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Cécile Elma Roger: «Auteure est un métier du silence, de la solitude et de la liberté.»

Cécile Elma Roger est auteure, comédienne, lectrice et voix off. Elle vient de publier l’album Une nuit à pas de velours illustré par Fanny Ducassé aux éditions du Seuil Jeunesse, une histoire onirique tout en poésie et fantaisie. Rencontre.

Nathalie Wyss
24 janvier 2020
Cécile Elma Roger
Cécile Elma Roger (© Lisa Lesourd)

Nathalie Wyss: Cécile Elma Roger, quel est votre rapport à l’enfance? Qu’est-ce qui vous a incitée à écrire pour les enfants?
Cécile Elma Roger: J’ai grandi avec une mère auteure de livres pour enfants. Comme d’autres petites filles voyaient leur maman partir travailler au bureau, à l’école, en usine ou à l’hôpital (ce ne sont que quelques exemples), je voyais ma mère écrire des histoires, installée à son bureau. Je me rappelle du bruit que faisait sa machine à écrire (oui, sa machine à écrire!). Du rythme auquel elle frappait les touches. La cadence était parfois élevée, l’écriture semblait alors fluide, intense. Elle était parfois plus boiteuse et décousue. L’inspiration est capricieuse. Je pense qu’une petite graine s’est déposée en moi, à mesure que je l’observais écrire. J’ai eu envie de frapper les touches de ma machine à écrire, moi aussi. J’ai écrit mes premiers textes à l’âge de 7 ans, des poèmes, un petit conte. Plus tard, un début d’histoire fantastique jamais achevée. J’ai écrit un brouillon de lettre pour un éditeur à l’âge de 11 ans, dans lequel je lui racontais mon rêve de voir une de mes histoires publiée un jour. Je n’ai jamais envoyé cette lettre, et j’ai arrêté d’écrire des fictions pendant presque 20 ans. J’ai toujours gardé un rapport à l’écriture (j’ai tenu des carnets de voyages, et je mets quasi quotidiennement mes pensées à l’écrit). Il y a 5 ans, je prenais un thé avec ma mère, à Paris, et elle m’a soufflé (ou rappelé) l’idée d’écrire des textes. Et pourquoi pas des textes pour enfants? Ça a été la petite étincelle dont j’avais besoin pour réveiller ce désir enfoui depuis de nombreuses années. Je m’y suis essayée dès le lendemain, et j’ai écrit ma première histoire Errol ne veut pas faire comme les autres. J’ai éprouvé un plaisir fou à écrire cette histoire. En fait, et très simplement, je me suis beaucoup amusée. Comme une gamine. J’étais en contact direct avec l’enfant qui vit en moi. Un an et demi plus tard, Belin Jeunesse me contactait pour publier le texte. Voilà comment tout a commencé. Entre-temps, j’ai écrit d’autres textes, et certains, parmi eux, ont aussi trouvé leur maison. Cela m’a bien sûr encouragée à continuer d’écrire. Ce que je fais, de façon assez irrégulière. Comme je l’ai déjà dit, l’inspiration, en tout cas chez moi, est capricieuse. Ce qui est notable, en revanche, c’est que l’écriture ne me quitte jamais. Je veux dire par là que lorsque je n’écris pas, je le «sais». J’ai conscience de «ne pas écrire en ce moment», et je me sens à la fois en manque et en maturation. Comme si des idées étaient bloquées quelque part ; des idées auxquelles je n’ai pas encore accès et qui n’attendent que ma disponibilité pour se libérer.
Concernant l’écriture jeunesse, je pense que j’ai repris l’écriture là où je l’avais laissée, lorsque j’avais 11 ans. J’ai continué d’écrire à l’enfant que j’étais.

Cécile Elma Roger
«Errol ne veut pas faire comme les autres», de Cécile Elma Roger et Anne-Lise Combeaud (© Belin Jeunesse)

Quel est le livre qui a marqué votre enfance? Et quels sont les auteurs jeunesse que vous aimez aujourd’hui?
Ce n’est pas un livre, mais un auteur, qui a marqué mon enfance. Roald Dahl. Je le considère comme l’un des plus grands auteurs pour enfants du XXe siècle. Il m’a donné le goût de la lecture, et probablement celui de l’écriture. Il racontait des histoires fantastiques (dans tous les sens du terme), avec humour et insolence. Il ne prenait pas les enfants pour des idiots, mais pour des petites personnes en devenir, au caractère souvent bien trempé, capables de comprendre le second degré, l’humour noir et de se poser des questions sur le sens profond de la vie. J’ai un attachement tout particulier à trois de ses histoires: Le Bon Gros Géant (drôle et touchant), Sacrées sorcières (terrifiant et philosophique – dans son rapport à l’acceptation de la métamorphose de soi – lisez-le pour me comprendre!), La potion magique de Georges Bouillon (délicieusement cruel). C’était un auteur talentueux que j’admire encore aujourd’hui et que je conseille aux enfants que je rencontre en classe.
Je pense bien sûr aussi à Claude Ponti, un auteur et illustrateur fabuleux. Il a une langue poétique et exigeante. Je crois qu’il ne faut pas avoir peur des mots, des tournures poétiques, des images parfois abstraites ou symboliques, lorsqu’on écrit pour les enfants.

