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Rencontre avec Jo Witek

Par
Catherine Gentile
Jo Witek est née en 1968 en bord de Seine, mais côté banlieue. Elle a quitté la région parisienne à 35 ans pour s’installer dans l’Hérault en famille. Très jeune, elle a été attirée par l’écriture et l’expression artistique a guidé sa vie professionnelle.






« Je suis une travailleuse nomade, dit-elle volontiers. Travailleuse parce que j’ai exercé de nombreux métiers pour m’accrocher à l’écriture. Comédienne, conteuse, lectrice pour le cinéma, journaliste, scénariste multimédia mais aussi serveuse, ouvreuse de théâtre, ouvrière, DJ...
Nomade parce que je voyage léger et que, seul le plaisir du projet artistique réussit à me faire lever chaque matin pour partir vers de nouvelles aventures humaines ou imaginaires. »

« Dire les textes des autres d’abord en choisissant une formation de comédienne, qui me fit croiser la route de personnes admirables : Philippe Minyana, Eugène Ionesco, Jean Jourdheuil, Peter Brook, Stefan Meldegg, Robert Hirsch...
Écrire et lire pour les autres ensuite, en travaillant comme scénariste ou lectrice pour le cinéma.
Écrire ce que je voulais enfin, sur les conseils de mon cher et regretté Philippe Dumarçay, pataphysicien et sans doute le plus discret des scénaristes du cinéma français. »


Depuis 2008, Jo Witek écrit particulièrement pour la jeunesse et s’y sent bien.
Aujourd’hui, elle partage son temps entre son métier d’auteure, d’animatrice d’ateliers d’écriture en milieu scolaire et de rédactrice multimédia. Ses textes sont publiés sous son nom de jeune fille, Witek.






« J’ai beaucoup travaillé sur le thème de la sexualité et de l’amour mais ce n’est pas une spécialité maison. Chaque fois que les adultes ont tendance à baisser les yeux devant des questions d’adolescents, je me dis qu’il y a un sujet. Notre peur de leurs peurs ne les rassure pas. Je vis donc l’écriture comme un engagement. Ecrire pour tenter de faire avancer la grande machinerie humaine vers plus de tendresse et d’équité. J’aime bien l’idée d’apporter ma petite goutte d’eau, très discrètement… »


Frédérique Peyriac, la skateuse qui ne veut pas être une princesse, Jessie, la petite peste qui cache un lourd secret, Matt Borovski, le magicien, fils du Renard le voleur, Julie Nottini, qui rêve de paillettes et de photos dans les magazines, Waafa, Virgil, Indie, Zimri, Nyoko et Dylan, les jeunes passagers du TGV conduit par Jeanne, Jill Le Bellec, la jeune fille aveugle qui veut avancer sans sa canne, Xavier Bole, le collégien – lycéen pianiste et amoureux…, tous ces personnages sont nés sous la plume de Jo Witek qui s’intéresse « à cet âge fragile où un mot peut suffire à blesser à mort ou à aiguiller le sens de toute une vie ».
Pour parler d’eux et évoquer son travail d’écriture, nous avons rencontré Jo Witek lors du dernier salon de Montreuil.


Catherine Gentile : Parlons tout d’abord de la manière dont vous abordez l’écriture et le thème d’un nouveau roman. Votre premier livre, Récit intégral (ou presque) de mon premier baiser a été publié aux éditions du Seuil en 2009. Comment ce personnage de garçon adolescent est-il né ?
Jo Witek : Oui, Xavier est un personnage important pour moi. Je lui ai consacré deux romans. Ce sont les deux journaux intimes qu’il tient l’espace de quelques mois, quand il est en 4ème tout d’abord dans Récit intégral (ou presque) de mon premier baiser puis lorsqu’il entre en seconde, dans Récit intégral (ou presque) d’une coupe de cheveux ratée.
Ces deux romans viennent d’ailleurs d’être réédités au Seuil (avril 2014) sous la forme d’un gros volume : Journal (sentimental) d’un garçon (presque parfait).

