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Claudine Desmarteau

25 septembre 2006

Diplômée de l’école supérieure des Arts Appliqués Duperré, Claudine Desmarteau se consacre aujourd'hui entièrement à son métier d'auteur-illustratrice dans l'édition et la presse. Après avoir travaillé dans plusieurs agences de publicité où elle sévit en tant que directrice artistique entre 1986 et 2000, elle se tourne vers la presse et collabore pour plusieurs magazines (Le Nouvel Observateur, Les Inrockuptibles, Le Monde, Télérama…). Depuis son premier album au Seuil Jeunesse en 1999, elle en a créé sept autres et vient de signer deux romans aux éditions du Panama. Dans ses albums où culminent souvent l'ironie et le second dégré, les enfants ont des têtes de pirates, sont rarement de petits anges et conservent l'audace de ne pas penser systématiquement comme leurs parents. Sans plus attendre, découvrons l'oeuvre et les coups de coeur d'une artiste gribouilleuse à l'imagination bouillonnante.


- A quel "héros"/ personnage de fiction vous identifierez-vous volontiers ?

Fifi Brindacier, Zorro, Hulk…

- Quelle utopie seriez-vous prêt(e) à défendre ?

Celle d’un monde sans CAC 40, Dow Jones et autres indices Nikkei…

- A part être écrivain ou illustrateur, que rêveriez-vous d'être ?

Un musicien génial comme Miles Davis ou Frank Zappa (rien que ça).

- Où écrivez-vous ?

J’écris chez moi, mais « la gamberge » qui précède peut se faire partout, dans le métro, dans la rue, la nuit, même parfois à mon insu.




- Quel est le lieu qui vous inspire le plus ?

J’aime la Bretagne, j’y retrouve les souvenirs de mes vacances d’enfant, le lien avec ma mère et mes ancêtres disparus.

- Quel est le sentiment qui vous habite le plus souvent ?

L’angoisse, sous toutes ses formes.

- Quel (s) genre(s) de livre(s) vous tombe(nt) des mains ?

Ceux qui dégoulinent de bons sentiments.

- Que redoutiez-vous enfant ?

D’atteindre l’âge de faire des chèques. Avoir à gérer de l’argent me paraissait horriblement complexe. Je n’ai jamais aimé le langage des chiffres.




- Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ?

Lorsque j’écrivais « Trouilleland », je vivais chaque jour avec les créatures que j’avais inventées : Loupiot le petit « Noze » épicurien, Alex Andrin, le poète calamiteux, mon héroïne Angie et son guide fantôme, Hyacinthe (mon grand-père, que je n’ai pas connu).

Une fois le livre terminé il y a un grand vide, tous ces personnages manquent, c’est presque comme un petit deuil.




- Que feriez-vous ou diriez-vous à un ogre s'il vous arrivait d'en croiser un ?

Quand je travaillais dans la publicité, j’ai côtoyé des patrons ogres, puissants et redoutés, qui régnaient sur leurs sujets. J’ai mis les voiles (en démissionnant).

- Qu'avez-vous conservé de l'enfance ?

Beaucoup de souvenirs heureux avec des êtres chers, l’envie de jouer et de jouir de l’instant présent. Ah, et aussi une adoration pour la couleur orange, qui me rappelle les années 70.

- Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ?

Un tas de facteurs… Les gens achètent les livres dont ils ont entendu parler. En tout cas, il me semble que c’est de plus en plus dur de survivre, pour un livre X noyé dans la masse de tous ceux qui sortent, et écrasé par les best-sellers qui squattent des murs entiers dans les grandes surfaces culturelles. Je bénis tous ceux qui contribuent à attirer l’attention sur ces pauvres petits êtres de papier voués à finir au pilon.




- Quel qualificatif vous colle à la peau ?

Dur dur, de se qualifier soi-même ! Après consultation auprès de ceux qui me supportent chaque jour, je dirai lunatique et tenace.

- Quelle est la meilleure phrase qu'un enfant vous ait dite ?

J’en ai une très bonne (qui m’a fait rire jaune), assénée par ma fille de 12 ans pas plus tard qu’hier :

«Vous êtes pas encore des vieux, vous êtes des pré-vieux. »


- Quelle est votre définition du bonheur ?

Vivre avec ceux qu’on aime.

- Si vous aviez la possibilité de recommencer, que changeriez-vous ?

Je changerais de sexe.

- Enfant, quel genre de lecteur étiez-vous ?

En album jeunesse, il y avait beaucoup moins de choix qu’aujourd’hui. J’ai aimé les albums du père Castor, avec une mention spéciale pour « La vache orange », que j’ai relu 1500 fois (ça me plaisait que la vache boive du champagne). J’ai consommé beaucoup de « Contes et légendes » tziganes, de Russie, de Bretagne…

J’ai dévoré les « Les contes du chat perché » et « Le Petit Nicolas », « Astérix », « Lucky Luke » (merci Monsieur Goscinny). Plus tard, je me suis régalée avec la série des « Claudine », de Colette (à qui je dois mon prénom). Je me souviens aussi des premiers albums Harlin Quist, beaux, graphiques et nouveaux. Ils m’ont donné envie de faire des livres.