Vous lisait-on des histoires à voix haute lorsque vous étiez enfant?
Je ne m’en souviens pas vraiment, mais il parait que oui! Je veux bien le croire! Je me rappelle faire la lecture à mes parents, par contre. J’ai beaucoup aimé apprendre à lire.

Vous avez de multiples casquettes: entre jouer, écrire et lire à haute voix, comment définiriez-vous votre relation avec chacun de ces rôles? Lequel préférez-vous?
Je n’en préfère aucun, sincèrement. Les plaisirs que l’écriture et le jeu me procurent sont différents, même s’ils sont tous deux créatifs et expressifs. Je dirai même qu’ils me permettent un nécessaire équilibre.
La création d’un spectacle est souvent un travail d’équipe. Quand tout va bien, il y a du dialogue, des échanges entre les membres de la troupe. Bien sûr, ce que je convoque en moi pour construire le personnage et l’incarner m’est intime et touche à mon intériorité. Mais cette construction est aiguillée par d’autres personnes, au moment des répétitions. Aussi, il s’agit d’un métier qui se pratique en public, nous jouons face à des spectateurs. L’énergie qui se dégage en répétition – sans le public – ou en jeu – sous le regard du public – est, chez moi, extrêmement différente. Et cette différence naît directement de la présence toute particulière et significative des spectateurs. Ils ont un impact sur mon rapport à la scène, ma présence au plateau. Cela questionne le rapport au regard. Qu’est-ce qu’être regardée? Il y a peu de métiers comme celui-là, qui place tant le regard au centre de l’activité. Par ailleurs, à moins d’une création totale, une partie de ce que je porte au plateau en tant que comédienne m’est imposé: texte et mise en scène. Ma part de créativité, d’inventivité, s’exprime sur la base d’un matériau déjà existant et appartenant à d’autres que moi (l’auteur du texte, le metteur en scène du spectacle).
Auteure est un métier du silence (même si j’écris parfois en musique), de la solitude (j’écris seule et souvent chez moi) et de la liberté. La question du regard ne se pose pas de la même façon non plus. Lorsque l’éditeur, et ensuite le lecteur, lisent mon texte, je n’en suis pas témoin. D’une certaine façon, cela ne m’appartient plus. Le texte prend son indépendance, comme un jeune adulte qui quitterait le foyer familial. Une fois publiée, mon histoire m’échappe et je ne sais pas ce qu’elle devient, après avoir été lancée dans le grand monde – quand, en tant que comédienne, je la porte chaque soir, la fais renaître chaque soir et suis témoin de ce qu’elle provoque. D’autre part, je décide de tout, dans la mesure de mes moyens et de ma culture, bien sûr. Je choisi mes mots, ma langue, mon rythme, mon thème. Peut-être que la seule qui soit plus forte que moi, dans ces moments-là, c’est mon inspiration. Je ne la maîtrise pas toujours, elle a son caractère et prend ses décisions. Je dois négocier avec elle. J’apprends encore à trouver le juste équilibre entre l’inviter à se manifester en me mettant au travail, même si l’envie n’y est pas – et en cela, lui forcer la main –; me rendre entièrement disponible à elle quand elle est en forme; et accepter qu’elle me tourne complètement le dos, parfois. Sans s’en inquiéter outre mesure (je ne dis pas que j’y arrive encore très bien!). Une fois que le texte est choisi par l’éditeur ou l’éditrice, il peut y avoir une deuxième étape, celle de la réécriture. Mais même dans ce cas-là, si je prends toujours volontiers les conseils et remarques qui m’aideront à améliorer mon texte, je tiens néanmoins à ce que la réécriture m’appartienne.
J’aime le rapport aux autres que m’offre le métier de comédienne (par les autres j’entends mes partenaires de jeu comme les spectateurs).
J’aime la liberté que m’apporte l’écriture. Même si cette liberté m’impressionne encore, par moments.
Dans les deux cas, j’aime la façon dont ces deux métiers me poussent à explorer et trouver en moi des émotions, des images, des pensées, des ressources souvent insoupçonnés, et dont la découverte me met en joie.

