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Les gravures aussi légères que des plumes de May Angeli
Lorenzo Mattotti : On n'est pas obligé de toujours raconter avec des mots
Joëlle Jolivet, aller à l'essentiel du trait
Etienne Delessert au Centre de l’Illustration de Moulins (03)
La rue & le Machino
Thierry Magnier, Solotareff et Benoît Jacques.

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Les entretiens

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Roland Godel : la place du coeur !
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Francine Bouchet : « Chaque fois qu'un livre arrive, c'est une joie de le découvrir ».
« J'ai encore la certitude qu'en m'entraînant longuement, je finirai par savoir voler. »
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Clémentine Beauvais : « C'est sans doute la chose la plus enivrante et la plus belle du métier... »
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Livres pour enfants en Algérie

La littérature pour enfants et incidemment le livre destiné à cette catégorie de la population n’est pas pour ainsi dire bien assis dans les traditions de lecture en Algérie et les éditeurs ne sont pas très intéressés par sa production et préfèrent plutôt le parascolaire qui a foisonné ces dernières années.

Il faut dire que de manière générale les Algériens ont perdu le goût de la lecture et s’en sont désintéressés, adoptant ainsi de nouveaux comportements où l’Internet et le DVD occupent la première place. Le livre, même s’il trône dans nos bibliothèques à la maison, n’est "consulté" que très rarement et les enfants harcelés par leurs enseignants et suivis par les parents n’ont "d’yeux" que pour les programmes et les cours suivis en classe. La découverte, la détente, le plaisir de lire une histoire dans un livre plein d’images n’ont presque plus de place et la plupart du temps ce n’est que fortuitement, en passant dans une librairie ou dans une bibliothèque, que l’enfant est attiré par un livre qui lui est destiné. En le feuilletant, en regardant ses images, l’enfant essaye d’en déchiffrer le texte associé aux illustrations et est tout de suite séduit. Mais le lire et aller jusqu’au bout n’est pas chose aisée du fait que l’écolier est tenu de réviser d’abord ses leçons, de faire ses devoirs ou d’apprendre par cœur des règles, ce qui ne lui laisse pas beaucoup de temps.

De leur côté, les adultes n’encouragent pas l’activité de lecture hors programme scolaire. Leur intérêt premier est de voir leurs enfants réussir à l’école. Le livre "plein d’images", le livre "portes ouvertes sur l’imagination et le rêve", ce sera quand il sera plus grand. Il se débrouillera seul. L’urgence, c’est le scolaire ; cela passe avant tout.Cette réalité se vérifie à Annaba où le nombre d’éditeurs se limite à trois pour une wilaya qui compte près de 600 000 habitants dont 280 000 concentrés au chef-lieu. Ces éditeurs, qui ne s’occupent que du parascolaire, exercices de mathématiques avec corrigés, livres de sciences, histoire et géographie, langue française et autres, ne concèdent que très rarement une très petite place au livre pour enfants. "Le livre pour enfants n’est pas comme les autres livres. C’est un livre spécial où le contenu est étudié et contrôlé avec minutie, dans lequel les illustrations choisies sont réalisés par des artistes spécialisés qui connaissent les penchants et les intérêts de l’enfant pour telle ou telle image ainsi que sa représentation". Le pédagogue et le psychologue s’occupent du thème et du texte qu’il faut intégrer à l’illustration, de façon à véhiculer un message qui «ouvre l’appétit» de la lecture qui incite à lire et qui en même temps développe l’imagination. Pour chaque tranche d’âge, sur les livres, la mention doit figurer sur la couverture de 5 à 9 ans, de 10 à 12 ans, etc. De cette manière, les parents sauront ce qu’il faut acheter à leurs enfants et sauront choisir ce qui leur convient le mieux.
Les travaux d’impression jouent un grand rôle, les supports iconiques et linguistiques doivent être de qualité supérieure pour accrocher et attirer les enfants qui seront ainsi poussés à découvrir et à lire. Le goût de la lecture est à ce prix et si on attrape «le virus» tout petit on l’a pour la vie et on ne plus s’en passer, on lira et on continuera à lire», nous confie M. Driss Boudiba, directeur de la culture de la wilaya de Annaba et spécialiste de la littérature pour enfants.

