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Janine Despinette: itinéraire d'une passion culturelle

Janine Despinette
Josiane Cetlin
12 janvier 2018

Le site Ricochet a été mis en ligne en 1998, il y a tout juste 20 ans, à l'initiative d'Henri Hudrisier, enseignant et chercheur, et de Janine Despinette, critique spécialisée et chercheuse en littérature jeunesse. A l'occasion de cet anniversaire, nous vous proposons de faire connaissance avec cette toute grande dame des livres pour enfants. L'article de Josiane Cetlin revient sur le parcours de vie de Janine Despinette et de son mari, Jean-Marie, mais également sur les nombreux travaux et projets qu'elle a réalisés sur et à destination de la jeunesse.


Janine Despinette

Les livres ont déferlé vers moi comme la mer vers le rivage[1].

Le parcours de vie et de travail de Janine Despinette est étonnant, singulier même; elle a forgé ses convictions, créé ses objectifs de vie et leur concrétisation au travers de son compagnonnage avec les grands intellectuels de son époque et de ses multiples rencontres sur le plan international avec les acteurs des milieux de la culture, de la lecture et de la littérature pour la jeunesse.
Elle formera avec Jean-Marie Despinette (1918-2009), son époux, un couple profondément uni et solidaire. Les années obscures de la guerre les avaient tous deux passés au feu de leur violence; leur destin commun commence avec la construction de l’Europe d’après-guerre à laquelle ils prennent part avec conviction, engageant leurs forces dans l’action culturelle et éducative.
L’engagement européen, international même, est essentiel pour Janine Despinette car il participe de sa vision d’un monde relié, enrichi par les échanges interculturels. Si l’on veut comprendre son travail de penser et d’action, son rôle de «passeur de culture(s)», tout en finesse et en amitiés fidèles, on ne peut faire l’économie d’un retour vers la construction européenne, car l’Europe, son histoire, est sa mémoire.

Fragments d’histoire, traces biographiques

Janine Despinette est née à Aix-les-Bains, en Savoie[2], en 1926, dans une famille bourgeoise de commerçants et d’artistes originaires d’Albiez-le-Vieux dans la vallée de la Maurienne; un village savoyard retiré, sans voie de communication directe jusqu’en 1940, un village qui se suffisait à lui-même, car les paysans y exerçaient tous les métiers: charpentier, sabotier, cordonnier, forgeron, meunier et même avocat. Janine Despinette revendique cette part du «montagnard autarcique» qu’elle sent toujours vivante en elle.
Aix-les-Bains, dans l’entre-deux-guerres, est une ville d’eau cosmopolite où bruissent les langues étrangères durant les Années folles, ce qui ne laisse pas de sensibiliser la jeune Janine aux tonalités européennes.

Son père, Cyril Constantin (1904-1995), est tout à la fois un artiste peintre, un sculpteur, un émailleur et un joaillier reconnu, mais aussi un inventeur original et «extravagant, un utopiste qui concrétisait ses visions», raconte Janine Despinette. Dans les années 1930, ses moteurs à gaz-butane et à eau-essence font sensation. Sa découverte du cyrilium, «un métal ayant la pureté du diamant, l'éclat de l'or, la solidité de l'acier et la malléabilité du plomb» permet à Cyril Constantin de mettre au point une «technique de création d'émaux sous pression». Son savoir-faire est tel qu’il est un Maître du Feu pour les moines de l’Abbaye Saint-Martin de Ligugé, pourtant orfèvres en la matière. Ses travaux de joaillerie, mais aussi ses tableaux, lui assurent aujourd’hui encore une pérennité d’artiste. «En 1964, il dépose un brevet international pour la “cyrillovision”, aboutissement de très longues recherches sur la captation des couleurs par la lumière artificielle.»[3] C’est selon cette technique de projection de lumières colorées aléatoires qu’il réalisera d’ailleurs, en 1977, une affiche pour la Journée internationale du livre pour enfants organisée chaque année par l’International Board on Books for Young people/IBBY.

Janine Despinette perd sa mère alors qu’elle n’est encore qu’une enfant; elle reste fille unique, élevée par son père et entourée d’artistes, de voyageurs, d’auteurs: un milieu d’adultes bienveillants, vivant et animé mais qui très tôt la responsabilise.
Elle suit les cours du Lycée Jeanne d’Arc, une institution catholique d’enseignement secondaire pour jeunes filles, où elle obtient son brevet supérieur. Membre des Eclaireuses de France, elle en est la plus jeune cheftaine louveteaux.

La Seconde Guerre mondiale la saisit au sortir de l’adolescence et la prive provisoirement d’une formation supérieure. Sa grande taille faisant illusion, elle passe son brevet d’infirmière de la Croix-Rouge et devient AFAT Croix-Rouge, une auxiliaire féminine de l’Armée de terre française, jusqu’à la Libération.
La Savoie est en zone sud, libre, mais occupée partiellement par les Italiens alliés de l’Allemagne. Quand l’armée allemande envahit cette zone, en novembre 1942, la Savoie passe sous tutelle italienne, puis à la capitulation de l’Italie en 1943, elle est entièrement envahie par les Allemands. Janine Despinette, toute jeune infirmière, est confrontée durement à la souffrance, à la détresse humaine – elle soigne les blessés des batailles du Monte Cassino – et «à l’imprévisible de la mort», dit-elle encore. Passant d’un hôpital à l’autre, elle reste debout jusqu’à la Libération; la guerre aura fait d’elle une «personne».

Jean-Marie Despinette est né dans cette Lorraine industrielle aux frontières bouleversées par les guerres franco-allemandes. Son enfance, ancrée dans le catholicisme et les mouvements chrétiens d’éducation populaire comme les «Cœurs Vaillants et Âmes Vaillantes de France», oriente ses années de formation. «J’avais été […] éduqué très tôt, dit-il, à ouvrir les yeux sur le monde tel qu’il est. Encore enfant, élève d’un collège où on faisait des études classiques, j’avais pu prendre conscience de la différence entre le statut d’élève et le statut d’apprenti. J’avais pu voir cette différence et je sus la voir.»[4] Péguy, Bergson, puis plus tard Jacques Maritain dont il fut l’élève à La Catho, l’Institut universitaire Catholique de Paris, et Teilhard de Chardin, ont orienté sa vie.
Jacques Maritain (1882-1973), écrivain, philosophe, inspiré par Saint Thomas d’Aquin et Aristote, a exercé une influence importante pendant plus de cinquante ans sur la pensée catholique du XXe siècle. Jean-Marie Despinette fait sienne sa vision d’une humanité libérée, exposée dans Les droits de l’homme et la loi naturelle (1942), un livre de combat et de résistance où Maritain, soucieux des droits de l’homme et du bien commun, définit «les principes d’un humanisme politique fondé sur le respect de la personne humaine, de sa dignité et de ses droits»[5].

En juin 1940, après la défaite militaire française et la signature de l’armistice, la France est partagée en deux parties. Jean-Marie Despinette se retrouve dans la zone sud, régie par le gouvernement de Vichy, comme des milliers d’autres jeunes officiers qui s’y sont repliés. D’emblée domine le sentiment qu’il faut se réorganiser dans la défaite, prioritairement prendre en charge les jeunes et, parmi eux, les démobilisés, les chômeurs, les égarés sans parents, les désœuvrés. Jean-Marie Despinette est tenté par L’Appel de Londres de juin 1940, mais finalement, par solidarité, accepte de s’engager dans Les Compagnons de France, un organisme mis en place en juillet 1940 par les représentants de l’ensemble des mouvements de jeunesse français existant en zone libre. Ces organisations, scoutisme, Action catholique, Jeunesse protestante, juive, laïque, groupes sportifs, Jeunesse des différents partis politiques, fort structurées avant-guerre déjà, détachent des cadres pour renforcer le mouvement des Compagnons de France. Ce pluralisme fait de lui une structure originale, représentative des divers courants politique, idéologique et confessionnel constitutifs de la société française, mais il est aussi la garantie contre toute tentation des mouvements collaborationnistes d’en prendre le contrôle et d’en faire un mouvement unique au service de Vichy et de la Révolution nationale lancée par le Maréchal Pétain[6].
Les Compagnons de France, soutenus par Vichy qui leur attribue d’importantes subventions, mènent un double projet: l’encadrement des jeunes dans leurs loisirs et la formation professionnelle d’apprentis liée au secteur de l’artisanat. Jean-Marie Despinette est «l’un des pères du projet de formation professionnelle chez les Compagnons de France» qui organisent un véritable laboratoire de recherche pédagogique basé sur l’éducation par l’action et une formation complète de l’individu sur les plans intellectuel, culturel et sportif[7]. L’ensemble des activités menées par les Compagnons de France rassemblait environ trente mille jeunes[8].