 
 
 
 

Comment est né Xavier ? C’est toujours la même chose pour moi, il faut une émotion qui déclenche l’envie d’écrire. Je regarde souvent en librairie ce qui sort pour les adolescents. Dans le domaine de la littérature sentimentale, je voyais surtout des livres « roses », des livres ciblés pour les filles, souvent très stéréotypés. Comme si l’amour leur était réservé. En tant que maman de deux garçons et en rencontrant beaucoup d’ados en classe, j’ai pu constater combien il était encore difficile pour eux d’exprimer librement leur sensibilité, leurs émotions affectives. La pression sociale est encore importante sur les épaules des jeunes hommes. Pleurer, aimer, crier son amour… cela fait « chochotte ».
Avec Xavier, j’ai voulu créer un héros romantique, un garçon au cœur tendre, qui n’a pas peur d’écrire ce qu’il ressent. J’aime bien ce genre de personnages – un peu en retrait, un peu maladroits, qui n’ont pas de certitude, qui doutent d’eux, de leurs capacités à grandir.  

Extraits de Récit intégral (ou presque) de mon premier baiser, Seuil jeunesse, mars 2011 :

« Xavier Bole, treize ans, bon élève, sérieux, poli et tout et tout. Mais à l’intérieur, j’ai parfois l’air d’un autre moi : Xavier Bole, treize ans, complètement barjot, celui-là ! »
Xavier écrit son premier journal sur un Notebook jaune en papier recyclé offert par sa grand-mère pour ses douze ans. Il le commence alors qu’il est en 4ème, du samedi 16 mars, 17h, jusqu’au mercredi 30 avril, 15h36.
« J’ai vu le cahier et je me suis mis à écrire comme ça, naturellement. Et ça fait du bien. »

« Pourquoi les hommes n’ont-ils pas le droit de parler d’amour ? Avec qui peut-on parler de tout ça ? […] Il ne reste que Martin mais, franchement, dès qu’il me parle de filles, c’est pour se moquer d’elles. On n’a pas vraiment abordé LE sujet tous les deux. Enfin, je veux dire sérieusement, sans blaguer. D’ailleurs, j’ai l’impression que tous mes copains ne parlent jamais de filles sans blaguer. Est-ce que les hommes sont capables d’exprimer leurs sentiments sans pisser de rire ? »


Quels sont les retours des lecteurs sur ces journaux de Xavier Bole lors des rencontres que vous animez dans les établissements scolaires ?
Les garçons en général m’affirment qu’ils se sentent libres de parler d’amour. Alors, comme c’est une bonne nouvelle, je les pousse à aller plus loin dans leur affirmation. Peuvent-ils le matin lancer à leurs copains : « j’ai pleuré de chagrin d’amour toute la nuit, elle m’a quitté… ». Et là, la réaction est unanime : filles et garçons éclatent de rire et répondent : « non, faut pas abuser ! » Du chemin reste donc à faire et la fiction, à mon sens, les touche davantage que les grands discours. En tous cas, souvent, des garçons viennent me voir après les rencontres, de façon plus intime, pour me dire qu’ils se sentent proches de mon héros.


Cette thématique très forte, les relations filles/garçons, traverse tous vos romans. Pouvez-vous nous en parler ?
Oui, c’est exact. C’est prédominant à l’adolescence, on se lance vers sa sexualité. Cela commence par un regard, un baiser, une caresse… On peut aussi à cet âge se laisser mourir d’amour ou d’amitié. Les sentiments sont des choses sérieuses. Aujourd’hui, ces rencontres se vivent aussi devant les écrans : l’amour, l’amitié, les discutions, les photos, les confessions intimes… Les parents n’ont parfois pas accès au monde des adolescents, ne savent pas réellement ce qu’ils font quand ils surfent sur Internet. Cela me fait penser au film de Michael Haneke, Benny’s video. Dans le film, les parents restent à la porte de la chambre, sans oser rentrer dans son monde. Une sorte d’abandon dans la technologie. Malgré les centaines d’amis qu’ils ont sur Facebook, les ados sont isolés, fragiles et peuvent devenir des proies faciles. L’écran d’ordinateur est une fenêtre sur le meilleur et le pire de l’humanité, je pense que les adultes ne devraient pas laisser le fossé se creuser. Mais c’est compliqué. Cette révolution numérique bouleverse aussi les relations parents-enfants, et enfants-professeurs. J’aime écrire autour de ces sujets de notre quotidien.






