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Le voyage de la femme éléphant

Album
à partir de 6 ans
: 2848651520
14.90
euros

L'avis de Ricochet

Véra est la femme la plus grosse du monde. Avec son side-car, véritable spectacle ambulant, elle va de ville en ville et s’expose aux regards ahuris de toute la population, qui ne s’intéresse pas à son identité, mais la contemple seulement pour ses formes éléphantesques. Toute le population…à l’exception d’un mystérieux correspondant dénommé Gregori, qui n’a jamais rencontré Véra, et qui apparaît fasciné par sa personnalité. Ses nombreuses lettres vont accompagner cette gigantesque femme au fur et à mesure de ses déplacements, jusqu’à ce qu’un beau jour elle décide de le rencontrer. Sur son chemin, elle va faire la connaissance d’un vieux facteur à la retraite, puis d’un crocodile résolu à mourir. Ils prennent finalement la route avec elle, et se laissent guider jusqu’à la maison de Gregori, faisant ainsi naître une grande histoire d’amitié…

« Le voyage de la femme éléphant », un titre qui de prime abord pourrait évoquer l’aventure d’un pachyderme curieux du monde... Cependant, il n’en est rien. Cet album des éditions Sarbacane apparaît bien plus proche de la réalité, bien plus actuel, sans pour autant occulter le monde imaginaire de l’enfance. Crocodile qui parle, homme aux mains géantes, femme aux cheveux les plus longs, et enfant de très petite taille ont leur place dans ce livre.
Grâce à la complémentarité de quatre personnages – un facteur aux allures de vieux sage, un crocodile moqueur et pessimiste, un homme amoureux de la démesure, et une femme énorme qui assume son physique –, cette histoire traite avec humour de problèmes tels que l’obésité et le rejet de la différence. Toutes les réactions sont illustrées dans cet album où Véra apparaît parfois comme un « animal de cirque », mettant ainsi en place une réflexion sur la démonstration, la mise en scène de soi :« C’est amusant, commenta le facteur […]. – C’est humiliant, rectifia le crocodile. – C’est mon métier, répliqua Véra – et ainsi, tout le monde eut son mot à dire. » p.19. Cependant, à la différence du comportement de la majorité des personnes, celui de Gregori et des deux nouveaux amis de Véra se pose comme un exemple à suivre, et montre qu’il est important de dépasser les préjugés, parce que l’apparence ne fait en rien la personnalité. Cette histoire se fonde donc sur des valeurs à la fois simples et fondamentales, et valorise le respect de l’autre et de sa différence. A la manière d’un conte, l’amour et l’amitié apparaissent comme les ingrédients essentiels du bonheur. C’est d’ailleurs ce que montre l’heureuse fin de ce livre, qui fait de la particularité une véritable richesse.

Cet album de grand format, au papier épais, et à la couverture rigide, accorde une place importante à des dessins qui ne sont pas sans rappeler des lithographies anciennes. On retrouve ainsi tour à tour, selon une disposition plus classique, des illustrations d’une page qui font face au texte, mais également des doubles pages uniquement illustrées. Le texte est adapté au public auquel il a été destiné, et peut constituer le point de départ d’une discussion menée, en classe, par l’instituteur(trice), ou à la maison, par les parents.


Amandine PINGAUD, Licence 3 Parcours Lettres Modernes, UVSQ, Promotion 2007-2008