Peter Brown: «J’aime expérimenter et composer un nouveau style de dessin pour accompagner chaque histoire individuelle.»
Peter Brown est un auteur et illustrateur américain qui a signé de nombreux livres pour enfants. Après avoir étudié l’illustration au Art Center College of Design (Californie), il a déménagé à New York afin de publier son premier album L’envol du Dodonef (2009 en français, 2005 pour la publication originale), une histoire amusante d’oiseaux inaptes au vol mais qui trouvent le moyen de surpasser leur condition. Il a illustré les livres d’Aaron Reynolds sur Jasper le Lapin et ses expériences terrifiantes avec la menace orange des carottes, la menace verte des sous-vêtements et celle violette d’un crayon. Le premier roman de Peter Brown, Robot sauvage, est paru en 2017, et le tome 2 a tout récemment été traduit en français sous le titre Robot sauvage en fuite. Cette histoire a été adaptée en film d’animation et a connu un joli succès auprès du public.
Peter Brown est un auteur et illustrateur américain qui a signé de nombreux livres pour enfants. Après avoir étudié l’illustration au Art Center College of Design (Californie), il a déménagé à New York afin de publier son premier album L’envol du Dodonef (2009 en français, 2005 pour la publication originale), une histoire amusante d’oiseaux inaptes au vol mais qui trouvent le moyen de surpasser leur condition. Il a illustré les livres d’Aaron Reynolds sur Jasper le Lapin et ses expériences terrifiantes avec la menace orange des carottes, la menace verte des sous-vêtements et celle violette d’un crayon. Le premier roman de Peter Brown, Robot sauvage, est paru en 2017, et le tome 2 a tout récemment été traduit en français sous le titre Robot sauvage en fuite. Cette histoire a été adaptée en film d’animation et a connu un joli succès auprès du public.
Mégane Spicher: Il semble que vous avez commencé à dessiner et à écrire très jeune, puis vous vous êtes lancé dans des études d’illustration. Quand avez-vous réalisé que ce domaine était fait pour vous?
Peter Brown: J’ai toujours aimé dessiner des images et très tôt dans ma vie j’ai su que je voulais, d’une façon ou d’une autre, devenir un artiste. J’ai longtemps voulu travailler dans le film d’animation. Mais, pendant mes études d’art, je suis tombé amoureux des mots, et j’ai décidé que l’écriture et l’illustration de livres pour la jeunesse me convenaient mieux.
Vous écrivez sur beaucoup de sujets différents, comme la nature, l’école et différentes sortes de relations. Pouvez-vous résumer ce que vous souhaitez transmettre aux jeunes lecteurs de façon générale?
Je crois sincèrement que la meilleure façon de naviguer dans notre monde compliqué se fait en étant curieux, gentil et en acceptant et célébrant nos différences. Cela sonne un peu cliché, c’est pourquoi le défi créatif consiste à trouver des façons intéressantes, merveilleuses, amusantes et inattendues de véhiculer ces idées.
En tant qu’auteur et illustrateur vous écrivez souvent vos propres histoires. Est-ce difficile de faire les deux? Diriez-vous que vous avez plus de liberté en étant l’unique créateur plutôt que si vous n’étiez «que» l’illustrateur?
J’adore la liberté créative qui accompagne le fait d’être à la fois l’auteur et l’illustrateur, mais on peut vite se sentir dépassé. C’est à moi de choisir chaque mot et chaque détail visuel. Il peut y avoir des «périodes sombres», lorsque je ne sais pas si mon histoire va fonctionner, et alors je commence à douter de moi. Mais si je persévère, je trouve toujours des solutions. Souvent, l’histoire va progressivement évoluer vers quelque chose d’inattendu, et c’est une des raisons pour lesquelles j’aime ce travail. Je ne sais jamais exactement où l’histoire va me mener. C’est excitant. J’aime aussi illustrer des livres écrits par d’autres auteurs. Mais ma véritable passion reste la combinaison de mots et d’images, et je suis heureux d’avoir la chance d’écrire et d’illustrer la plupart de mes livres.