Extrait de Mauv@ise connexion, Talents hauts, septembre 2012 :

« Je m’appelle Julie Nottini. J’ai dix-huit ans. Mon cas n’est pas unique.
Nous sommes des milliers de filles chaque année à nous sentir sales, honteuses, souillées. La plupart d’entre nous n’évoquent jamais ce qui leur est arrivé et préfèrent se taire.  […]
Trouver les mots justes, se replonger dans un passé qui blesse… Pas facile de raconter ce genre d’histoire. On craint toujours que les gens ne nous croient pas, nous accusent de mensonges, nous jugent.
On se sent si stupide d’avoir été abusée. Le vrai coupable le sait bien, lui. Il en use souvent pour dissimuler son crime et poursuivre ses méfaits en toute impunité.
Contrairement à ce que je pensais, la violence entre un garçon et une fille ne fait pas toujours de bruit. Parfois, elle s’immisce en douceur dans les chambres adolescentes. Elle peut même prendre le visage de l’amour. Tu te sens en confiance, aimée, adorée, alors tu ouvres grand ta porte… et la caresse se transforme en coup. »


Parlons justement de l’enfermement. Vous avez écrit un roman, Rêves en noir, publié en janvier 2013 dans la collection Romans ado, chez Actes Sud junior, qui met en scène Jill, une jeune fille aveugle. Comment vous est venue cette idée ?
Le déclencheur a été pour ce livre la lecture d’un article publié dans un magazine, consacré à une femme aveugle qui avait l’impression de rêver en couleurs, disant que ses nuits étaient plus belles que ses jours. Tout de suite s’est imposée l’idée d’une héroïne aveugle. Une vraie héroïne car le sujet est plus l’aveuglement que provoque son handicap, sa colère, que sa cécité. Je voulais un personnage pugnace.
Quand j’écris un roman, j’aime me documenter en amont, pour rentrer dans un univers particulier. Aussi, ai-je contacté l’Institut National des Jeunes Aveugles, à Paris. Sa directrice, Françoise Sabotier-Grenon, a accepté de m’y accueillir durant quinze jours. J’ai pu visiter l’établissement, assister aux cours et rencontrer les élèves au travers d’un atelier d’écriture. Je leur ai expliqué que j’avais le projet d’écrire un livre dont une partie de l’action se déroulerait à l’INJA. Ils m’ont accueillie très chaleureusement et ils m’ont tout montré : les salles de classe, les ateliers où ils apprennent l’autonomie, leurs chambres au pensionnat. J’ai pu aussi échanger avec les enseignants. A la sortie du roman – qui a été transcrit en braille à l’INJA –, il y a eu une soirée avec les jeunes. Une vraie fête avec des lectures, de la musique, du chant. Une jolie rencontre. L’une des jeunes filles m’a dit en évoquant l’héroïne : « Vous savez, madame, je suis comme Jill. Moi aussi, j’ai encore la haine, je n’accepte pas mon handicap et comme Jill, je cache souvent ma canne ! »






Extraits de Rêves en noir, Actes Sud junior, janvier 2013 :