Avec d’autres intellectuels du mouvement, Jean-Marie Despinette, responsable de la formation des Chefs Compagnons de France, passe par l’Ecole des cadres d’Uriage où des penseurs et philosophes comme Jean Lacroix (1900-1986), Emmanuel Mounier (1905-1950), chef de file du personnalisme et fondateur de la revue Esprit ou Hubert Beuve-Méry (1902-1989), créateur du journal Le Monde, encouragent la libre confrontation des idées et favorisent des prises de conscience critiques[9] qui conduiront à sa fermeture fin 1942. L’histoire de l’Ecole des cadres d’Uriage «constitue un exemple à la fois significatif et exceptionnel de la richesse et de la complexité des activités de jeunesse développées sous le régime de Vichy»[10].
Au moment où l’armée allemande envahit la zone libre, en novembre 1942, les Compagnons de France affirment leur distance avec Vichy, et l’introduction du Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne, imposé par le gouvernement de Pierre Laval, dégarnit leurs rangs, affaiblit leurs activités et consomme le lien qui les reliait encore. Le mouvement est dissous par Laval en janvier 1944; un certain nombre de ses cadres, déjà entrés en clandestinité en 42, rejoignent la Résistance[11].
Guillaume de Tournemire (1901-1970), le Chef Compagnon, avait créé en décembre 1942, avec Georges Lamarque (1914-1944), inspecteur général chez les Compagnons, un réseau de renseignements, le réseau Druides, composé de cadres des Compagnons de France. Celui-ci était rattaché au vaste réseau de résistance Alliance, créé fin 1940 et dirigé dès 1941 par Marie-Madeleine Fourcade (1909-1989). Ces deux réseaux de résistance ont fourni des informations essentielles et de valeur militaire à l’Intelligence Service britannique. Au moment où le mouvement des Compagnons de France est dissous, Guillaume de Tournemire et ses Druides poursuivent leurs activités clandestines jusqu’à la fin de la guerre[12].

Après la guerre, on retrouve Janine Despinette à Paris, pas encore majeure, où elle rejoint et intègre les Camarades de la liberté, «Les Cam’ lib’», y rencontre Jean-Marie Despinette et participe à sa première aventure européenne: le Train-exposition de la jeunesse.

«Né du croisement des organisations de jeunesse et de la clandestinité», Les Camarades de la liberté est un nouveau mouvement d’éducation populaire créé en novembre 1945 par ces dirigeants des organisations de jeunesse, anciens membres de la Résistance – plutôt des réseaux Druides et Alliance –, y perdurent donc l’engagement culturel et la préoccupation pour la jeunesse ouvrière sans formation professionnelle développés par les Compagnons de France[13]. Parmi eux, Emile Noël (1922-1996), René Basdevant (1922-2010), Jean Charles Moreau (1915- 2002), Maurice Clavel (1920-1979), Michel Dupouey, Charles Maignial, Jean-Marie Despinette; quelques-uns d’entre eux ont joué un rôle important dans la Campagne européenne de la jeunesse lancée au début des années 1950, puis plus tard dans la construction européenne, comme Emile Noël qui fut le premier secrétaire général de la Commission européenne[14].
Cette génération de jeunes dirigeants des mouvements de jeunesse veut initier, dans ces temps incertains de l’après-guerre, une dynamique institutionnelle en faveur des loisirs et de la formation professionnelle, mais aussi poser les bases d’une communauté européenne qui intègrerait les élans de la jeunesse. Pour ce faire, ils lancent le Train-exposition de la jeunesse qui emmène à son bord des expositions sur les formations professionnelles, la condition sociale des jeunes, leurs besoins, leurs aspirations, leurs réalisations, ou encore sur l’armée; un wagon était consacré à l’amitié franco-allemande. Chaque halte est prétexte à des réunions de réflexion, à des événements culturels ou festifs, prélude à de nombreuses amitiés européennes à venir.
Placé sous un comité de patronage formé d’hommes politiques, de militaires ou d’artistes comme le Président de la République Vincent Auriol, le Général De Lattre de Tassigny, le ministre Robert Schuman, Léon Blum, Jean-Louis Barrault ou encore François Mauriac, ce Train-exposition inauguré en juin 1947 allait parcourir des milliers de kilomètres à travers la France, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg jusqu’en 1948[15].

Participer à l’utopie de l’unité européenne

Janine Constantin et Jean-Marie Despinette se marient en 1948 et parcourent aussitôt l’Europe pour être témoins et partie prenante de la naissance d’institutions comme la Bibliothèque internationale de la jeunesse (BIJ) ou les Instituts de la jeunesse de l’UNESCO en Allemagne, qui se créent peu de temps après la Libération et qui participent du même effort de reconstruction d’un avenir différent dans un espace géographique pacifié, mais soumis à la pression de deux blocs antinomiques, USA et URSS.
La Bibliothèque internationale de la jeunesse à Munich, fondée par la journaliste américano-germanique Jella Lepman (1891-1970) et dirigée par Walter Scherf (1920-2010), auxquels Janine Despinette restera toujours attachée, et les Instituts de la jeunesse de L’UNESCO ont en commun cette préoccupation, dans l’idéal, de l’éducation de la jeunesse à l’entente internationale, à la compréhension interculturelle.
Cette même année s’étaient tenus à la Haye les «Etats généraux de l’Europe» réunissant plus de huit cents délégués venus à titre personnel de toute l’Europe, décidés à redonner à celle-ci, «moralement disqualifiée» et affaiblie, des bases qui lui permettent de se reconstruire dans l’unité[16]. Les travaux des délégués touchaient aux domaines politique, économique, social et culturel; la commission culturelle proposait la création d’un Institut européen de l’enfance et de la jeunesse, chargé notamment de favoriser les échanges entre les jeunes Européens de toutes conditions sociales.
C’est à ce développement des échanges entre jeunes Européens que s’est attelé Jean-Charles Moreau, ancien Compagnon de France et responsable, à la Direction de l’éducation publique du Gouvernement militaire en zone française d’occupation, du travail parmi la jeunesse allemande[17].
Comment dénazifier la société allemande, et surtout sa jeunesse qui avait été élevée dans les rangs de la Hitlerjugend, ce mouvement unique, totalitaire, toxique, et qui avait participé à la guerre[18]? Telle était la préoccupation des Alliés, balançant entre mesures de coercition, d’épuration et d’éducation.

La représentation du nazisme était différente pour chaque pays occupant de l’après-guerre en Allemagne et chacun avait la volonté de donner, voire d’imposer son propre système de valeurs[19]. Les Français ont été les seuls à miser sur la culture pour «l’auto-réorientation» des Allemands. Ils avaient choisi des anciens cadres des mouvements de jeunesse et des Camarades de la liberté pour ce travail qui tenait, pensaient-ils, de la reconstruction spirituelle[20].
Si la jeunesse à cette époque, dans un élan d’espérance romantique, symbolise un renouveau possible, elle constitue aussi un enjeu sociologique, politique et idéologique[21].
Au lendemain de la guerre, toutes les organisations de jeunesse s’étaient réunies en une Fédération Mondiale de la Jeunesse Démocratique (FMJD), mais celle-ci fut rapidement inféodée aux communistes; les débuts de la guerre froide et les tensions entre Alliés conduisent les mouvements de jeunesse du monde occidental à s’en retirer et à créer la World Assembly of Youth (WAY), l’Assemblée mondiale de la jeunesse, avec l’appui des Anglo-Saxons[22]. Jean-Marie Despinette y représentait les mouvements de jeunesse français lors de la première assemblée qui se tint à Londres en 1948. L’affrontement Est-Ouest se révélait aussi dans les mouvements de jeunesse organisés.

En 1951, Le Mouvement européen, né de la conférence de La Haye, lance avec la WAY le grand projet de la Campagne européenne de la jeunesse qui débute par la première Rencontre de la jeunesse à la Lorelei, à laquelle collaborent et participent avec enthousiasme Janine et Jean-Marie Despinette. Celle-ci se déroule sur le fameux rocher, dans le camp et l’amphithéâtre en plein air légués par la Hitlerjugend; il fallait symboliquement frapper fort les esprits.
Si les participants, trente-cinq mille réunis en cinq décades durant l’été, sont principalement des Allemands et des Français, une quinzaine d’autres pays y sont représentés. Se succèdent au programme: séminaires de réflexion sur la politique mondiale, la décolonisation, les expériences fédéralistes, par exemple, et activités artistiques, chants, danses et théâtre en compagnie du Théâtre National Populaire (TNP) avec Jean Vilar, Roger Planchon, Gérard Philipe et Jeanne Moreau, du Piccolo Teatro de Milan et de troupes britanniques et allemandes. Cette première Rencontre de la jeunesse eut un retentissement international.

