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Le kamishibaï, petit théâtre d'images

Par
Corinne Rochat, Centre de ressources en éducation de l’enfance, Lausanne et Jacqueline Wernli, directrice des Editions Paloma


Le kamishibaï – aussi appelé théâtre d’images – est une technique de contage d’origine japonaise basée sur des images qu’un adulte fait défiler dans un castelet (ou butaï) en bois à trois portes. La particularité du kamishibaï consiste à développer un profond sentiment d’union collective. Ce sentiment, valorisé par le peuple japonais, est réellement ressenti par le public d’ici, même très jeune ; la magie des images qui se laissent dévoiler très progressivement dans un « fondu-enchaîné » provoque des émotions différentes d’un livre que l’on ouvre page après page. La concentration qui se lit sur les visages des enfants montre à quel point ils sont capables d’entrer dans un monde imaginaire riche et d’écouter un texte quelquefois un peu plus long que ceux des albums écrits pour leur âge.
 

Historique

Une forme ancestrale de kamishibaï est décrite dès le VIIIe siècle au Japon lorsque des moines prêcheurs sillonnaient le pays pour convertir les paysans. Ils utilisaient des dessins peints sur des planches de papier glissées à l’intérieur d’un cadre en bois. La particularité était que des textes calligraphiés étaient associés à ces dessins et qu’ils racontaient une histoire que l’on découvrait au fur et à mesure. Nous verrons ultérieurement que les conteurs japonais, dans les années 1920, ont retrouvé cette ancienne technique de contage.

Au Japon, jusqu’en 1890, trois manières de conter égayaient la pénombre des théâtres de boulevard. Il s’agissait des ombres chinoises, de « la lanterne magique » (ombrographe ou Utsushi-e) et du tashi-e (figurines en carton colorées, découpées et fixées sur une tige de bambou que le conteur déplaçait dans les rainures d’un meuble, à la manière du petit théâtre à l’italienne).

L’arrivée du cinéma en 1895 a détrôné le théâtre d’ombres chinoises et la lanterne magique, les salles de théâtre ont été réquisitionnées pour la projection des films. Seul le tashi-e qui n’avait pas besoin de l’obscurité des salles a pu survivre. Des milliers d’artistes qui travaillaient dans les théâtres ont été obligés de se reconvertir et ils ont redécouvert l’ancienne technique des moines prêcheurs, le kamishibaï, beaucoup plus facile à utiliser que le tashi-e.

En 1923, un écrivain et un illustrateur ont créé le premier kamishibaï pour enfants : « La chauve-souris d’or » qui est une histoire de revenants, proche de notre célèbre Batman. S’en suivit une production variée de kamishibaï.

Dès 1925-1930, les gaïtos (conteurs de kamishbiaï – oncles gaïto) se déplaçaient à vélo, transportant sur leur porte-bagages un coffret contenant les planches illustrées et ils donnaient des représentations au coin des rues. Le Japon était aussi affecté par la grande dépression des années 1930 et c’était un moyen de subsistance pour ces conteurs improvisés. On estime qu’il y avait trois millions de diseurs de kamishibaï au Japon, dont vingt mille seulement pour Tokyo.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement japonais a utilisé ce support pour sa propagande militariste.

Dès l’après-guerre, les Japonais ont pris conscience de la valeur de ce patrimoine mais au début des années 1960, l’essor de la télévision a détrôné cet outil de divertissement ; par contre, les écoles et les bibliothèques ont continué d’utiliser le kamishibaï éducatif, comme c’est encore le cas de nos jours.

 


L'empereur convoite le pinceau, Ma Liang fait semblant d'accéder à son désir.
(illustration tirée de " Le pinceau magique", parution prévue en septermbre 2013)


 

Matériel nécessaire

La simplicité du matériel (un castelet en bois ou butaï et un jeu de 8 à 16 planches illustrées) permet son utilisation dans de nombreux lieux de rencontres où sont remis à l’honneur les arts de la parole : structures d’accueil, écoles, fêtes de quartier, veillées de conteurs.

Le butaï (castelet)

Le butaï est un castelet en bois à l’aspect d’une petite valise. Le montant antérieur (côté public) est fermé par trois portes que le conteur ouvre successivement au début de sa prestation pour montrer la première planche illustrée au public.

Après avoir lu le texte correspondant à la première planche, le conteur la fait glisser et la place à l’arrière de la glissière, le public découvre ainsi la deuxième planche et ainsi de suite.

A la fin de l’histoire, le conteur peut fermer successivement les trois portes signalant ainsi la fin du voyage dans l’imaginaire.