- Vis-à-vis de quoi vous sentez -vous impuissant ?

Le temps qui passe.

- Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ?

Peut-être le furet. Il est petit, rapide, a un long nez et des petites dents bien tranchantes, comme moi.

- Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ?

J’aime trop les mots pour en choisir un seul. J’ouvre le dictionnaire au hasard et je tombe sur une page de la lettre F. En vrac : foirade, foison, folasse, folâtrer, folichon… Tous ces mots me plaisent.

- Que souhaiteriez-vous que l'on retienne de vous ?

Comme tous les auteurs, j’aimerais que certains de mes livres restent et fassent rire des petits, des grands et même des extra-terrestres, longtemps après ma mort.

Vos livres
- Quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ?

Mon roman jeunesse « Trouilleland » (tome 1 : « Angie largue les amarres », tome 2 : « Mortel retour ») aux éditions du Panama.




- Le(s) livre(s) dans votre production dont vous êtes particulièrement fier ou qui vous laisse(nt) un souvenir particulier.

Peut-être « C’est écrit là-haut ». Il renvoie à des questions que chacun se pose, je crois. Et puis « Trouilleland », parce que c’est mon premier roman publié.

- Quel est le thème que vous aimez davantage traiter ?

Je n’ai pas un thème de prédilection, mais j’essaie d’aborder des sujets qui touchent les enfants aujourd’hui (la télé-réalité, le clonage…) Ça ne me déplait pas non plus d’égratigner les rapports parents-enfants.

Et puis j’aime bien l’idée que le livre fasse germer dans la tête du lecteur une petite graine de poil à gratter, de remise en question, de contestation, mais aussi de confiance en soi, en son libre arbitre.

- Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Une série illustrée qui met en scène un personnage nommé « Salpote », et toute sa bande de copains.

- Où et comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

Alors là, on verra bien… J’espère garder la même passion et des dents bien aiguisées. J’ai encore plein de choses à apprendre.

Références


Littérature de jeunesse

- Un livre pour la jeunesse qui vous a marqué petit ?

En dehors de ceux que j’ai cités plus haut, il y a « Les Malheurs de Sophie » dont je n’ai pas gardé un très bon souvenir.

- Quels sont vos auteurs-illustrateurs de référence ou qui pour vous développent une approche intéressante ?

Benoît Jacques, pour son humour absurde et le graphisme ; Joann Sfar, brillant et virtuose ; Fred Bernard et François Roca pour la poésie des textes et la beauté maîtrisée des images ; Nadja ; Les chats pelés.

J’adore le style de Ronan Badel (il va illustrer un texte que j’ai écrit).

J’aime aussi l’univers étrange et dérangeant de Ludovic Debeurme (il a réalisé les couvertures de « Trouilleland »).




- Quels sont vos livres "coups de cœur", les "incontournables" en littérature de jeunesse ?

Mes coups de cœur : « Jesus Betz » de Fred Bernard et François Roca, « Titi nounours et la sousoupe au pilipili » de Benoît Jacques, « Petit vampire » de Joann Sfar, «Au Boulot !» des Chats pelés, « Mic et Mac » de Nadja.

Culture
- Un film, une photo/illustration qui vous touche ?

« Ed Wood » de Tim Burton.

- Un musicien

Parmi ceux que j’aime et qui sont nombreux, Chet Baker me touche en plein cœur. Et j’adore les musiques de film composées par Georges Delerue.

- Un lieu où vous aimeriez vivre

Bien que je n’y aie jamais mis les pieds, New-York est une ville qui me fait rêver. En création, tout paraît possible aux Etats-Unis. Les séries américaines déjà cultes comme « Six feet under », « Les Sopranos », « Nip/Tuck» ou « South Park » prouvent qu’ils ont plus d’audace et de moyens qu’en France.

Mais j’aime vivre à Paris.

- Une phrase (une devise) qui vous guide

Ni Dieu ni maître.




Actualité
- Vos dernières (bonnes) lectures ?

« Lunar Park » de Bret Easton Ellis, « De sang froid » de Truman Capote, « Mes deux guerres » de Moritz Thomsen.

- Un site (sur les techniques graphiques, un auteur-illustrateur, une approche particulière du texte, de la littérature...) que vous souhaitez recommander ?

Ben, le mien par exemple : www.desmarteau.fr

Et puis aussi le blog dansle-sac-d-olga.over-blog.com, mitonné par Stéphanie Rigogne, une passionnée de la littérature jeunesse.

Auteurs et illustrateurs en lien avec l'interview

Claudine Desmarteau

Claudine Desmarteau

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