Cécile Elma roger sur scène
Cécile Elma Roger sur scène

Comment passe-ton des planches aux pages?
Je ne m’étais jamais posé la question! J’imagine que ça se fait plutôt naturellement. Je n’ai pas vraiment le sentiment de passer d’une activité à l’autre, car il y toujours un laps de temps entre chaque immersion (immersion dans le jeu/immersion dans l’écriture). C’est peut-être un temps qui m’est nécessaire pour reconnecter à l’écriture.
Me lancer dans les répétitions est plus facile: j’ai des horaires de travail, je suis attendue tel jour, à telle heure. Il n’y a pas de questions à se poser! Me lancer dans l’écriture n’appartient qu’à moi, je suis mon seul moteur, personne ne m’attend – bras croisés, sourcils froncés – si je suis en retard! Même si le désir est là, se mettre en route n’est pas si simple. Je pense que ce temps de latence entre chaque immersion est celui nécessaire à la réactivation du moteur!
Je n’écris quasiment jamais lorsque j’ai autre chose «sur le feu». Si je suis en répétition, ou en période de représentation, je n’écris généralement pas (sauf bien sûr si j’ai du travail de réécriture qui est attendu par mes éditeurs). Comme je le disais, mon écriture n’est pas régulière, j’ai du mal à m’imposer une cadence quotidienne. Et j’ai besoin d’être entièrement disponible pour me lancer. Si je sais que je vais répéter dans deux heures, ou jouer à telle heure, ces perspectives m’occupent l’esprit et je ne suis pas disponible à l’écriture.
J’aimerais laisser plus de place à l’écriture. Je pense qu’avec le temps, je m’autoriserai de plus en plus à ne me mettre à la table «que» pour quarante-cinq minutes ou une heure et demie, si c’est le seul temps dont je dispose ce jour-là. Sans me crisper à l’idée de m’arrêter en plein vol parce que j’aurai un métro à prendre! Pour l’instant je suis encore dans le «tout ou rien».
Peut-être que je n’ai pas l’impression de passer des planches aux pages, parce que je suis occupée à une activité, puis je me tourne vers l’autre, sans jamais m’emmêler les pinceaux!

Lire à voix haute vous aide-t-il à écrire aujourd’hui? Quels conseils donneriez-vous pour la lecture à voix haute?
Je pense que la lecture à voix haute et le jeu me donnent le sens du rythme et de l’oralité. J’aime écrire des «textes à dire». Je pense beaucoup à leur traduction en sons et en souffles. Je choisi avec soin les mots que j’emploie, j’accorde de l’attention à la construction de chaque phrase, pour qu’elle soit porteuse de sens autant que de rythme. Il faut qu’elle chante, qu’elle ait sa voix propre. Je dis parfois que j’écris à voix haute. Je ne parle pas forcément en écrivant, mais je me relis énormément, je réécris beaucoup, je compte les syllabes de la plupart de mes phrases, puis je les lis à haute voix pour entendre comment elles sonnent, comment elles existent en dehors de ma tête.
Je dirai que pour bien lire à voix haute, il faut comprendre le texte qu’on lit, au moment même où on prononce les mots. Ça parait tomber sous le sens, dit comme ça, mais très souvent on se contente de prononcer sans être vraiment dans les mots, dans leur sens. Comprendre, c’est cum prehendere «prendre avec soi» ou en soi. Lorsque je lis, je prends avec moi ce que je lis, et donc j’en pense forcément quelque chose. Et alors, naturellement, cette pensée teinte ma voix d’une couleur particulière et donne un certain rythme. Certains courants de lecteurs défendent le fait que le comédien doit rester en retrait, derrière les mots, en mettant le moins possible de son intériorité dans sa lecture. Pour ne pas outrepasser le texte et son auteur. Que seul le texte existe, sans l’interpréter. Laisser les mots raisonner. Je me place à une frontière plus délicate, entre lecture et jeu. La lecture à voix haute n’est pas du jeu pur, ce n’est pas un seul en scène, on n’est pas dans la création d’un personnage. Cela étoufferait le texte. Mais je crois nécessaire de laisser transparaître ce que ces mots me font ressentir. Je reste une interprète, je ne suis pas vide de pensées. Cela se traduira par des changements de rythme dans la voix, des intensités différentes. Des ruptures. Je mets du sens, le mien, de la façon la plus sincère possible, dans le respect de l’écriture de l’auteur. Je ne crois pas qu’une lecture puisse rester neutre. En tout cas, la neutralité ne m’intéresse pas.
La lecture est une activité très organique, on mâche les mots, on les porte physiquement, on les souffle et on leur donne une matérialité, une forme, je dirais même un volume dans l’espace. Le corps est engagé, il bouge, les mains vivent, montrent, désignent les espaces et les lieux. Le texte devient une partition presque musicale, on choisit les mots qu’on accentuera, les moments d’accélération, de décélération, on est comme un chef d’orchestre. En disant, on créé des images dans l’esprit des gens, c’est quand même assez magique comme phénomène! C’est un sacré pouvoir que celui de faire naître des images, de dessiner des paysages et de provoquer des émotions dans l’esprit de l’auditeur-spectateur, au plus profond de son intimité, par la «simple» mise en voix des mots étalés sur une feuille de papier. Tant que les mots ne sont pas prononcés, ils restent inertes. Notre souffle leur donne vie.