La Campagne européenne de la jeunesse (1951-1958) allait offrir aux jeunes générations l’opportunité, au travers de multiples rencontres, «d’une participation active à la création d’une Europe des peuples, à l’élaboration d’un projet commun de société différent des modèles existants, à la prise de conscience d’une dimension de responsabilité européenne dans le monde»[23]. Janine Despinette souligne encore que la Rencontre de la Lorelei «a été le point de départ de toutes les manifestations culturelles internationales mises en place dans les décennies qui suivirent», comme l’International Board on Books for Young People (IBBY), l’Union Internationale pour les Livres de Jeunesse en 1953, et dans la foulée la Ligue suisse de littérature pour la jeunesse en Suisse, la Biennale des illustrateurs de Bratislava (BIB) fondée sous l’égide de l’UNESCO, la Foire du livre pour enfants de Bologne lancée par Walter Scherf en 1964, le Festival de théâtre d’Avignon ou encore l’organisation européenne de l’Union des Foyers de Jeunes Travailleurs présidée par Jean-Marie Despinette.

Quelles étaient les valeurs qui sous-tendaient cet élan, ce pari sur l’avenir? Un terme semblait faire consensus: «l’humanisme»[24], mais sans que celui-ci ne soit jamais clairement défini. Le philosophe Karl Jaspers (1883-1969), lors des Rencontres internationales de Genève, en 1949, centrées sur le thème «Pour un nouvel humanisme», en donnait cette définition: «Le terme d’humanisme a des sens divers. Il désigne d’une part un idéal de culture impliquant l’assimilation de la tradition classique; ensuite, la re-création de l’homme d’aujourd’hui à partir de son origine; enfin le sens de l’humain, qui permet de reconnaître en chaque homme la dignité humaine»[25].
Dans ces années qui suivent directement la guerre, cette quête d’un nouvel humanisme trahit l’inquiétude d’hommes et de femmes qui ont vu l’inhumanité pervertir les sociétés, faire sombrer les cultures; il est essentiel pour eux de réactiver, mais aussi de redéfinir des valeurs culturelles, morales, spirituelles qui leur seraient communes et qui étaieraient leur engagement sociétal.

L’engagement éducatif, culturel et social

Dans les années qui suivent la Libération, la production de livres pour la jeunesse en France croit fortement; l’offre se diversifie, rajeunit, se fait plus attrayante, de grands auteurs se lancent dans l’écriture pour enfants, d’autres s’y consacrent de manière exclusive, contribuant ainsi à renouveler ce secteur de l’édition.
Chaque après-guerre a égrené ses espérances de paix et de tolérance et le livre, tout comme l’éducation, en participera. Les pouvoirs du livre et de la lecture sont encore ici hautement valorisés, supports et chemins de la culture, mais aussi des loisirs et de l’information[26]. Les représentations de l’enfance ont changé; on reconnaît aux jeunes le goût de la rêverie, de l’aventure, la richesse de leur monde imaginaire et leur curiosité de tout. Leurs activités ne sont plus circonscrites au foyer, à l’école; l’enfant vit dans son temps, dans les mouvements de son temps, avec de nouvelles promesses de loisirs, radio, cinéma et bientôt la télévision. L’enfance, la jeunesse sont porteuses d’avenir[27]; il leur faut donc des livres aux qualités littéraires et esthétiques indéniables et riches de valeurs humanistes.

Janine Despinette fait ses premières armes de critique dans la revue Educateurs publiée chez Fleurus par le Service central de recherche et d’action pour l’enfance dont Jean-Marie Despinette est le directeur. Ce Service, fondé en 1946 par Eudes de la Potterie (-2000) dans le cadre du Bureau international catholique de l’enfance (BICE), a rassemblé en un fonds remarquable, pendant près de quarante ans, journaux et magazines francophones et étrangers pour la jeunesse accompagnés d’un important service documentaire sur le sujet. Cette revue, dirigée par Louis Raillon (1922-2006)[28] et dont Jean-Marie Despinette fut aussi pour un temps responsable, propose des études psychologiques et sociologiques de l’enfance et de la jeunesse, des réflexions pédagogiques centrées sur l’Education nouvelle, des critiques des meilleurs livres et journaux pour les jeunes et prend position sur les interférences politiques du problème de l’enfance.
En 1952, dans l’esprit du temps, un numéro spécial est consacré à l’éducation du sens international[29], enrichissant la problématique qui avait déjà été amorcée dans l’entre-deux- guerres par le Bureau international d’Education avec son enquête Littérature enfantine et collaboration internationale[30]. Jean-Marie Despinette y traite des échanges internationaux entre les jeunes dans l’esprit de la WAY, Jeanne Cappe (1895-1956), du Conseil de littérature jeunesse de Bruxelles, retient, dans Littérature enfantine et sens international, ce qui dans la production pourrait former la base d’un corpus et Mathilde Leriche (1900-2000), de la Bibliothèque de l’Heure joyeuse à Paris, propose une sélection d’ouvrages en français et en langues étrangères.

Pendant plusieurs décennies, Janine Despinette poursuit une intense activité de critique littéraire auprès de nombreux journaux et organismes: au journal Le Progrès à Lyon où elle s’occupe de la rubrique «adolescents», alors que Natha Caputo (1904-1967), une des pionnières de la critique des livres pour enfants, se chargeait de celle des petits, et auprès de l’Agence de presse Aigles, où elle tient la rubrique «Littérature de jeunesse» diffusée dans plusieurs dizaines de quotidiens francophones. Mais c’est à l’association Loisirs Jeunes, où elle assure de 1953 à 1988 la responsabilité des rubriques «Livres», «Arts» et «Expositions» dans la revue hebdomadaire éponyme, qu’elle réserve la part la plus importante de cette activité.

Janine Despinette pense son travail de critique comme une médiation, évitant ainsi d’être dans l’impératif de la prescription; elle y voit aussi la possibilité d’une mise en valeur des œuvres pour elles-mêmes. Si elle accorde une importance primordiale à l’esthétique de la langue et des illustrations, au travail des auteurs et des illustrateurs qu’elle considère d’abord comme des artistes, elle se soucie toujours de la manière dont l’œuvre sera reçue et lue par les enfants. Au fil de l’accroissement de la production de livres pour la jeunesse, son élan «d’origine» la pousse à privilégier le livre illustré et l’album.
Conjointement avec son travail de critique, Janine Despinette participe avec Jean-Marie à la création, en France, de deux organismes: Loisirs Jeunes (1947) et le Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse (CRILJ, 1974), et fonde encore avec lui le Centre international d’études sur la littérature de jeunesse (CIELJ) à Charleville-Mézières (1988) avec son site internet Ricochet (Réseau International de Communication entre Chercheurs Travaillant en littérature jeunesse).

Au niveau international, elle est appelée comme correspondante et/ou consultante auprès d’organismes comme la BIJ de Munich, la Foire internationale du livre pour enfants à Bologne ou IBBY, dont elle est la cofondatrice de la section française; on requiert encore sa présence et ses compétences de critique dans plusieurs jurys de sélection de Prix littéraires ou graphiques dont elle assumera parfois la présidence: la BIB à Bratislava, le Prix H. C. Andersen décerné par IBBY, le Prix Janusz Korczak, le Prix de la Biennale d’illustration internationale de Barcelone, le Prix international de La Plume d’or à Belgrade, le Prix européen Pier Paolo Vergerio et le Prix international Rolando Anzilotti en Italie.
La fréquentation des jurys littéraires, français et internationaux, a permis à Janine Despinette de publier, dans la revue Enfance[31], une recension de tous les prix littéraires consacrés à la littérature pour la jeunesse dans le monde. Un travail unique et très documenté qui fait encore référence, car elle s’y interroge sur ce qui sous-tend leurs critères de choix, leur modulation dans le temps, leurs conséquences sur la création et la pérennité des œuvres primées.
La participation active et surtout fidèle de Janine Despinette à ces jurys, mais aussi à de nombreux colloques internationaux, révèle son attachement sans faille à «l’idée d’Europe». «Il y avait eu, raconte-t-elle, le train-exposition de la jeunesse, ma grande aventure européenne, et… la Lorelei!». Deux expériences fondatrices qui l’ont nourrie, portée et guidée, sa vie durant.