Les formats des planches sont très variables :

Les Editions Doshin-sha à Tokyo, proposent dans leur catalogue des planches de 34,6 x 24,5 cm et 38,2 x 26,5 cm pour les petits modèles, et de 56,9 c 40,3 cm et 61,9 x 43 cm pour les grands modèles.

En France, les différentes maisons d’édition ont chacune leur propre format. Callicéphale propose 37 x 27,5 cm, Mirabelle 38 x 28,2 cm.

En Europe, particulièrement en Suisse, Belgique et Espagne, les images sont fréquemment de format A3 (42 x 29,7 cm) et les dimensions du butaï avoisinent les 45 x 34 x 7,5 cm.

Le format A3

Ses dimensions permettent de nombreuses applications pédagogiques. En effet, comme il est deux fois plus grand que le format A4, l’enseignant peut jouer entre ces deux tailles : agrandir ou réduire les productions illustrées des enfants, procéder de même pour la mise en page des textes pour lesquels la taille des caractères est facilement modifiable en fonction des desiderata des enfants.

Les planches

Leur nombre peut varier entre 8 et 16 ; il est déterminé par la complexité de l’histoire et l’âge du public auquel le conteur s’adresse.

Les illustrations représentent les épisodes du récit ; au verso figure le texte lu par le conteur, parfois des indications y sont ajoutées : registres vocaux, bruitages ou repères pour ne dévoiler que partiellement la planche au public afin de provoquer certains effets de surprise, rythmant ainsi le récit.

Le lecteur-conteur peut se repérer grâce à la vignette, située dans le coin supérieur droit, qui est une réduction de l’image vue par le public.

Les Editions Paloma estiment que le kamishibaï est un genre littéraire à part entière et qu’on ne peut pas simplement transposer un album en kamishibaï. Et ceci pour deux raisons principales

Dans l’album, les illustrations se décodent de gauche à droite, dans le sens de la lecture, et le mouvement des personnages va vers la droite

Avec le kamishibaï, le spectateur découvre d’abord le côté droit de l’image, puis le milieu et le côté gauche de l’image, étant donné que le conteur, face à lui, tire la planche de gauche à droite. Les illustrations doivent être prévues pour se lire de droite à gauche.

L’album peut se lire seul, une multitude de détails peuvent y figurer ; le kamishibaï se regarde en groupe, les dessins doivent être conçus pour être visibles de loin.

Le lecteur-conteur

Placé à côté du kamishibaï, légèrement en retrait, il reste en lien avec le public qui peut voir son visage, scruter ses mimiques ou regarder un détail pointé du doigt sur l’illustration.

Sa présence est cruciale ; le kamishibaï réhabilite l’importance de la présence humaine alors que la tendance actuelle serait de la supplanter par l’omniprésence de moyens audio-visuels foisonnant dans notre environnement quotidien.


 

Tout ce qu'il peint devient vrai
(illustration tirée de " Le pinceau magique", parution prévue en septermbre 2013)


 

Critères de choix d’un kamishibaï

Nous allons décrire les trois aspects qui nous paraissent importants :

Le thème :

Une œuvre d’art est reconnue comme telle parce qu’un grand nombre de personnes peuvent s’y projeter, indépendamment de leur bagage culturel. Il en est de même pour le thème d’un kamishibaï qui ne lassera ni les lecteurs-conteurs ni le public et qui pourra s’inscrire dans l’air du temps.

Les planches :

Le lecteur-conteur est face au public et dévoile les planches en les tirant vers sa droite. Par conséquent le public découvre d’abord la partie droite de l’image. La conception de la planche se fait donc de droite à gauche, contrairement à celle de l’album qui va de gauche à droite, dans le sens de notre écriture latine. Nous sommes tellement habitués à ceci que nous ne nous en rendons pas compte en regardant les albums.

L’animateur peut tirer les planches entièrement, ou partiellement (arrêt sur image), créant ainsi des effets spéciaux.

Les planches sont conçues pour être vues de loin, on n’y trouve pas de fourmillement de détails caractéristique de l’album. Les formes doivent être épurées.

Pour ces différentes raisons, nous rejoignons l’optique des Japonais qui conçoivent le kamishibaï comme un élément unique, contrairement à de nombreuses maisons d’édition qui produisent simultanément un album et un kamishibaï, ou qui éditent en kamishibaï un album qui a connu du succès.

Le texte :

L’écriture pour le kamishibaï est plus proche de l’écriture théâtrale avec des dialogues et des didascalies.

Un texte écrit pour un album ne correspond pas à ces critères.

Le kamishibaï est un genre littéraire à part entière qui commence à se faire connaître d’un vaste public dans les pays européens. Cet enthousiasme conduira, espérons-le, à une production riche et variée.