Vous semblez être souvent dans l’expérimentation. Vous créez des illustrations uniques pour chacun de vos livres, y compris ceux pour lesquels vous êtes l’illustrateur. Comment décririez-vous votre style? Et quelles techniques aimez-vous utiliser?
Il y a tellement de matériaux avec lesquels jouer, tellement de façons de dessiner et composer des images, tellement de couleurs à utiliser, que je ne peux pas me limiter à une seule façon d’illustrer. J’aime expérimenter et composer un nouveau style de dessin pour accompagner chaque histoire individuelle. Au début de ma carrière, je peignais mes illustrations à la main. Dernièrement je dessine ou peins principalement sur papier puis je numérise cette composition dans Photoshop où je superpose le tout en un collage digital. Ce qui est constant dans mon travail, c’est l’accent que je mets sur l’intelligibilité. Il me tient à cœur que les jeunes lecteurs sachent exactement ce qui se passe dans chacune de mes illustrations. Je ne veux surtout pas perturber mes lecteurs, je fais donc particulièrement attention à rendre mes personnages et mes compositions relativement simples et épurées.
En lisant Menace orange et particulièrement Menace violette, j’ai trouvé que vos illustrations presque cinématographiques, noires et blanches – sauf pour l’origine de la peur (les carottes sont colorées en orange, le sous-vêtement en vert, et le crayon en violet) – sont assez sombres et inquiétantes mais bien adaptées au récit. Comment vous est venue l’idée de ce style particulier?
Quand j’ai lu pour la première fois le manuscrit d’Aaron Reynolds pour Menace orange cela m’a rappelé le film noir, et tous ces films en noir et blanc, beaux et effrayants, d’il y a longtemps. Aux États-Unis il y avait une série télévisée très connue dans les années 60: The Twilight Zone (ou La Quatrième dimension en français, ndt). Elle était en noir et blanc, et utilisait des techniques de réalisation cinématographique très dramatiques pour raconter des histoires effrayantes. Les livres Menace sont notre tentative de créer une version en livre pour enfants de The Twilight Zone.
Fred s’habille est l’histoire d’un garçon qui essaie les habits et le maquillage roses de sa mère. Cette couleur rose est d’ailleurs très récurrente. J’ai lu que cet album est une histoire assez personnelle pour vous. Comment résonne-t-elle avec votre propre expérience d’enfant avec l’habillement genré?
Fred s’habille est basé sur une expérience que j’ai vécue en tant que jeune garçon, lorsque ma mère m’a découvert en train de mettre ses habits et son maquillage. Au lieu de dire que j’avais fait quelque chose de mal, ma mère m’a simplement rejoint, m’a montré comment elle appliquait son maquillage, et nous avons passé un moment très amusant ensemble en jouant à se déguiser. Je voulais partager ce genre d’histoires avec les jeunes lecteurs, alors j’ai créé Fred s’habille. Certaines personnes aux États-Unis détestent ce livre. Ils pensent que j’encourage les garçons à s’habiller comme des filles. La vérité est que je me fiche que des garçons s’habillent comme des filles. Je pense que tout le monde doit être libre de s’habiller comme ils et elles le souhaitent. Mais j’ai fait ce livre dans le but de représenter une famille moderne, aimante, ouverte d’esprit, et qui passe un bon moment.
Vous n’avez pas créé que des albums. Vous avez également illustré trois chapter books[1] destinés à des lecteurs intermédiaires, pour Cat Weatherill et Haven Kimmel. Puis vous avez publié votre premier roman jeunesse (le premier volume de la série), Robot sauvage, pour un lectorat un peu plus âgé que les ouvrages précédents, mais toujours avec des images. Quelle est la différence entre dessiner pour des albums, pour des chapter books et pour un roman?
Dans les albums, ce sont principalement les illustrations qui racontent l’histoire. Elles montrent aux lecteurs ce qui se passe dans l’intrigue et, en utilisant des éléments comme la couleur et la composition, les illustrations peuvent amplifier l’impact émotionnel d’une scène. J’adore quand les mots et les images d’un album se contredisent… cela peut être hilarant et fascinant. Dans un chapter book ou un roman illustré classiques, ce sont les mots qui font le récit et les illustrations sont principalement là pour refléter ce qui se passe dans l’histoire écrite. Quand j’illustre un roman, je me concentre sur le fait de rendre belles ou intéressantes les illustrations qui saisissent l’ambiance de la scène.
