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Elise Gravel : «Ma mission première, c’est d’offrir aux enfants des livres qu’ils aiment.»

Andréa Pelletier
21 novembre 2017

Élise Gravel est une auteure et illustratrice québécoise. Son univers original est peuplé de monstres gentils, de petites bestioles sympathiques et de créatures dégoûtantes… pas si dégoûtantes que ça. Mais aussi de personnages qui clament haut et fort leur différence. Sa marque de commerce : l’humour absurde et décalé.

Son plus récent album, La tribu qui pue (illustré par Magali Le Huche), raconte l’histoire d’une bande d’enfants qui vivent de manière autonome dans les bois, sans adultes, dans la plus totale liberté. Voilà l'univers qu'Élise Gravel aime partager aux enfants... et aux plus grands.


Andréa Pelletier : Elise Gravel, votre premier livre, Le catalogue des gaspilleurs, a été publié en 2003 par l’éditeur Les 400 coups. Pouvez-vous nous raconter brièvement comment vous en êtes venue à faire des livres pour la jeunesse? Et comment décririez-vous le chemin parcouru depuis?
Elise Gravel : Le catalogue des gaspilleurs était un exercice de dessin. J’essayais de me créer un style et je n’avais pas de clients, alors j’ai inventé des produits et, pendant que j’y étais, je me suis amusée à faire des produits ridicules. Ce projet n’était même pas destiné à devenir un livre pour enfants; c’est donc une surprise pour moi qu’il soit devenu un livre et qu’il ait démarré ma carrière. La suite a été une surprise aussi: je suis toujours étonnée de pouvoir gagner ma vie en dessinant des blagues de pets!

Le catalogue des gaspilleurs

Vous êtes une dessinatrice très prolifique. Vous vous définissez même comme une hyperactive du crayon. D’où vous vient cette inspiration sans borne? Cette folie créatrice a-t-elle des effets sur votre quotidien?
J’ai toujours du mal à répondre à cette question. D’où me vient mon inspiration? Je n’en sais rien. Elle est là, c’est tout, comme les rêves qu’on fait la nuit. J’ai des idées qui «poppent» dans ma tête à tout bout de champ. J’imagine que ça doit être alimenté par tout ce que je lis moi-même, les films que je vois, les blagues et les conversations que j’entends… mais tout ce que je sais, c’est que j’ai plus d’idées quand je suis relax et que je les laisse venir sans me forcer.

Vous partagez beaucoup votre travail sur les réseaux sociaux et vous offrez même des séances de dessin en direct. Récemment vous avez dessiné en direct sur la page du New York Times Books. Que vous apporte ce type d’exercice?
J’aime quand les enfants me parlent de ce qu’ils aiment dans mes livres. Ils m’encouragent, me donnent envie de faire plus de livres. Chaque interaction avec mes lecteurs me donne de l’énergie et me pousse à continuer. J’aimerais avoir le temps de faire beaucoup plus d’ateliers et de rencontres!

La thématique de la différence est très importante dans votre œuvre. Elle est particulièrement bien mise en valeur dans Le Grand Antonio. Quelle est selon vous la meilleure façon d’aborder ce sujet avec les jeunes?
J’ai toujours eu un faible pour les êtres différents, étranges, ou mal-aimés. Toute petite, j’avais de l’empathie pour ceux, animaux ou humains, qui sortaient du lot. J’avais envie de les connaître mieux. Tout ce que je fais avec mes livres, c’est essayer de communiquer cette empathie, cette curiosité, cette affection pour les autres. Je ne sais pas si c’est la meilleure façon d’aborder ce sujet avec les jeunes, mais c’est ma façon, et elle me fait du bien, à moi!

Vous aimez mettre en scène des personnages féminins hors norme. Je pense à Ada la grincheuse en tutu, paru l’an dernier chez La Pastèque, et aussi à Tu peux, que vous offrez gratuitement en ligne. Pourquoi est-ce si important pour vous de dire aux filles qu’elles peuvent faire et devenir ce qu’elles veulent?
Je suis mère de deux filles, et c’est important pour moi qu’elles soient confiantes et qu’elles se sentent aussi fortes et outillées que les garçons. J’essaie d’aider les autres parents de filles à transmettre ces valeurs aux leurs parce que je crois que toute la société en bénéficiera.

Albums Ada et Tu peux

Vous avez écrit des livres avec des messages clairs, notamment La clé à molette sur le sujet de la surconsommation. Vous partagez des dessins dans le but de soutenir certaines causes (par exemple l’accueil d’immigrants syriens au Canada, le travail important des enseignants auprès des enfants, etc.). Vous décririez-vous comme une artiste engagée au sein de sa communauté? 
Oui, et ça me vient naturellement. J’aime aider, j’aime contribuer à ma communauté, et c’est en créant des livres que j’ai le plus de plaisir à le faire. Mais ma mission première, c’est d’offrir aux enfants des livres qu’ils aiment, point. Si je réussis ça, je me sens utile. Si en plus, je les encourage, les supporte, leur transmets des valeurs qui me sont chères, c’est un bonus, mais je serais satisfaite de mon impact sans ce bonus aussi.

Un projet dont vous êtes particulièrement fière ou encore un défi que vous avez relevé ces dernières années?
Élever mes enfants tout en menant une carrière qui roule à toute vitesse. Je suis très fière d’avoir réussi à mener à terme tous mes projets tout en gardant ma santé mentale relativement intacte et tout en passant du temps de qualité avec les gens que j’aime. C’était tout un défi!

Le livre dont les enfants vous parlent le plus? Et celui dont les adultes vous parlent le plus?
Je ne pourrais pas répondre! Ça dépend des gens qui me parlent. Chaque personne semble avoir son petit favori. Je n’arrive pas à observer de tendance. Ah tiens, oui, peut-être: mon livre Une patate à vélo semble être un coup de coeur chez un très grand nombre de bébés et leurs parents. Ça me touche, parce que pour beaucoup d’enfants, ce livre sera peut-être leur tout premier!

Une patate à vélo

Un projet sur lequel vous travaillez maintenant et dont vous auriez envie de nous parler?
C’est un livre sur les champignons! J’adore la cueillette des champis et j’avais envie de partager cette passion avec les enfants. J’ai remarqué que tous ceux qui m’accompagnent lors de mes promenades mycologiques étaient très intéressés et voulaient tout savoir, alors je me suis lancée! Ce sera un «docu-perso», avec autant d’anecdotes personnelles que de faits scientifiques. J’ai hâte qu’il sorte!

Elise Gravel à la cueillette aux champignons

Elise Gravel et ses filles à la cueillette des champignons. Illustration tirée de sa page Facebook. ©Elise Gravel

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