Votre dernier album en date intitulé Une nuit à pas de velours est sorti en octobre aux éditions du Seuil Jeunesse. En le lisant, il est difficile de ne pas penser au fameux Max et les maximonstres de Maurice Sendak. Quelles ont été vos inspirations? Pouvez-vous nous raconter comment est né ce projet?
A l’époque où j’ai écrit Une nuit à pas de velours, je n’avais pas encore lu Max et les maximonstres. Je n’en connaissais que le titre (oui, je l’avoue…). Je l’ai enfin lu le mois dernier, car une éditrice avec qui je suis actuellement en dialogue pour un autre projet m’en a parlé. Deux de mes textes évoquent donc ce classique de la littérature pour enfant! Visiblement, un lien d’écriture existe bel et bien entre Maurice Sendak et moi (cela dit en toute modestie [rires]).
J’ai toujours aimé ce mélange de rêve et d’imaginaire, depuis que je suis petite fille. Ma mère nous montrait les habitations des trolls et des gnomes, quand on se baladait en forêt. C’était tout à fait réel, et donc encore plus magique! Aujourd’hui encore j’aime me raconter que les réalités sont multiples, et qu’elles se rencontrent parfois. J’ai grandi en lisant Roald Dahl, qui ne voyait pas de problème à nous raconter que les géants et les sorcières existent dans le monde réel, mais aussi en regardant des films comme L’histoire sans fin, dans lequel un petit garçon s’immerge entièrement dans le livre qu’il lit et en revient tout à fait transformé (c’est l’apprentissage, le passage d’un âge à l’autre, qui se raconte ici). J’étais jeune adolescente quand Harry Potter est entré dans nos librairies, et la voie 93/4 me fascine encore. J’aimerais me balader sur le Chemin de traverse. J’ai voyagé avec Gandalf et Bilbon, également. Mais ce que j’aime par-dessus tout, encore une fois, c’est la rencontre de l’étrange, du magique, de la fantaisie avec le monde réel. J’aime l’idée qu’il soit possible de rencontrer ces êtres mythiques ou fantasmagoriques chez nous, au coin de notre rue, dans notre supermarché ou même notre chambre (ce qui n’est pas le cas dans la littérature de fantasy, où ces créatures évoluent dans un monde différent du nôtre, qui nous restera inaccessible). C’est pour ça que dans deux de mes histoires, sur les trois publiées pour l’instant, je laisse le doute à la fin, sur la réalité de ce que vient de se raconter (s’agissait-il d’un rêve?). Et ce sera encore le cas dans un prochain album…
Le point de départ de ce texte est absolument biographique, je le jure: une nuit, je me suis réveillée au milieu des heures sombres et j’ai vu un chat assis sur mon bureau! Un vrai chat! Le problème, c’est que je vivais au 6e étage – sans ascenseur – et que surtout, je n’avais pas de chat du tout… Là où la réalité et la fiction se rencontrent, c’est lorsque je raconte que ce chat m’a fait signe de le suivre et que je l’ai suivi… En réalité, j’ai bondi dans mon lit, j’ai sûrement dû soupirer de terreur, et le chat, aussi effrayé que moi, s’est littéralement jeté par la fenêtre (je me rappelle que je vivais alors au 6e étage, mais je compte sur son agilité pour avoir fait un dérapage contrôlé sur le toit… je l’espère de tout cœur!).
J’ai raconté cette anecdote à des amies quelques années plus tard, un soir, alors que nous nous disions au revoir. Sur le chemin du retour, comme j’y repensais, le premier paragraphe du texte m’est venu en tête, mot pour mot tel qu’il est publié aujourd’hui. Alors je me suis demandé: «Et si je l’avais suivi, ce chat? Que ce serait-il passé?». J’ai écrit ce que j’aurais pu vivre!

