L’Élan vert: de l’art à la nature, des inspirations qui durent
Amélie Léveillé, cofondatrice de L’Élan vert en 1998 et directrice éditoriale, revient sur les débuts de la maison d’édition et sur son évolution.
Amélie Léveillé, cofondatrice de L’Élan vert en 1998 et directrice éditoriale, revient sur les débuts de la maison d’édition et sur son évolution.
Louise Gabrielle: Bientôt la maison d’édition fêtera ses 30 ans (en 2028), avez-vous en tête quelques dates clés à partager?
Amélie Léveillé: Créée en 1998 à Paris, la maison s’est installée à Saint-Pierre-des-Corps (37) en 2010, après un passage en Deux-Sèvres. Pour nous, c’est une très bonne situation géographique qui permet de garder une proximité avec Paris et un grand nombre de nos auteurs. Depuis le début, on privilégie la rencontre humaine. D’autre part, nous bénéficions à Saint-Pierre-des-Corps d’une bonne sensibilisation à la lecture. Il y a une vraie connaissance de la littérature jeunesse, ce qui est très appréciable.
2007 représente une deuxième date importante. Cette année-là, on a lancé nos premières créations. On a imaginé la collection Pont des arts, suite à une rencontre avec Hélène Kérillis, autrice passionnée d’art; et puis aussi Les Pieds sur terre. Il y a deux grands axes fondateurs à L’Élan vert qui sont toujours là et qui conduisent notre réflexion et nos choix: l’art et la nature. Aujourd’hui, on compte une dizaine de collections au total.
Après avoir publié des fictions et documentaires pour les 3-12 ans, on a élargi et maintenant on travaille aussi sur des livres pour les tout-petits dès 1 an. On propose en effet des tout-carton.
On a aussi créé une collection complémentaire à Pont des arts, qui permet de découvrir l’art sous un jour historique. Avec Pont des arts Les Carnets, qui propose de courts romans, on offre une découverte de l’art aux lecteurs plus grands, à partir de 9 ans. Le premier titre est sorti en 2018; il renvoie à l’univers du peintre Hopper (La chanson perdue de Lola Pearl). Pont des arts nous donne l’opportunité de travailler avec des musées; permet une intimité avec des œuvres, dans différents champs artistiques. Dans la série des Carnets, on a prévu cette année la sortie du titre Guetteurs de vie (avril 2026) de Cécile Alix et Bruno Pilorget, qui va entraîner le lecteur dans l’univers des peintures rupestres jusqu’à notre époque et le street art. Et toujours au printemps Le village sans nom, de Davide Cali et Qu Lan.
D’autres collections, d’autres titres qui vous tiennent à cœur?
Toutes, tous! On peut parler de Diptyque par exemple. Des romans indépendants mais reliés par leurs personnages qui se croisent dans ces fictions. C’est un jeu de regards, des récits coups de poing, des confidences sans filtre d’adolescents. Comment fait-on pour vivre au mieux ensemble? Comment se regarde-t-on? Comment vit-on l’un avec l’autre? À chaque fois, il y a des moments très forts. De nouveaux titres sont prévus ici également.
Dans un tout autre registre, on a commencé à travailler sur des mangas, en 2023, qui prennent la forme de petites enquêtes. On s’adapte aux lecteurs, nous souhaitons être en connexion avec eux. Et on a aussi des albums qui se rapprochent de la bande dessinée.
En 2024, nous avons débuté un projet avec les éditions Callicéphale pour des kamishibaï permettant de raconter des histoires à la manière d’un petit théâtre ambulant.
Nous avons aussi des titres avec des versions audio. On accorde une vraie place à la musique. Avec Céleste et la boîte à musique, par exemple, le lecteur découvre des lieux, des monuments, des compositeurs. Je suis persuadée qu’il ne faut pas cloisonner les arts.
Vous proposez des expos en parallèle.
Oui, elles présentent des originaux et des tirages encadrés, des eBooks... Il y a des expos, des ateliers, des jeux à partager... Pascal Brun, compositeur et directeur du conservatoire de musique de Villiers-le-Bel (95), auteur d’albums à L’Élan vert, intervient parfois pour accompagner certaines de nos expositions.
Au fil des années, L’Élan vert a développé un vrai réseau?
Oui, pour développer de vrais projets pédagogiques. Ça draine beaucoup de collaborations, le jeu en vaut la chandelle. Il faut que ça vive autour des albums. C’est une manière de concrétiser le champ des possibles. Pour cela, il faut des gens touche-à-tout et des partenaires.
Est-ce que la période du Covid en 2020 a changé quelque chose?
On a continué de travailler lorsque le confinement est intervenu. Il fallait bien sortir nos titres pour le Noël suivant. On a simplement réduit la production, décalé certaines dates. C’était utile d’avoir des titres en réserve pour sortir des programmes. Nous étions allés à la foire de Séoul juste avant, en juin 2019, pour parler de livres numériques. On y a trouvé des pépites. Cela a été le début d’une nouvelle aventure, on a ouvert notre catalogue à des titres coréens. On continue dans cette voie, ainsi nous sortons en février Qui l’eût cru? de Pureum, pour les 3-6 ans.
D’autres moments importants?
Il y a eu l’arrivée d’Harmonia Mundi livre dans notre vie, en octobre 2022. Avec ce changement, il y a eu un nouveau regard des libraires sur nos titres. Ce qui nous a donné un nouveau souffle. Ça fait beaucoup de bien d’être redécouverts.
Si l’art est au cœur de L’Élan vert, la nature est aussi assez présente comme vous l’avez déjà indiqué.
En travaillant sur des sujets comme les abeilles, les champignons… dans nos documentaires pour les 7-9 ans, on essaie de donner des clés pour comprendre le monde. On amène le lecteur à observer ce qui l’entoure, à saisir l’interdépendance que l’on a avec l’écosystème. Ce sont des sujets qui passionnent les enfants. Depuis le début, L’Élan vert a un côté engagé, citoyen. Transmission et partage sont les mots qui nous caractérisent.
Combien de titres aujourd’hui au catalogue?
Environ 200 titres. Certains d’entre eux tournent toujours aussi bien depuis leur sortie comme Le loup ne viendra pas (2017) de Myriam Ouyessad et Ronan Badel. Ou encore La grande vague sur le peintre Hokusai, par Véronique Massenot et l’illustrateur Bruno Pilorget. On compte une trentaine de nouveautés par an. On réédite aussi. On joue sur la longueur. J’essaie de développer de nouveaux projets, notamment les expositions, et on va sortir notre premier puzzle, en mars, à partir d’un de nos albums. En effet Petit Noun devient le héros d’un jeu. On a aussi un jeu de cartes sur la Préhistoire en projet pour 2027. Ils seront là pour accompagner des albums solides. Le jeu constitue une autre manière d’apprendre; il y a du collectif, c’est intéressant.
L’intérêt, c’est d’ouvrir de nouvelles portes avec des auteurs qui nous accompagnent depuis longtemps, avec qui on a grandi, comme Frédéric Pillot; et c’est aussi de compter sur de nouveaux visages.
Pour aller plus loin
Découvrez notre article consacré à la collection Pont des arts!