Jusqu’en 2014, Janine Despinette collabore aussi à des publications collectives, à des revues spécialisées, universitaires ou littéraires, françaises et étrangères, comme History of Education and Children’s Literature, ooohéee ou Rassegna di Pedagogia, à Ricochet, en y apportant des contributions consacrées le plus souvent aux illustrations, aux relations texte-image, à l’image, à l’importance de sa lecture, de ses rapports avec l’art, le cinéma, le film d’animation, l’architecture, les contes ou encore aux apports des albums contemporains à l’éducation de la sensibilité esthétique des enfants.

De son côté, Jean-Marie Despinette est entré en 1955 à la Régie Renault à Boulogne-Billancourt où il crée l’Association Santé Physique et Mentale de l’Enfant (SPME), un service des œuvres sociales et culturelles de l’entreprise. Cette même année, il a fondé l’Union Française des Jeunes Travailleurs (UFJT), alors qu’il était président du Foyer des jeunes travailleurs de Courbevoie[32]. Son action auprès d’eux tient autant de leur protection sociale au moment où ils vont entrer dans le monde du travail, que de l’action culturelle et de loisirs.
Son aura professionnelle et son charisme lui ouvrent les portes de quelques ministères comme celui de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative, qui apporte son soutien à ses actions culturelles et sociales. En 1964, il participe encore à la création du Fonds Jeunesse et Education Populaire (FONJEP), chargé de subvenir à la création de postes dans des associations, toujours dédiées à l’éducation populaire. Son travail quotidien et son intense engagement associatif aux côtés de Janine Despinette renforcent cette action culturelle qu’il considère comme un puissant vecteur d’éducation et de promotion sociale. Son livre sur l’éducation civique à l’école de la République, écrit pour les jeunes en 1986, participe de cette même conviction[33].

Dans l’action: Loisirs Jeunes, le CRILJ, le CIELJ

Loisirs Jeunes

En 1947, sous l’impulsion d’André Conquet, de Lucien Trichaud et de Jean-Marie Despinette[34], une équipe de parents et d’éducateurs lance, dans le cadre des activités de l’Union nationale des associations de famille (UNAF), un service de renseignements et d’informations sur les loisirs des jeunes de moins de 18 ans, l’association Loisirs Jeunes. Ces initiateurs, soucieux d’un pluralisme des opinions qui leur est cher, associent à leur comité des représentants des mouvements de jeunesse des milieux catholiques et protestants et des œuvres laïques.
Cette association publie, dès 1953, un guide annuel, Guide Paris des Jeunes et en complément, pour être en phase avec l’actualité, Loisirs-jeunes informations hebdomadaires[35]. «Il ne s'agit nullement d'un bulletin de programmes. Vous trouveriez ceux-ci beaucoup plus détaillés, soit dans votre quotidien habituel, soit dans des revues spécialisées. Les spectacles et autres loisirs signalés dans ces pages ne constituent pas de simples indicateurs. La sélection que vous trouvez ici résulte d'un choix guidé non par des raisons commerciales [...] mais par des critères d'ordre artistique, éducatif et moral. Seul ce qui représente une réelle valeur culturelle est mentionné. Il y aura aussi dans chaque numéro des critiques détaillées sur quelques spectacles, livres, émissions radiophoniques»[36]. A leurs débuts, la présentation de ces informations est plutôt modeste, mais elle se transformera progressivement en un magazine richement illustré.

La lecture et les livres pour enfants sont ici pleinement intégrés dans les loisirs, complémentaires des autres activités culturelles. C’est ce qui fait l’originalité et l’avant-gardisme de ce périodique qui se démarque ainsi des quelques autres revues consacrées à la littérature pour la jeunesse sur la scène francophone de l’époque. Il sera adopté par les Belges et copié par les Britanniques. Sa longévité est étonnante, il paraîtra jusqu’en 1984, puis sous la forme plus modeste de La lettre Loisirs Jeunes jusqu’en 1988. La parution de nombreuses nouvelles revues de référence traitant uniquement de la littérature et des livres pour enfants, les lois du marché de l’art et de la télévision, le recours plus important à la publicité et donc la perte de sa vocation militante première auront raison de sa publication.

Des numéros thématiques soutiennent les informations hebdomadaires comme: Le cinéma, 1957; Les musées, 1975; Les chansons, 1977; La presse des jeunes, 1975, 1979 par Janine Despinette; la presse des jeunes a toujours été un sujet «sensible» et constant; un premier tableau comparatif paraît dans le Guide Paris des Jeunes en 1954 déjà, puis également en 1961 et 1971[37].
En 1958, Loisirs Jeunes propose à un éventail de quatorze critiques de livres pour enfants, de mouvements d’opinion, de croyances et d’engagements politiques fort différents, d’établir deux listes, l’une de vingt livres qui devraient avoir été lus par les moins de quatorze ans, et une autre des dix meilleurs livres parus dans l’année. Parmi ces critiques, on trouve les acteurs importants des milieux des livres pour enfants de ces années-là: Natha Caputo, Janine Despinette, Marguerite Gruny, Mathilde Leriche, Marc Soriano, Raoul Dubois, Alice de Rycke du Conseil de littérature de jeunesse à Bruxelles ou Yette Jeandet des Nouvelles littéraires. L’exercice révèle une unanimité relative sur les classiques de la littérature pour la jeunesse, car seuls Andersen, Lagerlöf et Malot remportent le plus de suffrages. Parmi les auteurs du moment, Baudouy, Manzi et Berna viennent en tête.
Créer la base d’une bibliothèque idéale qui recouvrirait toutes les fonctions, tous les pouvoirs que l’on reconnaît aux livres est un désir constant parmi ces médiateurs du livre pour enfants, qui n’ont de cesse de les passer au tamis de leurs critères esthétiques, littéraires ou moraux afin qu’il ne reste que des perles.
La politique d’attribution des prix de l’association Loisirs Jeunes relèvera de cette même volonté.

Chaque fin d’année, un numéro «Etrennes et Cadeaux» présente une sélection de livres, de jeux et de jouets, de disques, de films choisie par Loisirs Jeunes dans la production de l’année. Pour donner de la visibilité à cette sélection, mais aussi au périodique, celle-ci est exposée, dans les semaines qui précèdent Noël, sur un bateau-mouche amarré près du pont de l’Alma à Paris, puis dans d’autres villes de France[38].

Dès 1960, pour dépasser le cadre des sélections d’étrennes, Loisirs Jeunes lance les Diplômes Loisirs Jeunes du meilleur livre, meilleur disque, meilleur jouet, dans le but d’encourager la création et de faire évoluer la production des biens culturels de l’enfance. Sélectionnés par un jury où le pluralisme des opinions est toujours respecté[39], ces Diplômes sont très populaires auprès du public.

Le Prix Graphique Loisirs Jeunes, dans le contexte des années 1970 où la production d’albums témoigne de l’émergence de nouveaux courants graphiques, souhaite, lui, mettre l’accent et attirer l’attention de tout un chacun sur ces nouvelles qualités artistiques et esthétiques des livres pour enfants, sur les écrivains et les illustrateurs qui font œuvre d’artistes. Les lauréats de ce prix sont tous passés à la postérité: Patrick Couratin, Sonia Delaunay, Nicole Claveloux, Philippe Dumas, Georges Lemoine, Tomi Ungerer, Jean Claverie, Henri Galeron, Michel Gay, par exemple.
La liste des sélectionnés et des lauréats de ces récompenses nous renvoie au fonds des bibliothèques de jeunes des années 1970 et 1980 et à leurs lecteurs qui se sont passionnés pour ces auteurs et ces artistes patiemment choisis et médiatisés.
L’exposition «La littérature en couleurs» est un des grands moments culturels organisés par Loisirs Jeunes et la SPME. Jean-Marie Despinette, Janine Despinette et l’éditeur François Ruy-Vidal créent, en 1984, une exposition itinérante qui révèle au grand public vingt ans d’innovation dans les albums pour la jeunesse. Si celle-ci fait la part belle aux productions de Ruy-Vidal, trublion du livre pour les enfants et dont la production divise passionnément les critiques, elle les replace dans le contexte de la révolution graphique des années 1960-1970 qu’avaient révélée les Diplômes Loisirs Jeunes et le Prix Graphique. Et qui ne se rappelle des numéros spéciaux de Graphis consacrés à l’illustration des livres pour enfants, dévoilant l’effervescence de ces recherches stylistiques sur le plan international[40]?
Cette exposition, inaugurée au Musée des enfants du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, s’accompagne d’un magnifique catalogue[41] débordant de couleurs, dans lequel Janine Despinette revient sur la tradition et la novation des textes et des illustrations des livres pour enfants, Ruy-Vidal sur son parcours d’éditeur, Bernadette Bricout sur les richesses symboliques des nouveaux rapports texte-image et Jean-Marie Despinette sur les perspectives de démocratisation de l’art au service de l’éducation et de la culture.
C’est Janine Despinette qui crée ce concept de «la littérature en couleurs», le rattachant, dès les années 1960, aux productions éditoriales innovantes de Tisné, de Delpire, de l’Ecole des loisirs ou d’Harlin Quist. La littérature en couleurs renvoie au visuel, à l’image, aux images qui entourent désormais les enfants dans leur vie quotidienne, mais aussi à l’éblouissement des nouveaux livres illustrés. Etienne Delessert, Eléonore Schmid, Danièle Bour, Jacqueline Duhème, Claude Lapointe, Philippe Corentin, Guillermo Mordillo, Bernard Bonhomme, Joëlle Boucher, Mila Boutan, Alain Gauthier, Jean-Claude Marole, Alain Letort, autant d’artistes réunis ici et auxquels s’ajoutent encore les lauréats du Prix Graphique Loisirs Jeunes.