Une nuit à pas de velours
Couverture et image intérieure de l'album «Une nuit à pas de velours», de Cécile Elma Roger et Fanny Ducassé (@Seuil Jeunesse)

Votre album raconte l’histoire d’un enfant qui accepte de suivre un chat sur les toits pour de folles aventures. Auriez-vous suivi ce chat étant enfant?
Bonne question! J’étais assez peureuse, enfant (j’avais peur du noir et des monstres de dessous de lit), alors suivre un chat inconnu au milieu de la nuit?! Mais j’étais aussi assez curieuse, intriguée par le mystérieux et j’ai toujours adoré les chats. Est-ce que je l’aurais suivi? Je ne sais pas, je l’espère, et si je parlais à la petite fille que j’étais (ce qui m’arrive de plus en plus), je lui conseillerais vivement de le suivre.

Comment s’est déroulée la collaboration avec Fanny Ducassé?
Fanny Ducassé a été choisie par mon éditrice. Elles avaient déjà travaillé ensemble sur un autre projet et mon éditrice a senti, très justement, que nos deux univers pourraient superbement dialoguer. Je ne choisis jamais mes illustrateurs ou illustratrices. Mais dans le cas de Fanny, je suis ravie! Je trouve son univers délicat, poétique et un peu délirant. Par contre, nous n’avons pas collaboré directement, elle et moi. Le texte était déjà écrit, elle l’a illustré de son côté, avec ses feutres. Elle était en lien avec l’éditrice. J’ai quand même pu la rencontrer à l’occasion de réunions au cours desquelles Fanny montrait les avancées de son travail. J’étais invitée à ces réunions, ce qui est rarement le cas, et j’ai vraiment apprécié de pouvoir découvrir ses illustrations en cours de réalisation. On pouvait en discuter toutes les trois et c’était très intéressant à partager. J’ai pu voir des planches qui n’existent plus dans l’album. Je me sens un peu privilégiée.

Cécile Elma Roger
Cécile Elma Roger et Fanny Ducassé dédicacent leur livre à Montreuil

Avec quel(le) illustrateur(-trice) aimeriez-vous travailler dans le futur?
Question difficile, il y a tant d’illustrateurs et d’illustratrices de talent! Comme ça, les noms qui me viennent sont: Olivier Tallec, Marjolaine Leray, Eric Puybaret, Benjamin Chaud, Julia Wauters, Marjorie Béal, Jean-Christophe Mazurie, Jules… J’ai la chance d’être bientôt illustrée par Eve Gentilhomme, pour un projet d’album à venir aux éditions Le Diplodocus. Il y a ceux que j’oublie, et ceux que je ne connais pas encore. Je tombe régulièrement en amour pour de nouveaux univers illustrés. J’admire sincèrement ces artistes. Une des choses les plus excitantes pour moi, lorsqu’un nouveau projet d’album se concrétise, c’est de savoir que mon texte sera bientôt interprété en images. J’attends avec beaucoup d’impatience de voir les premiers crayonnés, les premières planches. Quand elles arrivent enfin dans ma boîte mail, c’est toujours un grand moment!

Enfin, quels sont vos projets à venir?
Deux textes sont prévus pour fin 2020. Un album avec les éditions Le Diplodocus, dans lequel on découvre Abel, un petit garçon qui voudrait devenir un fleuve. Les autres chercheront à le décourager, car les rêves impossibles sont interdits. Mais Abel ne se laissera pas démonter comme ça. Un second album est prévu avec les éditions A2MIMO. Une petite fille va secouer les croyances et briser les carcans dans lesquels s’est enfermée sa mère. L’enfant va rappeler à l’adulte la beauté et la poésie de la vie et réinsuffler un peu de folie dans son quotidien. C’est un album que j’ai écrit pour ma nièce, qui a su me souffler ça un jour, du haut de ses 5 ans.
J’ai un projet de BD, tout nouveau tout beau, en collaboration avec un illustrateur que j’ai rencontré récemment, mais là, je n’en dis pas plus! C’est en cours d’écriture/création. Il n’y a pas encore d’éditeur en vue, et bien que je ne sois pas superstitieuse parce que ça porte malheur, je préfère taire les projets tant qu’ils sont encore trop fragiles. C’est une envie, en tout cas, et j’espère qu’elle verra le jour! Je vous en reparlerai plus tard.
J’ai également envie de me lancer dans l’écriture de textes plus longs. Ça me travaille, seulement je suis encore impressionnée par le roman, même court. En tout cas, l’envie est là, de plus en plus présente, et c’est le point de départ indispensable à la naissance d’un projet… Alors, affaire à suivre!


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