles bases, en essayant de faire table rase du passé. Un objectif bien difficile à atteindre… Alex Mpondo se retrouve face à son bourreau. Leurs relations complexes ne facilitent pas le bon déroulement de la procédure qui a plusieurs buts ; entre autres celui d’apporter un éclairage sur la disparition de Steve Sizela. Ses parents veulent savoir ce qui est arrivé à leur fils, retrouver si possible son corps afin de pouvoir l’enterrer dignement. La juriste new-yorkaise Sarah Barcant se retrouve plongée dans la poussière et l’atmosphère étouffante de Smitsrivier, sa ville natale qu’elle avait fuie pour vivre plus librement. Les différents personnages de ce roman magnifique sont obligés de regarder derrière eux pour avancer sur le chemin de la réconciliation. Les victimes veulent qu’on les « laisse en paix » et les bourreaux (certains en tout cas) se déclarent « désolés ». L’ancien policier Dirk Hendricks n’a rien perdu de son habileté à manipuler les esprits, même s’il semble abattu devant la Commission. Où est la vérité ? Comment libérer la parole ? Et comment trouver la paix ? La solitude, la douleur comme le poids du passé ou encore la disgrâce peuvent emprisonner celui qui vit à l’air libre. L’auteur, qui est la fille de l’avocat puis ministre de Nelson Mendela, réussit à rendre compte de la complexité des sentiments et des situations traumatisantes vécues par les uns et les autres. Publié chez Christian Bourgois en 2001, ce roman s’intègre aujourd’hui parfaitement dans la collection Scripto pour adolescents des éditions Gallimard. Riche en émotions et en sujets de réflexion, Poussière rouge est aussi passionnant qu’un roman policier dont il possède certaines caractéristiques. Pascale Pineau Voir la chronique de Pascale Pineau
L'éditeur : Gallimard JeunesseC'est en 1972, que Pierre Marchand fonde le département Gallimard Jeunesse, avec Jean-Olivier Héron, tous deux fondateurs de la revue Voiles et Voiliers. Leur ambition est de placer la qualité artistique de leur production au niveau de la réputation littéraire de la prestigieuse maison. D'emblée, ils... |
L'avis des internautes
(Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs)Une enquête minutieuse nous dévoile des bribes de vérité sur les faits. Elle fait aussi émerger au fil de 48 chapitres qui sont plutôt des paragraphes imbriqués donnant voix à chacun des protagonistes tour à tour, les méandres sinueux de l’âme humaine, ses faiblesses, ses contradictions, ses lâchetés, ses doutes sur la responsabilité et la culpabilité... L’humanité des tortionnaires et la duplicité parfois de ceux qui sont censés éclairer la vérité.
Etre et paraître, telle est la question fondamentale de ce beau texte, difficile d’accès mais très bien construit, passionnant, émouvant et riche d’enseignements.
Catherine Ridé