La grande librairie du cours de la Révolution ne désemplit pas. On y vient de partout pour acheter des livres. Il y a foule du côté des rayons réservés au parascolaire où les manuels sont rangés par niveau, de la première année du primaire à la 3ème année du secondaire. Annales du baccalauréat toutes séries, exercices corrigés de physique, de mathématiques, de sciences, de français, d’arabe et d’anglais etc. Des livres de littérature arabe et française sur un autre rayon, on y trouve des classiques : Victor Hugo, Maupassant, Camus, Taha Hussein, Mustapha Lotfi Al Menfalouti, Mohamed Dib, Mouloud Feraoun et bien d’autres. Quelques universitaires intéressés par l’étude de ces auteurs s’y attardent en feuilletant ces recueils. Juste à l’entrée, confinés dans un coin, les livres pour enfants ne suscitent pas vraiment d’intérêt particulier. "Les petits livres sont édités chez nous et ne sont pas très prisés. Ils sont mal reliés, les pages se détachent très vite et la qualité des illustrations n’est pas bonne, pour ne pas dire mauvaise. Ce qui est plus ou moins intéressant, ce sont les livres importés du Liban ou de France mais ils sont très chers, ce qui dissuade les parents et comme vous le voyez, le rayon réservé au livre pour enfants est presque toujours vide", nous dit le libraire.Il faut dire aussi que les livres édités en Algérie ne sont pas corrigés et contiennent beaucoup de fautes d’orthographe. A titre d’exemple, nous avons remarqué que dans l’un de ces livres racontant en prose la fameuse histoire de la Cigale et la Fourmi, tout le texte orthographie le mot "fourmi" avec un "e" à la fin et même sur la couverture portant le titre. Un autre, supposé être un dictionnaire arabe-français, propose l’ouvrage en orthographiant dictionnaire avec un seul «n» et c’est censé être une référence pour les apprenants. Où sont donc passés les comités de lecture et de contrôle ? Comment est-ce qu’on a pu autoriser la publication de pareilles aberrations qui polluent l’esprit des enfants ? A l’école, si on essaye de donner le goût de la lecture et de la découverte, cette activité ne trouve pas son prolongement à la maison ou dans les bibliothèques. En effet, les lectures dirigées auxquelles on initie les enfants pendant les cours ne sont pas suivies avec intérêt, les thèmes abordés ne sont pas pour la plupart n’inffluent pad le goût de celles-ci parce qu’elles ne laissent pas de place ou très peu à l’imagination. Même si, parfois, c’est le cas, le titre étudié n’est pas disponible, ni dans la bibliothèque de l’établissement, ni à l’extérieur.

Les enfants ne trouvant d’autre distraction que dans les jeux électroniques ou les dessins animés où ils trouvent matière à rêver et à imaginer, ce qui, indirectement, les dispense de lire, tout en étant tributaires de ce qu’on leur aura proposé à la télévision ou comme CD. En 2007, 2008 et 2009, le ministère de la Culture, dont les responsables se sont intéressés au problème de la lecture et de la littérature pour enfants a fait éditer éprès de 800 titres qui ont été distribués aux bibliothèques à travers le pays pour créer des espaces de lecture pour enfants. Cela a quelque peu réhabilité cette activité impor-tante pour la formation et la culture des jeunes esprits, mais cela demeure insuffisant. Il faudrait qu’au niveau des programmes scolaires, on revoit la place accordée à la lecture, aux comptes-rendus de lecture et au système de notation de celle-ci pour rendre dans un premier temps cette activité «intéressée», ensuite cela deviendra une habitude, une bonne habitude pour tous.

par Mohamed Rahmani, correspondant à Annaba
(La Tribune - jeudi 25 juin 2009)



Sans contribution des autorités locales pour sa publication et sa promotion Le livre pour enfants et jeunes manque dans les éditions locales

La scène livresque constantinoise destinée aux enfants et aux jeunes demeure en jachère en matière de production au sens large du mot. En fait, à Constantine, il n’existe pas de vrais promoteurs de ce genre de littérature qui revient très cher à la publication.Cette contrainte financière sanctionne les rares initiatives venant des créateurs et conteurs qui aimeraient publier leurs œuvres.