L’association Loisirs Jeunes, c’est un engagement de quarante ans. Ses directeurs successifs, Alain de Sauveboeuf, André Conquet, Jean-Marie Despinette et Marcel Berthet ont su donner, au fil de ces décennies, une visibilité exemplaire à leur action culturelle et éducative, par leur capacité à y associer des acteurs inattendus et à faire des livres un événement.
Il reste peu de traces de l’association Loisirs Jeunes, sauf dans la mémoire et dans les archives personnelles de ceux qui y ont participé, alors qu’elle a joué un rôle culturel et éducatif indéniable.

Le CRILJ

Le Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse est né en 1974 et reprend le nom d’une association créée en 1962 déjà, autour de Natha Caputo, Isabelle Jan (1930-2012), productrice à la radio, Mathilde Leriche, Marc Soriano (1918-1994), professeur d’université mais aussi critique littéraire à la revue Enfance et aux Lettres françaises, Raoul Dubois (1922-2004), critique et enseignant, membre du mouvement laïc des Francs et Franches Camarades, Janine Despinette, Loisirs Jeunes, par exemple[42]. L’objectif de cette nouvelle association: mener une réflexion et des études sur les grandes problématiques de notre société, leur traitement et leurs représentations dans la littérature pour la jeunesse. Placés sous la direction de chercheurs issus des domaines de la psychologie, de la création artistique, de la sociologie ou des bibliothèques, des cycles d’études et des colloques vont thématiser ces problématiques, au fil des ans. Quelques sujets traités: en 1975, la place et le rôle du livre et de la lecture dans la vie de l’enfant; en 1980, la demande des enfants de livres scientifiques et techniques; en 1982, la création en France; en 1986, enfance et poésie; en 2005, la précarité dans les livres pour enfants. Le CRILJ, ce sont aussi des actions d’animation sur le terrain, grâce à ses sections régionales qui organisent, entre autres activités, la circulation de malles de livres, des fêtes et des interventions dans les écoles[43].
Le CRILJ a publié aussi une revue d’information, la Revue CRILJ, mensuelle, à laquelle participe régulièrement et fidèlement Janine Despinette en y apportant des informations de la scène internationale ou des articles de fond touchant souvent aux images. Cette revue qui disparaît comme telle en 2009, réapparaît sous la forme d’un numéro annuel, Les Cahiers du CRILJ, abordant la production des livres pour enfants sous une forme thématique et analytique.
Dans les années 1970, la création du CRILJ coïncide avec l’éclosion d’un nombre important de revues de référence comme Livres jeunes aujourd’hui, Nous voulons lire!, La Revue des livres pour enfants, Trousse-Livres [devenu Griffon], Lecture jeune, une éclosion engendrée par le développement des bibliothèques pour enfants, la formation des bibliothécaires, l’essor de l’édition et la création de centres de documentation dans les écoles[44].
C’est ainsi que s’élargit l’éventail des réflexions et des points de vue de la critique autour de la littérature pour la jeunesse.

Le CIELJ: Octogonal, Les Prix Octogone, Ricochet

Pour Janine et Jean-Marie Despinette, la création du Centre international d’études en littérature de jeunesse, en 1988[45], s’inscrit dans la continuation de l’association Loisirs Jeunes; la revue Octogonal (1993-2004) qu’ils publient et les Prix Octogone qu’ils décernent prennent «le relais de cette communication et de cette communion des idées et des valeurs». Ici se concrétise et s’affirme la richesse du parcours personnel et international de Janine Despinette dans les milieux de la critique et de la promotion de la littérature pour la jeunesse. Elle souhaite franchir un pas de plus en élaborant le projet de mise en réseau des compétences de chercheurs au niveau international, grâce aux nouvelles technologies de la communication et de l’information, favorisant ainsi un accès rapide à une banque de données documentaires et critiques. Elle en fait son objectif principal; c’est une création pionnière née d’une intuition magnifique. Jean-Marie Despinette en sera le président.

Le CIELJ s’est installé à Charleville-Mézières dans les Ardennes où Janine Despinette a déménagé une partie de sa collection personnelle de livres pour enfants, quarante mille volumes témoins de son travail de critique et de cette production éditoriale depuis les années 1950. Comme Janine Despinette le raconte à Étienne Delessert dans Parole[46], elle avait répondu à l’appel de ses amis de l’Institut international de la marionnette de Charleville-Mézières, qui souhaitaient lancer des ponts entre des arts différents pour un même public, celui des enfants.
Dans un premier temps, l’équipe de Jean-Marie et Janine Despinette utilise ces nouvelles technologies pour un essai de production multimédia, puis au niveau des réseaux informatiques.
 «Les idées de Janine Despinette et du groupe de travail qui se réunissait autour d’elle semblaient à bien des égards novatrices: le livre pour enfants, regroupant textes et contenus, images et illustrations, pouvait être adapté, reproduit, réinterprété sous d’autres formes artistiques et d’autres supports.»[47] Mais c’est d’abord autour des rapports entre édition enfantine et multi supports, entre œuvres originales et adaptions que va se porter la réflexion.

Henri Hudrisier, du département Hypermedia de l’Université Paris VIII[48], Damien Villière, graphic designer et Janine Despinette créent en 1990 un cédérom, Pinocchio, où étaient réunis les diverses adaptations du texte, les réinterprétations du personnage, les différents illustrateurs qu’il avait inspirés, Mussino ou Innocenti. «Ce fut sans doute l’une des premières fois que des pratiques technologiques aidaient à la compréhension et à l’interprétation de la littérature pour la jeunesse»[49].

Puis Henri Hudrisier crée la première version du site Ricochet qui associe, sous une même interface, données documentaires et bibliographiques, ainsi que des informations de l’actualité française et internationale pour établir un réseau de communication entre chercheurs; mais Ricochet se transforme encore. En 1996, une équipe emmenée par Alain Giffard, de Culture-médias & numérique, et Vivette Pouzet, professeur de littérature comparée, se donne plusieurs missions: le traitement informatique de la collection Despinette, la mise sur pied d’une base de données consacrée à la culture et à la littérature pour la jeunesse en Europe et accessible à tous, un atelier virtuel pour expérimenter l’écriture multimédia et des actions de formation «Ricochet», pour les jeunes et les adultes, dans le département des Ardennes, afin de favoriser une bonne maîtrise de ces nouvelles technologies. Seule la première des missions n’a pas été remplie.
Le site web www.ricochet-jeunes.org, Portail européen sur la littérature jeunesse, est opérationnel dès 1998; en 2002, Ricochet compte quelque vingt mille pages et deux millions de visites par an[50].
En 2008 l’aventure Ricochet, qui fête ses vingt ans, référence, entre autres informations, plus de trente-quatre mille livres francophones pour la jeunesse; le site est sur-fréquenté, «victime» de son succès. Il devient urgent de le réadapter en développant ses services et en changeant son matériel. Le budget annuel de l’association, qui emploie trois salariés, est resté modeste et les fonds manquent cruellement. Sa survie est menacée[51]. Après de nombreux rebondissements financiers et juridiques, l’illustrateur Etienne Delessert, qui a repris la présidence de l’association et poursuivi la maintenance du site, assure sa pérennité en transférant Ricochet à Lausanne, en 2010, à l’Institut suisse Jeunesse et Médias (ISJM) dirigé par Yvan von Arx et Brigitte Praplan. L’ISJM, avec l’accord enthousiaste de Janine Despinette, en assure la gestion officieuse jusqu’en 2012, année où ce site devient sa propriété, avec l’appui financier de la Confédération suisse, lui permettant ainsi de poursuivre sa vocation d’information sur le plan européen, voire mondial. Les quarante mille livres de la collection Despinette ont suivi le même chemin vers Lausanne.