« OK. TU PEUX LE FAIRE ! Fais-toi confiance, tu es une battante ! se dit Jill, les mains plaquées sur les vitres visqueuses du métro.
Il était 8h45, son cœur agonisait au sommet du pic de fréquentation. Ça poussait derrière, devant, sur le côté. Ça sentait l’eau de toilette bon marché, la friture rance et les haleines mal rafraîchies. Jill Le Bellec respirait avec les autres, elle était comme eux, une passagère des matins sans vacances. Une fille de seize ans qui fait la gueule en allant au lycée. C’est ce qu’elle désirait le plus au monde.
[…] Était-elle capable de le faire ? N’avait-elle pas sous-estimé les risques ? Elle repensa à son père, à ses cris d’encouragement derrière elle depuis l’enfance : ‘’Allez, ma fille, allez ma princesse, tu peux tout faire comme les autres et encore mieux que les autres !’’
[…] Les portes s’ouvrirent mécaniquement. Il y eut un dixième de seconde d’apnée et d’immobilité avant que la houle humaine se déverse sur le quai, emportant Jill sur son passage. Elle commença alors à dérouler mentalement le petit scénario qu’elle avait concocté.
OK, je suis à présent dans le flot des voyageurs, je dois juste résister à la pression sur ma droite et effectuer une percée perpendiculaire pour m’éloigner du quai. Quatre pas, droit devant moi et un léger quart de tout vers ma gauche. C’est bon, c’est gagné ! »


Transition idéale pour parler d’un autre roman, publié chez Actes Sud également en octobre 2012, Peur express. C’est un thriller qui se déroule dans un TGV conduit par une jeune femme, Jeanne, sur la ligne Paris-Perpignan, un soir d’hiver. Avez-vous procédé à des recherches avant de lancer ce TGV sur le papier ?
Oui, là aussi je me suis documentée. J’ai rencontré un cheminot qui m’a longuement parlé de son travail, de son milieu professionnel. Il était passionné et passionnant. J’aime bien aller chercher la matière dans la réalité. Pourquoi imaginer des univers peuplés d’êtres surnaturels alors que la réalité de notre monde est si riche ? Je ne pense pas être capable d’écrire de la fantasy à cause de cela. Les vrais héros à mon sens sont ceux qui n’ont aucun pouvoir « magique » et pas grand chose en poche à part leur envie de s’en sortir. Le désir peut décupler les forces…






Avez-vous rencontré des TGVistes, notamment des femmes, puisque l’une des protagonistes de ce huis-clos ferroviaire est Jeanne, une conductrice de TGV ?
Non. J’ai appelé le service de communication de la SNCF pour savoir combien il y avait de femmes conductrices de TGV sur le réseau français.  La personne qui m’a répondu l’ignorait, m’a rappelée quelques jours plus tard après s’être renseignée, m’indiquant qu’il existait trois femmes TGVistes.

Extraits de Peur express, Actes Sud junior, février 2012 :

« Jeanne marchait le long du train, toute frêle dans son pull en laine bariolée. Elle aimait la solitude de ces quais sans fin, juste avant le grand départ. Longer la machine, la sentir se gorger d’électricité et d’air pour alimenter ce ventre mécanique de 780 tonnes de tôle, d’électronique et de haute technologie. Un monstre à l’allure luisante et séduisante ; une bête inhumaine en réalité, qui dans quelques minutes allait ouvrir sa gueule de velours pour absorber mille voyageurs et plusieurs tonnes de bagages. Un voyage climatisé, sans secousses ni chaos, une symphonie ferroviaire digne du plus grand génie humain. Jeanne ne pouvait s’empêcher de toucher la machine, une habitude, un tic, un grigri peut-être. Elle aimait la caresser, laissant glisser sa main avec une infinie tendresse sur cette sublime carcasse froide et pourtant si sensuelle. »
[…]
« Le nez enfoui dans son col de pull, Jeanne une fois de plus s’apprêtait à prendre son service, à monter dans la cabine de la motrice pour embarquer un millier de personnes dans un voyage nocturne et glacial à plus de 300 kilomètres/heure. Un métier à responsabilités qu’elle aimait, mais qui ce soir lui pesait dans ce vent hivernal. »


