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Suivez le Guide! Interview avec Christophe Loupy

Damien Tornincasa
12 septembre 2018

Si Dante avait voulu visiter le monde du livre jeunesse, cela ne fait aucun doute qu'au lieu de Virgile il aurait choisi Christophe Loupy pour le guider ! En effet, en plus d'être auteur et illustrateur, Christophe Loupy est directeur de publication du Guide de l’édition jeunesse. Ricochet a profité de la sortie de l'édition 2019 du Guide pour rencontrer son créateur...


Christophe Loupy

A propos du Guide de l’édition jeunesse

Damien Tornincasa: Christophe Loupy, vous connaissez le monde du livre pour enfants sur le bout des doigts. Comment êtes-vous tombé dans la marmite?
Christophe Loupy: La grande passion de ma vie est la création d’histoires et l’écriture. J’ai commencé tout jeune. Adolescent, je créais déjà mes propres BD dans ma chambre. En fait, mon premier pas dans le monde de l’édition jeunesse s’est fait en participant à un concours de BD dans le magazine Spirou. Mon histoire en 4 planches a été sélectionnée et j’ai eu le plaisir de la voir paraître dans le supplément central du magazine, accompagnée des commentaires de Fournier. J’étais très fier! Et quelques semaines plus tard, je reçus un chèque d’environ 250 francs pour cette publication. Vous imaginez la joie de l’ado que j’étais à l’époque, et finalement la petite graine de l’ambition qui commençait à germer dans ma tête…

Pourquoi avoir décidé, il y a 17 ans, de vous lancer dans l’écriture d’un guide de l’édition jeunesse? Comment la publication a-t-elle évolue au fil des ans?
Mes débuts dans l’édition jeunesse n’ont pas été faciles. Comme beaucoup de débutants, j’envoyais mes projets et je recevais des réponses négatives, je cherchais des conseils mais sans vraiment les trouver. Alors, lorsque, quelques années plus tard, j’ai réussi à faire ma place, je me suis dit que ce serait bien de pouvoir à mon tour offrir aux autres ce qui m’avait tant manqué. Et j’ai planché sur l’élaboration d’un guide pratique dans lequel on trouverait tout (ou presque) pour démarrer en tant qu’auteur jeunesse. De même, j’ai pensé aux gens qui, comme moi quand j’ai débuté, n’ont pas forcément de gros moyens, et j’ai mis en place la possibilité de le recevoir gratuitement chez soi, et de pouvoir ainsi le lire pour y prendre les infos dont on a besoin, sans être obligé de l’acheter.
Bien sûr, au fil des ans, le Guide s’est amélioré, s’est étoffé, mais la base est restée la même: 3 parties, avec 1.des conseils pratiques ; 2.un gros annuaire ; et 3.des petites annonces d’éditeurs pour avoir quelques pistes de travail.

Guide de l'édition jeunesse
Le sommaire du « Guide de l'édition jeunesse 2019 »
 

A quel public s’adresse-t-il?
Principalement aux auteurs (j’inclus dans le terme «auteur» les illustrateurs, dessinateurs BD, scénaristes…). Bien sûr, ce ne sont pas les seuls acheteurs. Il y a aussi les prescripteurs de livres, les associations et organismes divers, les éditeurs, les salons du livre, etc. Mais le public principal reste les auteurs qui recherchent des conseils, des contacts et des pistes de travail.

De quelle manière collectez-vous et mettez-vous à jour l’immense masse d’informations que le Guide renferme?
La mise à jour se fait par emailing. Une fois par an, nous envoyons chaque fiche de l’annuaire à son propriétaire pour qu’il la vérifie et éventuellement la corrige. Mais sur 1500 contacts, il y a toujours des non-retours. Des adresses mail reviennent invalides, d’autres ne répondent pas. Il faut donc aller chercher les informations autrement: Google, coups de téléphone, réseau… Et puis, tout au long de l’année, nous recevons des informations spontanées par les réseaux, les newsletters ou les alertes ciblées, qui nous permettent de créer de nouvelles entrées dans l’annuaire.