Ces nouvelles technologies, si elles sont enthousiasmantes en termes d’information et de communication, de productions multimédias, se sont emparées «de l’activité la plus significative, la plus générique de la culture: la lecture […]»[52]; ces technologies transformeront les représentations de la lecture et la manière dont elle sera désormais pratiquée.

Choisir, écrire, établir des correspondances, des résonances…

Passer d’une lecture familiale «à une lecture critique systématique impliquant des aspects psychologiques, sémiologiques, sociologiques, artistiques et esthétiques» était un véritable défi, raconte Janine Despinette.
Au début des années 1950, reprenant le fil de sa formation supérieure, elle suit les cours professionnels du Syndicat des éditeurs et s’inscrit à l’Ecole pratique des hautes études, au Centre de psychologie comparative dirigé par le professeur Ignace Meyerson (1888-1983). Elle le suit à L’Ecole des hautes études en sciences sociales et devient son assistante; elle y sera membre chercheur pendant près de trente ans. Soucieux de la culture de l’autre, de son éducation, Meyerson s’était intéressé très tôt aux activités culturelles menées par les Despinette.
Fondateur de la psychologie historique, Meyerson faisait dialoguer entre elles des disciplines comme la psychologie, la sociologie, l’histoire, la linguistique et l’esthétique. Il avait posé les bases «d’une psychologie qui étudierait dans l'Homme ce qui est proprement humain, en se donnant pour objet d'enquête l'ensemble de ce que l'Homme a créé et produit dans tous les domaines, au long de son histoire», comme les outils et les techniques, les sciences, les langues, les religions, les arts […]. Pour lui, l’Homme est dans ce qu’il a «construit, conservé et transmis: les œuvres qu'il a édifiées et où il a mis, en leur donnant une forme durable, achevée, ce qu'il avait en lui de plus fort et de plus authentique»[53].
La littérature pour enfants, ses créateurs, auteurs et illustrateurs, avec lesquels Janine Despinette entretient des liens subtils que lui autorise son éducation artistique et esthétique, est un domaine dans lequel Meyerson, passionné de peinture, entre naturellement.

En 1972, ses liens avec la scène internationale du livre pour enfants, ses travaux chez Meyerson et son engagement à Loisirs Jeunes la conduisent à la publication d’Enfants d’aujourd’hui, livres d’aujourd’hui[54] que Casterman lui a commandé. Ce livre, synthétique mais complet, revient brièvement sur l’histoire du livre pour enfants, dresse un état de la production éditoriale, recense les instances médiatrices françaises et internationales et propose un ensemble de livres largement commentés.
Les critères de sélection auxquels Janine Despinette se réfère sont contenus dans la Charte pour le livre d’enfant[55] publiée par le Bureau international catholique de l’enfance et que l’UNESCO a fait sienne en 1970.
Cette charte propose à tous les acteurs et médiateurs de livres pour enfants un ensemble d’exigences à respecter dans leur politique de production ou de sélection. Si des qualités littéraires et esthétiques sont essentielles, les valeurs sociales, comme le sens civique, la justice, la paix ou la liberté, sont assorties de valeurs spirituelles, celles d’un christianisme proche de son temps[56].

Ce livre, bien accueilli par la presse spécialisée[57], figure aujourd’hui encore dans les bibliographies de référence, car il fixe un moment de l’histoire du livre pour enfants. Il prend place parmi ceux de Marc Soriano, Isabelle Jan, Marguerite Vérot, Denise Escarpit, Georges Jean (1920-2011), Roger Boquié (1921-2013) et Monique Bermond, par exemple, qui tous ont contribué à développer la recherche et la réflexion dans le domaine du livre pour enfants dans les année 1970[58], placées sous l’autorité tutélaire de Paul Hazard (1878-1944).

Ses connaissances de l’illustration contemporaine, sa capacité à faire naître des parentés, à les relier entre elles, se lisent dans plusieurs expositions auxquelles elle a participé comme: Visages d’Alice ou les illustrateurs d’Alice et Imaginaires des illustrateurs européens, toutes deux au Centre Pompidou, l’une en 1977, l’autre en 1993. Cette dernière la rattache à l’Italie, à l’Ecole internationale d’illustration de Sarmede en Vénétie, fondée par l’illustrateur tchèque Stepan Zavrel (1932-1999), où elle aimait se rendre avec Jean-Marie Despinette. «Sarmede, c’est ma famille!» rappelle-t-elle avec chaleur. Mais l’Italie, ce sont aussi ses liens étroits, avec Anna-Maria Bernadinis, théoricienne des rapports entre l’éducation et la littérature pour la jeunesse et Giuseppe Flores d’Arcais (1908-2004), fondateur de l’Ecole pédagogique personnaliste de Padoue; tous deux ont créé à l’Université de Padoue un important centre de documentation sur les littératures de jeunesse, ainsi que le premier prix européen de littérature de jeunesse en 1962. Quant à la Florentine Carla Poesio, journaliste, critique, spécialiste de l’image, elle parcourt les allées de la Foire de Bologne en compagnie de Janine Despinette depuis de nombreuses années déjà; en 2013, la Foire les a récompensées pour cinquante ans de présence fidèle et professionnelle.

Une part de la collection Despinette se trouve encore à Boulogne-Billancourt; elle se compose de livres et d’albums qui sont une invitation à un voyage magnifique à travers le temps, un voyage dans les imaginaires, les idées, les courants artistiques européens, les recherches graphiques. Les représentations de l’enfance, réelles, historiques, rêvées ou idéalisées s’y révèlent et la lecture s’y déploie comme un jeu toujours renouvelé.
Ces livres portent la trace d’intenses partages, d’amitiés nouées, de paroles échangées et pour qu’ils restent vivants, il faut les relier à la parole de celle qui les a patiemment réunis, présentés, conservés et portés en elle, entretenant avec eux une relation heureuse. Chacune des contributions que Janine Despinette a consacrées à ces créateurs d’images est non seulement un commentaire, mais aussi une invitation à les approcher, les comprendre, les faire nôtres, à être enchantés à notre tour.

Le dernier ouvrage de Janine Despinette, Les imagiers de la littérature en couleurs et la Dame d’œuvres[59], garde en un seul lieu la trace, plus même, la mémoire des innovations qui ont parcouru le champ éditorial des livres pour enfants des années 1950 à 2000, mais aussi celle de toutes ses rencontres avec les artistes. Cet imposant travail de recherche est non seulement le résultat de ses travaux avec Meyerson, mais aussi le fruit de sa volonté d’explorer sans cesse de nouveaux espaces géographiques, artistiques, de sa capacité d’être surprise; elle affirme ici toutes les potentialités culturelles des livres illustrés et des albums. Elle y parle des artistes témoins de leur temps, qui ont consacré une part de leur œuvre, si ce n’est toute leur œuvre, aux enfants, et s’interroge sur la place qui leur est faite dans la société[60]. Citant Meyerson, elle pense que «les œuvres sont d’abord un témoignage. Elles fixent, résument et conservent ce que les hommes d’un temps ont réussi à faire et à exprimer. Elles sont souvent un témoignage éminent quand elles traduisent non pas une pensée moyenne mais une pensée neuve, un moment où l’esprit a tendu à progresser, à se dépasser. Elles agissent: la pensée neuve de quelques-uns devient une pensée nouvelle d’un grand nombre»[61].
La littérature en couleurs implique littérature et illustration, mais ce titre générique induit bien plus qu’un simple rapport texte-image, il fait apparaître la lumière, la vie, le mouvement, appelle le rouge même, la richesse de sens; la littérature en couleurs, c’est une nouvelle écriture[62].
Cet ouvrage, à paraître, sera un guide précieux, à tenir dans la main, pour parcourir les rayons de la collection de Janine Despinette où abondent les couleurs. Et quelle richesse: une importante introduction contextuelle, passées les années des premières innovations puis les prémices d’un renouveau, viendront celles des explosions artistiques qui légitiment l’illustration comme art, puis celles d’une nouvelle génération de graphistes et enfin, butant sur le tournant du siècle, celles des créateurs entre post-modernisme et nostalgie, papier et multimédia. Autant de peintres du quotidien, de fantaisistes, de rêveurs éveillés… près de cent quatre-vingts en tout, présentés généreusement.
Janine Despinette développe ici un point de vue très personnel, original, toujours rétrospectif, s’étayant sur une vaste culture littéraire et artistique, mais aussi sur la richesse de ses associations libres. Son parcours est particulier, atypique même, dans le monde de la critique des livres pour enfants.
Elle avait appris de son père «la passion du regard»[63]. Un regard libre aussi, qu’elle a posé avec professionnalisme et bienveillance sur les artistes qu’elle a côtoyés. Elle possède une intelligence joueuse, car qui mieux qu’elle pouvait imaginer voir dans un point la promesse d’un mouvement, le début d’un rythme[64]?

