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À l'occasion de la Foire du livre de Francfort

Par
Dominique Petre*
Du 19 au 23 octobre 2016, la Buchmesse de Francfort ne mettra pas, comme d'ordinaire, un pays à l'honneur mais une langue, le néerlandais. Comme en 1993, les Pays-Bas et la Flandre ont uni leurs efforts pour présenter ce qu'ils ont de mieux et surtout de commercialisable à l'étranger. En littérature jeunesse, les organisateurs entendent « amener une nouvelle génération d'auteurs vers l'Allemagne ». Avec une centaine de traductions du néerlandais vers l'allemand dans ce secteur, la mission semble accomplie avant même que la Foire du livre ne soit inaugurée. Dommage que les traductions en français soient cinq fois moins nombreuses.



1. Le directeur artistique s'explique 
L’auteur flamand Bart Moeyaert mène d’une main de maître la participation des Pays-Bas et de la Flandre, invités d’honneur de la Buchmesse 2016
 
Benjamin d’une fratrie de sept garçons, il a raconté ses souvenirs d’enfance dans Frères (Le Rouergue, 2008). Avec Olek a tué un ours, il a revisité un conte russe ; l’album illustré par Wolf Erlbruch existe en français dans une version audio (Le Rouergue, 2006). Né à Bruges en 1964, Bart Moeyaert n’est donc pas un inconnu pour les amateurs de littérature de jeunesse. Parmi ses titres les plus célèbres, il y a encore À mains nues (Seuil jeunesse, 1999), C’est l’amour que nous ne comprenons pas (Le Rouergue, 2005) et La rue des étoiles (Le Rouergue, 2013). Bart Moeyaert a également écrit des romans, des récits, des pièces de théâtre et des poèmes. Pour cette édition de la Foire du livre de Francfort, les Pays-Bas et la Flandre l’ont nommé directeur artistique de leur participation. Malgré un agenda bien rempli à quatre semaines de la Buchmesse, Bart Moeyaert a pris le temps de répondre aux questions de Ricochet.
 


Bart Moeyaert enfant (© privé) et directeur artistique de la présentation néerlando-flamande à la Foire du livre de Francfort (© Annie van Herk)

 
 
Vous êtes vous-même auteur de livres pour enfants, cela signifie-t-il que vous avez accordé une attention particulière à la littérature jeunesse pour la Foire de Francfort ?
La littérature jeunesse occupe une grande place dans notre présentation, mais cela n’a rien à voir avec mon œuvre personnelle. J’écris aussi des poèmes et des pièces de théâtre. Ce que j’ai essayé pour Francfort, c’est de donner une grande place à tous les genres et de les décloisonner. Notre devise en néerlandais est « ce que nous partageons » (« dit is, wat we delen ») : les auteurs jeunesse vont rencontrer des écrivains, des poètes, des auteurs de BD et discuter de ce qu’ils ont en commun.
 
 
Votre action est plus longue que les cinq jours de la Foire du livre et plus étendue qu’à la seule ville de Francfort. Qu’est-ce qui a déjà été réalisé avant la Buchmesse dans le domaine de la littérature de jeunesse ?
Pour ne citer que quelques exemples, je parlerais de la superbe exposition consacrée à l’illustratrice belge Ingrid Godon et au photographe allemand August Sander au Musée des Arts appliqués de Cologne. Lors du vernissage de « Regarde-moi » (« Schau mich an »), Ingrid Godon a raconté comment, à l’âge de sept ans, elle avait été subjuguée par de vieilles photos de famille. Ce sont ces clichés qui lui ont inspiré le livre J’aimerais (La Joie de lire, 2015). Toujours à Cologne, lors des « semaines du livre pour enfants et jeunes » (« Internationale Kinder- und Jugendwochen »), plus de dix auteurs se sont déplacés, comme Michael de Cock, Joke van Leeuwen ou Bibi Dumon Tak. Leipzig a exposé l’œuvre des illustrateurs Ann De Bode, Peter Goes et Charlotte Dematons, et Berlin vient d’inviter l’illustrateur Carll Cneut et l’auteur Simon van der Geest à l’occasion de son Festival international de littérature (Internationales Literaturfestival Berlin).



Portraits d'Ingrid Godon.


 
Combien de traductions auront été réalisées du néerlandais vers l’allemand dans la foulée de votre action à la Buchmesse en octobre 2016 ? Et qu’en est-il des traductions du néerlandais vers le français ?
D’après nos derniers chiffres, 98 livres auront été traduits dans le secteur jeunesse du néerlandais – donc de la Flandre et des Pays-Bas – vers l’allemand en 2015 et 2016. Concernant le français, c’est nettement moins important : nous n’avons répertorié que 19 traductions en littérature de jeunesse en 2015 et 2016 (1).
 
