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Lewis Carroll dans l’imaginaire français : la nouvelle Alice

Marie-Hélène Routisseau
L'Harmattan
2006

Résumé

Quelle influence Lewis Carroll a-t-il eu sur l’imaginaire littéraire français ? Comment la figure d’Alice a-t-elle évolué en France ? Pourquoi est-elle un mythe ?

La publication des Aventures d’Alice au pays des merveilles en 1865 marque un tournant décisif. En inventant le personnage d’Alice, Lewis Carroll modifie radicalement, le statut littéraire de l’enfant. Hésitant entre innocence et subversion, entre séduction et sadisme, Alice engendre des figures subordonnées au caractère incestueux de l’amour de Carroll pour son modèle. Dès lors, se dégagent deux versions antinomiques : ou bien la fillette sera une proie désirable, ou bien elle sera une enfant aimée, guidée par un père protecteur respectueux de l’organisation symbolique.

Il faut attendre 1931 pour qu’Alice fasse son entrée en France : introduite par Louis Aragon dans la sphère surréaliste, elle hante l’imaginaire français du 20e siècle en incarnant la liberté et la fantaisie créatrice. Jean Cocteau, Paul Eluard, André Breton, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Claude Roy, Marguerite Duras…, tous en appellent à Alice pour pratiquer un art poétique et littéraire débarrassé des entraves de la conscience.
Entre tension érotique et rêverie émancipatrice, l’ancêtre de la femme-enfant, la grande sœur de Lolita et de Zazie, rend enfin possible la traversée des apparences. Poésie, elle évoque l’origine de la poésie. Enfant rêvée, elle métaphorise l’art de la fiction.