Où peut-on se procurer le Guide?
Le Guide est bien sûr disponible sur le site qui lui est dédié (www.leguidedeleditionjeunesse.fr), mais aussi dans n’importe quelle librairie. L’ouvrage est bien référencé sur le web et connu par tous les libraires.


A propos de l’édition jeunesse en général

Quelles sont, selon vous, les forces de l’édition jeunesse francophone actuelle?
La diversité est une des forces de l’édition jeunesse, mais ce n’est pas, je pense, la première. Nous avons la chance d’avoir en France et dans les pays francophones des éditeurs de qualité, riches de connaissances artistiques et de sensibilité. Avant de raisonner «business», ils raisonnent «cœur». Et ça, c’est la première force de l’édition jeunesse francophone. Dans certains pays, on préférera éditer un mauvais livre d’un auteur connu plutôt que de passer des heures à chercher la pépite chez des auteurs inconnus. Ça rapporte plus, et plus vite. Du moins, c’est ce qu’ils pensent…

 Que répondez-vous à ceux qui disent que le livre jeunesse n’est pas de la littérature?
Tous les auteurs pour adultes qui se sont essayés à écrire pour la jeunesse vous le diront: l’exercice est beaucoup plus difficile et délicat qu’on le croit. Maîtriser les différents niveaux de complexité des champs lexicaux, des syntaxes, gérer les divers degrés de compréhension ou encore les multiples façons d’aborder les thèmes. En fait, tout ce qui fait la richesse de la littérature est là, mais à travers un kaléidoscope de niveaux (de lecture, de compétences, de sensibilités…).
La différence est que, d’un côté, l’auteur jeunesse s’adapte à son lecteur, tandis que de l’autre, le lecteur adulte s’adapte à son auteur.

Ces derniers mois les #PayeTonAuteur ont fleuri un peu partout sur le web et les réseaux sociaux. Comment vous positionnez-vous face à la question de la rémunération des auteurs et illustrateurs lors d’interventions publiques?
Je pense que tout travail mérite salaire. Un auteur qui donne une conférence, ou fait des animations pédagogiques, a travaillé des heures en amont pour préparer ses interventions, des heures prises, bien souvent, sur son temps d’écriture. Il est donc normal que l’on rémunère ce travail.

Enfin, si vous le voulez bien, une question un peu plus personnelle. Si on vous parachutait sur une île déserte et que vous n’aviez le droit d’emporter que trois livres jeunesse avec vous, lesquels choisiriez-vous?
Il y a un auteur que j’admire depuis toujours, c’est le regretté René Goscinny. Cet homme maîtrisait non seulement tous les codes de l’humour, mais en plus, les scénarios qu’il signait étaient toujours très ingénieux. Je choisirais donc, comme premier livre, un album d’Astérix. Lequel? Le choix est difficile car je les aime tous. Peut-être La zizanie. D’abord, parce que je pense que c’est celui que j’ai le plus lu, et ensuite, en décortiquant le scénario, on comprend que le talent de René Goscinny était aussi basé sur une observation minutieuse de l’être humain et de son comportement. Son humour était incroyable d’efficacité parce qu’il s’ancrait avant tout dans l’humain. Et malheureusement, c’est ce qui manque cruellement dans les scénarios des Astérix post-Goscinny.
Cela dit, la barre est haute! Et mon choix de deuxième livre prouve une fois de plus l’immense talent de cet auteur: Le Petit Nicolas. Voilà encore une pépite que je pourrais lire des milliers de fois sans me lasser. Extraordinaire!
Enfin, mon troisième livre serait pioché dans l’immense série d’Henri Vernes: Bob Morane, qui m’a passionné toute mon enfance et qui a nourri mon imagination. Avec plus de 150 volumes, Henri Vernes est l’auteur belge le plus lu dans le monde après Simenon, et là encore, choisir un titre plutôt qu’un autre est une décision subjective. Je prendrais, je pense, le premier de la série, La vallée infernale. Ce n’est pas le plus abouti mais celui qui est à la genèse du mythe.

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