Dans Peur express, il y a six personnages adolescents ou jeunes adultes embarqués à bord du TGV. Par ordre d’apparition, Waafa, Virgil, Indie, Zimri, Nyoko et Dylan. Pour des raisons diverses et souvent familiales, ces trois jeunes filles et ces trois jeunes hommes sont en proie à des angoisses profondes. Comment vous sont venus ces six personnages qui transforment, au cours de leur voyage, leur fragilité en force ?
Mon point de départ pour ce roman a été la peur. Comment la vit-on ? Comment la surmonter ? Grâce à quoi ? A qui ? Le roman relate un voyage ferroviaire bien sûr, mais aussi un voyage initiatique pour ces jeunes héros qui portent tous en eux un traumatisme vécu et refoulé. Les événements difficiles qu’ils vivent dans le train font remonter à la surface ce qu’ils ont enfoui en eux. J’ai « monté » les personnages à partir de cette idée de base. D’abord une liste de peurs assez universelles (peur de son agresseur, peur de son passé, peur de la mort, peur des criminels…). Ensuite des personnages en proie à ces peurs.


Quelques-uns de vos personnages cachent en effet des fêlures. Je pense à Jessie, petite brunette sauvageonne, la jeune héroïne de Petite peste !, un court roman publié chez Oskar jeunesse, destiné à des lecteurs et lectrices plus jeunes.
Oui. J’aime bien m’intéresser aux êtres blessés. Pour moi, héros et héroïne sont des individus capables d’agir malgré leurs blessures. Cela donne des personnages forts, complexes, intéressants. Je préfère Hamlet à Superman.






Extraits de Petite peste !, Oskar jeunesse, 2011 :

« Qui croise Jessie sur son passage a deux options. Un : devenir son esclave. Deux : FUIR !!! »
[…]
«  - Tu sais, ma petite Jessie, on se plaint souvent des gens qu’on aime, on leur reproche une foule de défauts, mais ce n’est pas pour autant qu’on voudrait qu’ils disparaissent. Même quand ils sont insupportables comme Bouboule …
-  Ou comme moi ! poursuivit Jessie, le nez dans son chocolat.
- D’après ce que me confie ta maman, c’est vrai que tu es pire que Bouboule ! Voyons, Jessie, pourquoi te montres-tu si pénible ?
- Je ne sais pas, c’est plus fort que moi, répondit Jessie en croquant dans la baguette. Je n’ai pas envie qu’on m’aime et en même temps j’ai besoin qu’on m’aime. C’est un truc de dingue qui me prend la tête ! »


Pratiquez-vous le skate bord puisque votre dernier roman, publié en août 2013 chez Actes Sud junior, s’intitule Un jour j’irai chercher mon prince en skate ?
Non ! J’étais plutôt rollers ! Mais, là encore, je me suis documentée sur ce sport urbain pratiqué majoritairement par les garçons et que pratique Frédérique, l’héroïne qui ne croit plus aux princesses des contes de fées. Lorsque j’anime des ateliers d’écriture, j’interviens parfois sur le conte et sa réécriture. Les adaptations que l’on propose aux enfants aujourd’hui sont pour la plupart des versions très édulcorées. Or, les contes sont des histoires très cruelles : les sœurs de Cendrillon, par exemple, vont jusqu’à se trancher les orteils pour que leur pied entre dans la pantoufle de vair ! Je suis toujours frappée par le fossé qui existe entre la manière dont on veut protéger les enfants de la vilenie du monde et la violence réelle à laquelle ils sont confrontés quand ils sont livrés à eux-mêmes.
Un jour j’irai chercher mon prince en skate n’est pas un conte de fées, mais l’histoire d’une jeune fille qui lutte pour exister, sans se conformer à ce que l’on attend traditionnellement d’une jeune fille.






Extraits d’Un jour j’irai chercher mon prince en skate, Actes Sud junior, août 2013 :

« Il était une fois, moi. 14 ans, 1m65, 58 kg, une humaine du genre féminin. Tour de poitrine ? Vraiment rien à signaler : c’est génétique, maman a le même. »
[…]
« Être "normale’’ quand on est une fille, c’est plaire à un garçon. Pour les filles, le mode d’emploi paraît simple et de tradition millénaire : on attend, on poireaute, on papote en papillotes. »
[…]
« Les filles "rop’’ ou "pas assez’’ attendent de devenir "un peu moins’’ ou "un peu plus’’ et les garçons sans succès se mettent à jouer aux jeux vidéo tous les week-ends et jours fériés ».



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16.6.2014
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