 
De quoi êtes-vous particulièrement fier ?
Sans hésiter, du projet théâtral mené avec des auteurs issus des Pays-Bas et de Flandre qui prenaient la plume pour la toute première fois pour la jeunesse. Pour ne citer que quelques noms : Maud Vanhauwaert, Rebekka de Wit et Mustafa Kör. De nouveaux textes pour jeunes à partir de douze ans sont ainsi nés, et ils seront disponibles à partir de cet automne en néerlandais et en allemand dans une nouvelle « Bibliothèque de théâtre » ( « Nieuwe Toneelbibliotheek »). Mais soyez sûrs que la Foire du livre réserve d‘autres événements…

 
Justement, qui pourra-t-on voir à Francfort en octobre 2016 ?
En tout, 70 auteurs vont faire le déplacement, tous genres confondus. Il y a des écrivains célèbres, des nouveaux venus, et une vingtaine d’auteurs et illustrateurs jeunesse présents à Francfort entre le 19 et le 23 octobre prochains. Parmi eux : Carll Cneut, Charlotte Dematons, Ingrid Godon et Thé Tjong-Khing. La devise que nous avons choisie en allemand « Denn das Meer ist meine Seele » (« Parce que la mer est mon âme ») fait référence à la mer du Nord, que partagent la Flandre, les Pays-Bas et l’Allemagne. Une mer toujours en mouvement, avec de constantes nouvelles vagues qui laissent des trésors sur la plage.



(1) Voici la liste des traductions vers le français répertoriées par la Flandre ou les Pays-Bas en 2015/2016 :
  • Beerten, Els, NOUS VOULONS TOUS LE PARADIS, La Joie de lire, 2015-2016 (Encrage). 
  • de Kinder, Jan, ROUGE, traduction de Marie Hooghe, Didier Hatier, 2015 (Didier Jeunesse). 
  • De Smet, Marian, LE MONDE EST DERRIÈRE TOI, Actes Sud junior, 2015 (Ado). 
  • Gaudesaboos, Pieter, LES ANIMAUXLES CHIFFRESLES COULEURS, et LES TRANSPORTS, La Joie de Lire, 2015 et 2016. 
  • Groeneveld, Linda, UN ÉLÉPHANT POUR LE THÉ VERT, traduction d'Emmanuèle Sandron, Magnard, 2015. 
  • Huizing, Annet, COMMENT J'AI ÉCRIT UN ROMAN SANS M'EN RENDRE COMPTE, traduction de Myriam Bouzid, Syros, 2016. 
  • Koolwijk, Pieter, Moustique et Tignasse, traduction de Vincent Folliet, illustrations de Linde Faas, Bayard jeunesse, 2015. 
  • Matti, Truus, MISTER ORANGE, traduction d’Emmanuèle Sandron, La Joie de Lire, 2016. 
  • Schubert, Dieter et Ingrid, Maurice au musée, traduction de Marie Kastner-Uomini, White Star Kids/De Agostini, 2016. 
  • Tellegen, Toon, JE PENSE, traduction de Maurice Lomré, illustrations d’Ingrid Godon, La Joie de Lire, 2015. 
  • van der Molen, Janny, LA VIE D'ANNE FRANK, traduction d'Emmanuèle Sandron, illustrations de Martijn van der Linden, Bayard jeunesse, 2015. 
  • van Haeringen, Annemarie, MONSIEUR MATISSE, traduction de Gabrielle Bourlionne, illustrations d’Annemarie van Haeringen, Sarbacane, 2016. 
  • van Leeuwen, Joke, QUAND C'ÉTAIT LA GUERRE ET QUE JE NE COMPRENAIS PAS LE MONDE, traduction d'Emmanuèle Sandron, Alice, 2016 (Deuzio). 
  • van Rijckeghem, Jean-Claude et van Beirs, Pat, Margot d'Anvers, traduction de Anne Rogghe, Jean-Philippe Bottin, Mijade, 2015. 
  • Verhelst, Marlies, LE FESTIN DU ROI, traduction de Julie Duteil, illustrations de Linde Faas, Minedition, 2015. 
     

 

 
2. Dix « coups de cœur » issus de Flandre et des Pays-Bas
Une sélection - forcément subjective - de dix livres qui démontrent la qualité et la diversité de la littérature jeunesse en néerlandais
 
Plus de 230 titres ont été traduits du néerlandais vers l'allemand dans la foulée de cette présentation commune Flandre/Pays-Bas à la Foire du livre de Francfort, et ce chiffre constitue un record pour un pays à l'honneur. La littérature de jeunesse n'a évidemment pas été oubliée avec une centaine titres, soit plus d'un tiers des traductions. Cela prouve le succès d'une production jeunesse sans tabou : les auteurs néerlandais et flamands ont la réputation d'aborder des sujets difficiles de manière totalement décomplexée. Pour ceux qui la connaissent peu, Ricochet propose une sélection de dix coups de cœurs.
 
