L'avis de RicochetC'est une belle histoire, triste mais humaniste, qui nous plonge au début du 20° siècle ; une fresque de l'enfance qui s'achève. Katy, devenue vieille femme, raconte : son père médecin qui l'initie à son métier, la bonne, jeune fille de la campagne "dure à la tâche" mais complice, ses amis… et surtout Jacob. Lui qui ne s'exprime pas en mots mais sait se faire comprendre, lui qui sait si bien s'occuper de tous les animaux, lui si différent mais tellement innocent, sera confronté à un drame d'adultes qui le dépasse. Il croyait bien faire mais son système de valeurs lui est propre et se révèle inadapté au monde extérieur.
L'auteur s'est appuyé sur des photos d'anonymes pour construire son intrigue, et pourtant, les photos qui illustrent chaque chapitre, donnent à l'histoire une densité troublante. Cette histoire sensible devrait plaire aux bons lecteurs dès 13 ans, et bien au-delà.
Au début du siècle, Katy Thatcher vit une enfance heureuse dans une famille aisée. Elle veut devenir médecin, comme son père. C’est pour cela qu’elle ne considère pas Jacob comme un simple « débile », et l’approche par le biais de leur amour commun des animaux. Une sœur de Jacob, jolie rousse aux ambitions d’actrice, travaille comme servante dans la maison voisine. Enceinte du fils de la famille, elle doit retourner chez elle. Elle rejette son enfant à sa naissance, et Jacob amène alors en pleine nuit le nourrisson chez les Thatcher, pour que la mère de Katy, qui a elle-même un bébé, s’occupe de lui. L’enfant meurt pendant le trajet. Le geste de Jacob est mal interprété, on l’enferme dans un asile.
Quelle histoire forte ! Le lecteur devine bien un drame, mais ne soupçonnera absolument jamais sa teneur. La construction ménage le suspense : la narratrice Katy se présente comme une vieille dame qui va nous raconter une histoire qu’elle n’a encore jamais dite à ses petits-enfants… Commence alors une description de sa vie d’enfant, entre un père adoré, les jeux avec Peggy, la jeune servante, la naissance joyeuse d’une petite sœur. Très mûre pour son âge, Katy bénéficie de la confiance de son père, possède une capacité aiguë d’observation, et a déjà choisi son métier futur (inhabituel en ce début du XXème siècle). Puisque l’écriture est censée être celle d’une adulte, Lois Lowry se permet de la doter d’un vocabulaire et d’une analyse des caractères poussés. Lorsque le drame se dénoue dans la nursery, elle réagit avec une solidité stupéfiante, et le lecteur suit avec elle le cheminement de sa pensée vers la responsabilité exacte de Jacob. La fin est abrupte, nous laissant sous le choc : on apprend ce que sont devenus tous les personnages, sauf justement Jacob enfermé dans cet asile désormais désaffecté. Un Jacob que l’on ne peut s’empêcher de comparer au Lenny de Des Souris et des Hommes de Steinbeck. Superbe.
A noter : chaque début de chapitre est agrémenté d’une vieille photographie en rapport avec le texte. Un charmant petit plus qui rend encore plus vivante l’intrigue ! Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
Croqu'livre Voir la chronique de Croqu'livre
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