Josiane Cetlin

Neuchâtel (Suisse), le 10.12.2014. (Texte revu et corrigé pour la dernière fois en août 2017).

Bibliographie


[1] Janine Despinette, Les imagiers de la littérature en couleurs et la Dame d’œuvres, à paraître, p. 63.
[2] Ce texte suit fidèlement la narration qu’a faite Janine Despinette de son parcours de vie, de son travail de critique et de ses engagements européens lors de nos entretiens du 22 au 24 août 2014 à Boulogne-Billancourt/Paris où elle réside. Les informations biographiques et institutionnelles non référencées m’ont été partiellement transmises par Janine Despinette à cette occasion.
Voir aussi: Janine Despinette, Janine Despinette: un itinéraire de passeur dans le cadre européen, intervention faite à l’Université d’Artois, Arras, le 3.12.2010, dans le cadre du séminaire Grands témoins de la recherche et de la promotion des publications pour la jeunesse, p. 1-3.
Voir encore: Etienne Delessert, «La grande dame de la littérature en couleur», in Parole, n° 3, 2011, p. 5-7.
[3] Documentation: http://www.millon-associes.com/html/fiche.jsp?id=1496722&np=8&lng=fr&npp=20&ordre=&aff=2&r= et
http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/lot-ventes-aux-encheres.jsp?id=656175
[4] Jean-Marie Despinette, «Un témoignage», in Rassegna di Pedagogia, Pädagogische Umschau, Estratto, Pisa, Roma, Istituti Editoriali e Poligrafici Internazionali, Anno LVIII, n° 1-2, 2000, p. 3, un numéro consacré à Emmanuel Mounier.
[5] Jean-Jacques Friboulet, Le bien commun selon Jacques Maritain, conférence, Colloque interdisciplinaire, 7-8 juin 2006, Département d’économie politique, Université de Fribourg CH, p. 2,
http://www.unifr.ch/heed/assets/files/Le%20bien%20commun%2020.06.06%20colloque%20Berthouzoz.pdf
[6] Jean-Marie Despinette, op. cit., p. 4-5.
Voir aussi: E. du Réau, Interview de Monsieur Jean Moreau, 18.5.1998: Formation et circonstances de son action en Allemagne, I, p. 1-37; L’engagement européen, II, p. 38-51, European university Institute, Historical Archives of the European Union, 2014, http://apps.eui.eu/HAEU/OralHistory/pdf/INT607.pdf, p. 4-6.
[7] Rozenn de Tournemire, «Les Compagnons de France, œuvre sociale, œuvre éducative», in Jean-William Dereymez, (dir.), Etre jeune en France (1939-1945), Paris, L’Harmattan, 2001, coll. Mémoires du XXe siècle, p. 204, 199.
[8] Témoignage d’Aimé Aubert, Compagnon de France, recueilli en 1998 et mis en ligne sur le site de la Famille de Tournemire, dont l’un des membres, Guillaume de Tournemire, fut le Chef des Compagnons de France de 1941 à leur dissolution, www.tournemire.net
[9] Bernard Comte, Une utopie combattante: l’Ecole des cadres d’Uriage 1940-1942, Paris, Fayard, 1991, p. 184, 186, 348, 551.
[10] Bernard Comte, «L’école d’Uriage. De la formation des cadres à la résistance armée», in Patrick Gallaud (dir.), Education populaire, jeunesse dans la France de Vichy 1940-1944, Paris, Institut national d’éducation populaire/INEP, 1985, coll. Les cahiers de l’animation, n° 49-50, p. 157.
[11] E. du Réau, op. cit., p. 6.
[12] Rozenn de Kerangal-Tournemire, Tournemire, ou le choix de l’ambivalence pour les Compagnons de France, http://www.tournemire.net/ambivalence.htm#a
[13] Catherine Previti-Allaire, A propos des archives d’Emile Noël: aux origines d’une carrière européenne (1922-1958), p. 79-80. http://www.eui.eu/Documents/Research/HistoricalArchivesofEU/PublicationsAbouttheFonds/CPEN. pdf
[14] Gérard Bossuat, Emile Noël, premier secrétaire général de la Commission européenne, Bruxelles, Bruylant, 2011, coll. Droit de l’Union européenne – monographie.
[15] Dépliant promotionnel de 1947 et 1948, in Archives Emile Noël, Historical Archives of European Union, http://archives.eui.eu/en/fonds/110924?item=EN.01-01-1182
[16] Centre Virtuel de la Connaissance sur l'Europe (CVCE), http://www.cvce.eu/recherche/unit-content/-/unit/04bfa990-86bc-402f-a633-11f39c9247c4/82151933-7d4d-43e8-9a83-9fabf4a9e6e1
[17] E. du Réau, op. cit., p. 3.
[18] Jacques Deshayes, «Le problème de la jeunesse allemande», in Jérôme Vaillant (dir.), La dénazification par les vainqueurs. La politique culturelle des occupants en Allemagne 1945-1949, Lille, Presses universitaires de Lille, 1981, p. 157-158.
[19] Jérôme Vaillant, «La dénazification: un problème culturel», in Jérôme Vaillant (dir.), op. cit., p. 7, 12.
[20] Jacques Deshayes, op. cit., p. 159.
[21] Jean-William Dereymez, «Une génération de la guerre? Etre jeune en France, 1939-1945», in Jean-William Dereymez (dir.), op. cit., p. 40.
[22] Jean Moreau, «Les aspects particuliers de la politique d’occupation française dans les domaines de la jeunesse et de l’éducation populaire» in Jérôme Vaillant (dir.), op. cit., p. 28.
[23] Jean Moreau, ibid., p. 32-33
Voir aussi: E comme Europe, le film réalisé au rocher de la Lorelei par Géza Radványi, avec un texte de l’écrivain René Barjavel, sorti en 1952, http://www.ina.fr/video/VDD09016194
[24] Jean-Charles Moreau, Jean-Marie Palayret (dir.), Table ronde: La Campagne européenne de la jeunesse 1950-1958, Bruxelles, 8-9 novembre 1993, Série «Histoire orale de la Communauté européenne», p. 1-218. Extrait du site des Archives historiques de l’Union européenne:
http://apps.eui.eu/HAEU/OralHistory/pdf/INT543.pdf
[25] Karl Jaspers, «Conditions et possibilités d’un nouvel humanisme», in Édition électronique réalisée à partir du tome IV (1949) des Textes des conférences et des entretiens organisés par les Rencontres Internationales de Genève. Les Éditions de la Baconnière, Neuchâtel, 1949, coll. Histoire et société d'aujourd'hui, p. [181] 211.
[26] Josiane Cetlin, «La promotion du livre et de la lecture pour la jeunesse en Suisse romande de 1900 à 1950», contribution présentée au Colloque «Apprendre à lire», organisé par l’Association pour l’histoire du livre et de la lecture en Suisse romande, Université de Neuchâtel et BPU, 5-6 novembre 2010, inédit, p. 7.
[27] Marcelle Collet, «Les enfants de l’ère atomique lisent-ils encore?», in: La Librairie suisse, 11e année, n° 20, 1953, p. 538.
[28] Louis Raillon fut un acteur important de l’éducation populaire et un fervent défenseur de l’Education nouvelle; proche d’Henri Wallon, René Zazzo et Roger Cousinet, il vouait également une grande admiration à Emmanuel Mounier. In Fabienne Serina-Karsky, «Un exemple de transfert international de compétences: Louis Raillon, passeur d'éducation nouvelle entre la France et le Québec», Recherches & éducations [En ligne], 10 mars 2014, document 13, mis en ligne le 25 mars 2014, p: http://rechercheseducations.revues.org/2017
[29] Education du sens international, no spécial de la revue Educateurs, Paris, Fleurus, 1952, n° 40.
[30] Littérature enfantine et collaboration internationale: rapport d’une enquête et liste de livres, [Blanche Weber (dir.)], Genève, Bureau international d’Education, 1929.
[31] Janine Despinette, «La littérature pour la jeunesse dans le monde: ses prix littéraires et leurs finalités», in revue Enfance, n° 3-4, 1984, p. 225-331.
Cette revue a été fondée en 1948 par Henri Wallon (1879-1962) et Hélène Gratiot-Alphandéry (1909-2011), une élève d’Ignace Meyerson, fondateur du projet de psychologie historique, devenue spécialiste de la psychologie de l’enfant. Elle a dirigé avec René Zazzo les six volumes du Traité de Psychologie de l’Enfant, parus aux PUF; c’était une fidèle du CRILJ.
