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Jeu de massacre

Sélection des rédacteurs
Henri-Frédéric Blanc
Babel J
Roman
à partir de 14 ans
6.50
euros

L'avis de Ricochet

A Marseille, quatre apprentis mécaniciens, le Tigre, Sainte-Croix, Chalouf et Frédéric, étouffent entre le lycée et leurs patrons. Un jour, tout simplement, ils partent au volant d’une BMW volée. L’équipée se déroule mal, avec l’explosion d’une station-essence… Ils seront arrêtés à Briançon.

Le voyage est synonyme de liberté : c’est bien ce que recherchent nos jeunes héros qui finiront par réécrire la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Chemin faisant, ils dévoilent leurs pensées intimes et refont le monde. Sous la plume du narrateur Frédéric assez neutre, les personnages se différencient : le Tigre se donne des allures de gros dur, Sainte-Croix est un intellectuel rebelle, Chalouf un gentil garçon. Dans une complicité bourrue, chacun apprend à connaître l’autre, ses faiblesses et ses souhaits. Henri-Frédéric Blanc dynamite l’image du LEP et de la banlieue : les quatre amis sont loin d’être idiots, certains ont beaucoup lu. Ils ont tous une conscience vive – souvent très juste - de la société qui les accueille si mal, et c’est un choix délibéré de leur part de s’en exclure (« Plutôt périr selon sa propre loi qu de suivre celle d’autrui ! », p. 87). Si l’explosion de la station-essence ne les atteint pas vraiment, c’est surtout parce qu’ils en ont décidé ainsi. Il ne s’agit donc pas seulement d’adolescents irresponsables, en pleine crise intérieure. Ils parlent grossièrement (attention les oreilles sensibles !), s’amusent bêtement, agissent mal, parce qu’ils ne connaissent pas d’autre manière d’être. Mais le fond est bon… La rencontre avec le vieil homme dans la montagne, anarchiste solitaire et excellent cuisinier, est savoureuse. L’écriture virtuose, très drôle, constitue en grande part la réussite du récit et séduira les jeunes lecteurs. Henri-Frédéric Blanc prête à Frédéric des expressions imagées et définitives : « Les roses de la gloire sont pleines d’épines », p. 102 ; « Elle s’actionnait, électrisée par un optimisme préfabriqué, rayonnante de bêtise au milieu d’une musique à vomir faite exprès pour transformer les cervelles en pâte à modeler. » (p. 81). Tout est de la même eau et on passe un excellent moment, non dénué de réflexion.

A noter : Jeu de massacre a donné lieu en 1996 à une adaptation cinématographique de Jean-Teddy Filippe, avec pour deuxième titre Le Blues des fadas.