Pour se rendre compte de ce vide, il suffit de visiter les espaces destinés à ces ouvrages. Si la capitale dispose de quelques maisons d’édition spécialisées dans la publication de ce genre de livres, dans l’est du pays, les éditeurs -du moins les rares qui respectent leur noble profession- sont souvent isolés de la manne providentielle du Centre et se démènent comme ils peuvent pour maintenir le cap et garder à flot leur maison d’édition "provinciale". C’est avant tout une des raisons qui découragent le marché du livre pour enfants et jeunes, au grand dam de ces lecteurs, même si la notion de la lecture leur échappe, en raison de son absence dans leur monde, dominé par des programmes scolaires surchargés et où les quelques plages de repos sont comblées par les jeux électroniques, les programmes télé et tous ces passe-temps si nécessaires pour un enfant.

"Pour éditer un ouvrage enfant-jeunesse, beaucoup de critères s’imposent pour sa confection. Cela va des choix des textes et des illustrations à la qualité du papier et de l’impression», nous dira un éditeur local. Pour ce dernier point, le même interlocuteur soulève le problème lié au choix des imprimeries qui excellent peu dans ce domaine. «Il importe de réussir comme il se doit la sélection de couleurs. Etape déjà importante pour ne pas tromper l’œil de l’enfant en pleine découverte du monde extérieur." dira-t-il.
De fait, plusieurs produits à caractère éducatif sont façonnés à la va-vite sans aucune étude ou design préalable. Pour s’en convaincre, il suffit de sillonner quelques Salons du livre improvisés dans l’Est pour voir cette défaillance. C’est l’une des causes qui, semble-t-il, a poussé quelques importateurs à se ruer vers les éditeurs étrangers, notamment français et moyen-orientaux, pour combler ce vide. Mieux, les prix proposés demeurent abordables et la qualité des livres appréciable. Ainsi, on peut trouver aux côtés du Petit Chaperon rouge et de Blanche-Neige, des contes en langue arabe, dont certains ne sont en fait qu’une simple traduction des incontournables classiques. Pour le reste, il semble que le sort des conteurs serait scellé. Et ces derniers ont compris les difficultés financières et techniques de la publication.

Quant aux responsables dont on attend qu’ils assistent, aident et soutiennent les "initiateurs" de tels projets, ne serait-ce qu’avec de symboliques subventions, ils n’ont, pour l’heure, rien donné. Ce n’est pas le cas à Constantine où l’on sponsorise des actions qui coïncident, voire répondent, beaucoup plus, à la demande de la culture de conjoncture, sans trop se soucier de l’impact que pourraient engendrer la création et la promotion du livre jeunesse dans le parcours de ces jeunots aux esprits frais et réceptifs.
Toutefois, il faut avouer qu’on ne se bouscule pas au portillon chez les quelques éditeurs locaux. "Il est exceptionnel de voir un conteur venir nous proposer son produit. De plus, en se présentant, il conclut de lui-même que, sans rescousse initiale, son projet demeurera inexploité. La capitale de l’Est, assez excentrée d’Alger, souffre de cette insuffisance, d’autant que les autorités locales ne soucient pas vraiment de résoudre la problématique avérée de la lecture et de la mise sur les étals du livre pour enfant et jeune», révèle notre même interlocuteur.

L’importance de l’édition en général reste peu comprise à l’échelle locale. Elle est souvent pensée dans un contexte de gains et de bénéfices et est donc considérée comme toute autre activité commerciale… seulement avec peu d’ampleur. Alors que dire de sa spécialisation !! Il est grand temps pour la tutelle de se pencher sur les problèmes des éditeurs de l’Algérie profonde. Et là on va évoquer de nouveau «la socialisation» de la culture mais sous un autre aspect, celui de la promotion équitable au niveau de chaque contrée du pays en vue d’une propagation du livre (enfant-jeunesse) maximale et, de surcroît, de qualité. La large diffusion des ouvrages ne se fait pas dans le seul but d’"étoffer les étals" mais l’essentiel reste de pouvoir amener les jeunes lecteurs à les consulter. Par ailleurs, il faut signaler que rares sont les associations qui luttent pour la promotion de la lecture chez cette frange d’âge. Il en est de même pour l’école.

par Nasser Hannachi, correspondant à Constantine
(La Trubune - jeudi 25 juin 2009)

http://www.latribune-online.com

Nous remercions le CRILJ / Orléanais pour la reproduction de cet article
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