  • L'ascenseur volant, Annie M.G. Schmidt (NL), Société nouvelle d'édition (Bibliothèque rouge et or souveraine), 1964.
La grande figure historique de la littérature jeunesse néerlandaise est ANNIE M.G. SCHMIDT, une féministe avant la lettre.

Ont aussi été traduits en français : l'histoire de Monsieur Ouiplala (Nathan) et celle d'Abeltje dans son ascenseur volant (Société nouvelle d'édition), un « liftboy » encore plus célèbre que Spirou aux Pays-Bas. 


 
Incontournable, TOON TELLEGEN n'a pas seulement beaucoup de talent pour raconter des histoires ; il sait aussi s'entourer des meilleurs illustrateurs, ici MARC BOUTAVANT (avec qui il partage l'amour pour les écureuils).

D'autres albums de ce (très) grand monsieur de la littérature jeunesse ont été illustrés par KITTY CROWTHERINGRID GODONMARIT TÖRNQVISTAXEL SCHEFFLER et ROTRAUT SUZANNE BERNER.


 
Autre « classique » venu des Pays-Bas : MAX VELTHUIJS a écrit et dessiné une dizaine d'aventures de Petit-Bond, une grenouille qui se pose beaucoup de questions, comme celle de savoir pourquoi aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres.
 

 
Des cartonnés, pour les plus petits, avec des volets à soulever. Les quatre histoires de Théo, écrites et dessinées par INGRID GODON, sont des livres dont les enfants raffolent.

Les albums d'Ingrid Godon écrits par TOON TELLEGEN (J'aimerais et Je pense, La Joie de lire) sont de vrais petits bijoux, mais plutôt pour les anciens enfants.

 
Ou l'histoire d'un homme qui aimerait lire mais dont la tranquillité est compromise par la petite voisine. L'histoire de KOEN VAN BIESEN est drôle, inventive, et ses illustrations irrésistibles.

Il existe une suite : LE VOISIN VA PÊCHER (Alice jeunesse, 2016).

 
  • Lapin cherche Lapin, Maranke Rinck et Martijn van der Linden (NL), La Martinière jeunesse, 2015.
Un lapin cherche son double, sa quête se termine par par un jeu de memory où l'on retrouve les personnages croisés au fil des pages.

Les auteurs forment un couple - elle écrit, il dessine -, et leur livre suivant (encore indisponible en français) est une pépite tout aussi ludique puisque basée sur un autre jeu, celui du pUZZLE CHINOIS TANGRAM.

 
  • Le mystère de la vie, Jan Paul Schutten et Floor Rieder (NL), L'Ecole des loisirs, 2016.
Un documentaire qui paraîtra à la fin de la Foire du livre de Francfort en français, à L'Ecole des loisirs : Le mystère de la vie de JAN PAUL SCHUTTEN.
Comment les plantes, les animaux et les humains sont-ils apparus sur Terre ? Jan Paul Schutten répond à ces questions tandis que FLOOR RIEDER les illustre.

À partir de 12 ans.

 
Deux cousines sauvent un baleineau, l'une d'elles se met à parler de la relation incestueuse que lui impose son père.

Peu d'auteurs osent aborder le thème de l'inceste dans la littérature pour la jeunesse. La belge ANNE PROVOOST le fait avec talent.

 
Les albums de PETER GAUDESABOOS sont un plaisir pour les yeux. Dans celui-ci, on suit les tribulations d'une grande boîte en bois jusqu'à son ultime destinataire, une petite fille. C'est irrésistible et drôle, surtout le dénouement final.
Pour les plus petits, une série d'albums vient de paraître à La Joie de Lire (Les animaux, Les chiffres, Les couleurs, et Les transports). 
 
 
 
  • Rosie en Moussa, Michael De Cock et Judith Vanistendael (B), Querido (NL), 2010.
Un regret pour terminer, ou plutôt un appel aux éditeurs : quel dommage que les francophones ne puissent pas suivre les aventures de Rosie et Moussa.
Créées par un Anversois père de cinq enfants, Michael de Cock, et illustrées par Judith Vanistendael auteure de romans graphiques magnifiques (La jeune fille et le nègre, Actes Sud ; David, les femmes et la mort, Le Lombard), Rosie et Moussa vivent leurs péripéties en néerlandais, en allemand et en italien, mais pas en français.
Peut-être cette situation évoluera-t-elle pendant la prochaine Foire du livre de Francfort ?
 
Sélection : Dominique Petre*
 

*Journaliste belge habitant depuis plus de dix ans à Francfort sur le Main, Dominique Petre a placé en grand, au-dessus de son bureau, une citation de Toon Tellegen : « interdiction de désespérer ». C'est dire si elle apprécie les auteurs jeunesse de langue néerlandaise. 
 
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