[32]http://archives.cg94.fr/consultation/cdc/functions/ead/attached/FRAD094_000845/FRAD094_000845_e0000023.pdf
[33] Jean-Marie Despinette, en collab. avec Anne Steiner, L’éducation civique: à l’école de la République, [Bagneux], Le Livre de Paris; Paris, Hachette, 1986. Illustrations de Claire Nadaud.
[34] Lors de nos entretiens de l’été 2014, Janine Despinette a rappelé les noms des compagnons de route, des collaborateurs, devenus souvent des amis chers; c’est pourquoi, dans la mesure possible, je les ai nommés à mon tour dans le texte, pour rappeler leurs liens, leurs engagements et en garder une trace.
André Conquet (1913-?) était le secrétaire général des ateliers-écoles de la Chambre de Commerce de Paris; ingénieur des Arts et manufactures, il avait été responsable de l’apprentissage aux Usines Renault entre 1940 et 1946, in Guy Brucy, «Des ateliers-écoles à l’industrie éducative: un siècle d’histoire de la formation professionnelle à la Chambre (1920-1990)», in La Chambre de commerce et d’industrie de Paris 1803-2003, Genève, Librairie Droz, 2008, p. 177.
Lucien Trichaud était le délégué général de la Fédération française des Maisons de Jeunes et de la Culture, et Jean-Marie Despinette le directeur du Service central de recherche et d’action pour l’enfance du Bureau international catholique de l’enfance.
[35] Loisirs Jeunes, Guide Paris des jeunes, Paris, Les Presses d’Île-de-France, 1954, p. 9, 13.
[36] Loisirs Jeunes, 1953, n° 1.
http://www.inrp.fr/presse-education/revue.php?ide_rev=52&LIMIT_OUVR=50,10
[37] Janine Despinette, Ce qu’ils trouvent dans les kiosques. Une analyse de la presse des enfants et des jeunes, supplément au n° 1121 de Loisirs Jeunes, mars 1979, p. 2-3.
[38] Loisirs Jeunes, novembre 1959, p. 3.
[39] De 1960 à 1969, E. de la Potterie du Bureau international catholique de l’enfance, A. de Sauveboeuf de l’Association Loisirs Jeunes, Janine Despinette, Loisirs Jeunes, Claude Santelli, producteur de l’émission TV Livre mon ami, Raoul Dubois, Francs et Franches Camarades (mouvement d’éducation populaire laïc), des représentants de l’édition et de la librairie, puis plus tard, dès 1970, François Mathey, conservateur du Musée des Arts décoratifs de Paris.
Janine Despinette, «La littérature pour la jeunesse dans le monde: ses prix littéraires et leurs finalités», in Enfance, 1984, n° 3-4, p. 251.
[40] Graphis, Zurich, Walter Herdeg, The Graphic Press, n° 125, 1971; n° 140, 1975; n° 156, 1979.
[41] Janine Despinette, Jean-Marie Despinette, François Ruy-Vidal, Bernadette Bricout, La littérature en couleurs, catalogue de l’exposition itinérante, Paris, Productions S.P.M.E, Loisirs-Jeunes, [1984].
[42] Monique Hennequin, «Réflexion sur la vie, le devenir “hypothétique” ou la disparition des associations culturelles, sans nostalgie, mais pour mémoire», in Revue CRILJ, 2008, n° 93-94, p. 3, 4, 5.
[43] Eudes de la Potterie, «Les tendances de la littérature de jeunesse en France au cours de ces quinze dernières années», in Revue CRILJ, 1986, n° 27, http://www.crilj.org/archives/3394
[44] Nic Diament, «Comment s’informer sur le livre de jeunesse», in Bulletin des Bibliothèques de France, n° 3, 1999, http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1999-03-0026-003>. ISSN 1292-8399
[45] Janine Despinette, Henri Hudrisier, Environnement et raisons d’être d’un projet. Des hommes et des femmes de culture, des institutions, des entreprises, des actions: un réseau, Paris, août 1994.
Le CIELJ a été dissous en 2010.
[46] Etienne Delessert, op. cit., p. 5.
[47] Georges-André Vuaroqueaux, «Formation et nouvelles technologies: à propos de Ricochet», in La Revue des livres pour enfants, 2002, n° 208, p. 107.
En 2002, Georges-André Vuaroqueaux est le directeur délégué du CIELJ et assure le bon fonctionnement du site. Je lui emprunte l’essentiel des informations contenues ici.
[48] Auteur de L’Iconothèque, documentation audiovisuelle et banques d’images, Paris, INA, La Documentation française, 1982, coll. Audiovisuel et Communication. Il propose des modèles de cinémathèques, de vidéothèques, de photothèques dont l’archivage et la mise en réseau sont désormais possibles grâce aux nouvelles technologies de communication (rabat de la couverture).
[49] Georges-André Vuaroqueaux, op. cit., p. 108.
[50] Ibid., p. 107, 108-110.
Voir aussi: «Equiper un réseau international de communication entre créateurs et chercheurs travaillant en littérature de jeunesse», in L’Octogonal Ricochet, 1996, n° 10, n. p.
[51] «Le CIELJ-Ricochet cherche des mécènes», in Ardenneeconomique, le magazine économique des Ardennes, mars 2008, n° 25, p. 17.
http://www.ardennes.cci.fr/pdf/ARDENNE%20ECO/ardeneco25/ardeneco-25.pdf
[52] Alain Giffard, in Bulletin BPI, avril-juillet 2007, cité par Janine Despinette, «Le devenir de la littérature jeunesse», in Henri Hudrisier, Alain Vaucelle (dir.), Actes du colloque Le livre et la lecture à l’ère numérique, 23-24 juillet 2007, CRILJ, 2009, p. 79.
[53] Jean-Pierre Vernant, article paru dans Le Monde, le 24 novembre 1983,
http://aura.u-pec.fr/scd/meyerson/i-meyerson-psyhist.htm
[54] Janine Despinette, Enfants d’aujourd’hui, livres d’aujourd’hui. Comment choisir les lectures de nos enfants, Paris, Casterman, 1972, coll. Enfance-Education-Enseignement E3.
[55] Ibid., p. 169-172.
[56] Ibid., p. 170-171.
[57] Bibliographie de la France 1973, n° 3, http://www.ricochet-jeunes.org/ouvrages-de-recherche/livre/412-enfants-d-aujourd-hui-livres-d-aujourd-hui
http://www.ricochet-jeunes.org/ouvrages-de-recherche/livre/412-enfants-d-aujourd-hui-livres-d-aujourd-hui
[58] Monique Bermond, Roger Boquié, Le livre ouverture sur la vie, Paris, Magnard, 1972, coll. Lecture en liberté; Christiane Abadie-Clerc et al., Les livres pour enfants, Paris, Les Editions ouvrières, 1973, coll. Enfance heureuse; Denise Escarpit, Les exigences de l’image dans le livre de la première enfance, Paris, Magnard, 1972, coll. Lecture en liberté; Marc Soriano, Guide de la littérature pour la jeunesse, Paris, Flammarion, 1975; Marguerite Vérot, Les tendances actuelles de la littérature pour la jeunesse 1960-1975, Paris, Magnard, L’Ecole, 1975, coll. Lecture en liberté; Isabelle Jan, La littérature enfantine, Paris, Les Editions ouvrières, 1977, coll. Enfance heureuse; Mathilde Leriche, 50 ans de littérature de jeunesse, Paris, Magnard, L’Ecole, 1979, coll. Lecture en liberté.
[59] Janine Despinette, op.cit.. «La Dame d’œuvres» est un clin d’œil à ses compagnons de route laïcs. Ce livre est dédié à Ignace Meyerson et à Hélène Gratiot-Alphandéry.
[60] Ibid., p. 8
[61] Ignace Meyerson, Les fonctions psychologiques et les œuvres, Paris, J. Vrin, 1948, cité par Janine Despinette, in Les imagiers de la littérature en couleurs et la Dame d’œuvres, op.cit., page de titre.
[62] Janine Despinette, «L’illustration, un art vivant», in Tout pour faire aimer les livres, l’enfant lecteur, Revue Autrement, 1988, n° 97, p. 141-142.
Janine Despinette a travaillé avec Meyerson à la problématique de la couleur. Voir: Ignace Meyerson (dir.), Problèmes de la couleur: exposés et discussions du colloque du Centre de recherches de psychologie comparative tenu à Paris les 18, 19, 20 mai 1954, Paris, S.E.V.P.E.N., 1957.
[63] Revue Autrement, op. cit., p. 141.
[64] Janine Despinette, «Du point à la ligne», in Jean Perrot (dir.), Jeux graphiques dans l’album pour la jeunesse, Paris, CRDP de Créteil, 1991, p. 74.

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