Robot sauvage, dépeignant les aventures de Roz sur une île sauvage, est destiné à un public légèrement plus âgé que vos albums. Avez-vous aimé écrire pour cet âge? Pensez-vous écrire à nouveau pour des enfants de 10 ans et plus?
La série Robot sauvage a été très complexe à écrire, et le procédé a en réalité été assez désagréable par moments, mais j’adore les personnages et l’histoire à tel point que je ne cesse d’y revenir. Les lecteurs de secondaire sont un public incroyable car ils ont toujours une forte imagination et un sens de l’humour un peu bête, mais ils apprécient aussi des thèmes et des détails plus profonds. Ils veulent entendre la vérité sur le monde, surtout si vous leur dites la vérité au travers de personnages et situations divertissants. J’ai beaucoup d’idées pour des romans jeunesse pour lesquels je suis très enthousiaste, donc oui, je prévois avec certitude d’écrire plus de livres pour cet âge-là.
Deux de vos livres ont été adaptés dans différents médias. L’année dernière, l’histoire de survie et d’amitié de Roz le robot est devenue un film d’animation grâce à DreamWorks, et avant cela (en 2005) L’envol du Dodonef a été transformé en spectacle musical (avec script et paroles de Robert Kauzlaric, et musiques et paroles de Victoria Delorio). Avez-vous travaillé sur ces adaptations? Si non, pensez-vous qu’elles font honneur à vos histoires?
Je n’ai pas travaillé sur le spectacle musical de L’envol du Dodonef, mais j’ai trouvé que l'équipe avait fait un excellent travail de conservation du ton de mon livre tout en étendant l’histoire dans un format plus long, et certaines blagues et chansons étaient absolument hilarantes. Je n’ai pas travaillé sur Robot sauvage non plus, toutefois j’ai eu beaucoup de discussions avec le réalisateur et le producteur tout au long des quatre années nécessaires à DreamWorks pour réaliser le film. Nous avons parlé des recherches que j’ai faites pour le livre et des réflexions qui ont abouti aux différents personnages et scènes, car ils voulaient avoir une compréhension complète de l’histoire. Le film est un peu différent de mon livre, mais il transpose bien les thèmes et les détails importants ainsi que les personnages, et ils ont fait un travail remarquable en réalisant un film d’animation magnifique, divertissant et émouvant.
En parlant d’adaptations, nombre de vos livres ont été traduits dans de multiples langues comme le chinois, le coréen, le norvégien, le portugais et le français. Est-ce que vous appréciez ce rayonnement international? Vous attendiez-vous à autant de succès lorsque vous avez créé et publié vos histoires?
Les types d’histoires que j’aime raconter font la part belle à l’imagination et se concentrent sur des thèmes universels comme la famille, l’amitié et le fait d’apprendre à aimer nos différences. Je souhaite que les lecteurs comprennent que nous sommes tous connectés, nous sommes une grande communauté globale, et que nous avons besoin des uns et des autres. J’espérais que ce genre de récits attire les éditeurs et lecteurs étrangers, et c’est très gratifiant de voir mes livres traduits dans autant de langues.
Pour terminer, y a-t-il un type de livres que vous avez toujours voulu créer, ou un genre d’illustrations que vous avez toujours voulu essayer? Allez-vous par exemple écrire pour adultes un jour?
Aujourd’hui en Amérique il y a un genre de livre pour adultes extrêmement populaire appelé «Romantasy», qui combine romance et fantasy. Je pense que ce serait très amusant d’écrire ce type de livres. Mais il y a tellement d’histoires que je veux créer pour les enfants que je doute d’y parvenir un jour.
*Cette interview a été menée en anglais puis traduite en français par Mégane Spicher.
[1] Chapter book ou livre de ou à chapitres est un premier roman destiné à des enfants d’âge moyen, dès 7 ans environ, divisé en chapitres courts et contenant souvent des illustrations. Servant de transition entre l’album et le roman, l’histoire est racontée par le texte plutôt que par les images (ndt).