 

Coûts d’un kamishibaï

On observe de grandes différences de prix.

Les prix oscillent entre 30 euros pour certaines maisons d’édition européennes et 75 francs suisses (environ 60 euros au cours du jour) pour les Editions Paloma.

Les éditeurs peuvent faire baisser les prix s’ils éditent en kamishibaï un album déjà finalisé et s’ils délocalisent la production. Les Editions Paloma quant à elles ont choisi de se consacrer exclusivement à des productions originales pour kamishibaï, de favoriser toute la chaîne de production de proximité et de rémunérer le plus correctement possible tous les intervenants (illustrateurs, auteurs, traducteurs, graphistes, imprimeurs).

 

Conseils pour réussir la lecture d’un kamishibaï (d’après Doshinsha Tokyo)

  1. Pour réussir la lecture d’un kamishibaï, il faut le lire préalablement, afin de bien comprendre le sujet et saisir le ton et les caractères des personnages.
  2. Vérifier l’ordre des planches avant chaque séance. Pendant la lecture, être obligé de réajuster l’ordre des images fait tomber la tension et désoriente les jeunes spectateurs
  3. Comment tirer une planche ? C’est une question très importante. Cet acte qui semble banal ne doit pas être négligé car il a une incidence sur l’impact de la narration. Il faut tirer l’illustration doucement, franchement et à l’horizontale. Veiller à respecter les indications comme « En tirant l’image », « Tirer l’image d’un coup » et « Tirer l’image jusqu’au trait », afin de créer une synergie entre texte et image.
  4. Raconter l’histoire avec naturel mais sans contrefaire la voix lors des imitations de vieillards ou d’enfants car l’harmonie avec l’image présente dans le castelet risquerait d’être rompue.
  5. Choisir un ton et un rythme propre à l’œuvre, et les faire valoir. Le plaisir des enfants sera amplifié et cela approfondira leur compréhension.
  6. Terminer en fermant les trois battants sur la dernière planche. Ne pas repasser par la première planche, sauf indication contraire.


 

Gaïto au Japon, par aki sato

 

Le kamishibaï et son utilisation dans les collectivités de jeunes enfants

Au coeur des pratiques d’éducation de la petite enfance, des centaines de professionnels se mobilisent autour de l’éveil au récit. Leur formation continue et la bienveillance des bibliothèques qui les entourent permettent aux garderies de proposer aux tout-petits des récits de qualité transmis et portés par des adultes passionnés.

Au quotidien, le professionnel (bibliothécaire ou éducateur) partage son attention entre l'individu – principalement s'il s'agit de tout-petits – et le collectif.

Si l'on voit souvent des kamishibaï dans les garderies, c'est justement pour souligner un moment d'attention au collectif. Jamais l'adulte ne devrait se cacher derrière son théâtre ! Il doit rester attentif à chaque lever de sourcil et s'interrompt à chaque fois qu'il le juge utile. Il voit l'enfant dans le groupe et également le groupe tout entier dans un moment significatif d'appartenance.

Le kamishibaï est un moment libre ; chaque enfant peut quitter le groupe.

Lire une histoire avec le petit théâtre de bois fait partie des moments ritualisés et ne remplace en aucun cas les lectures partagées autour des albums. Ces moments amènent pour les équipes qui y mettent un sens, un peu de poudre magique.

Lorsque les enfants grandissent, l’intérêt du kamishibaï est qu’il leur offre également la possibilité de passer d’un rôle de spectateur à celui d’acteur. Le kamishibaï offre de nombreuses possibilités pédagogiques (l’enfant raconte lui-même, comprend peu à peu le fonctionnement de images qui défilent, peut s’aventurer dans la lecture à l’abri des regards des autres voisins). Il fait partie des multiples actions en faveur de la littérature enfantine et de l’éducation à l’image.

En guise de conclusion, qu’il nous soit permis de rendre hommage à Edith Montelle grâce à qui le kamishibaï s’est fait connaître en Suisse. De plus, elle a écrit un excellent ouvrage La boîte magique – le théâtre d’images ou kamishibaï  paru en 2007 aux Editions Callicéphale, auquel nous nous sommes partiellement référées pour la rédaction de cet article.
 

 

Ricochet ne référençant pas, pour le moment du moins, les kamishibaïs, voici une liste non-exhaustive d’éditeurs spécialisés :


Livres sur le kamishibaï :

  • La boïte magique (kamishibaî), MONTELLE Edith, Callicéphale éditions, 2007
  • Le bonhomme kamishibaï, SAY Allen, Ecole des Loisirs, 2007


 


 



26.06.2013
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